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Une dynamique continentale en marche

À Brazzaville, le 19 août, l’auditorium du ministère de la Jeunesse a vu se réunir une centaine de jeunes parlementaires pour le lancement officiel des consultations nationales consacrées à l’agenda des filles, première étape d’un processus élargi à toute l’Afrique centrale et occidentale.

Portée par le Parlement des enfants, l’initiative s’inscrit dans la mouvance internationale faisant du leadership féminin juvénile un vecteur décisif de cohésion sociale, d’inclusion économique et de stabilité politique, conformément aux engagements du Congo dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le choix d’impliquer les enfants parlementaires reflète une tradition congolaise de participation juvénile aux affaires publiques, entamée dès 2002 avec la création du Parlement des enfants, qui a déjà contribué à l’élaboration de plusieurs textes, dont la loi portant protection de l’enfant.

Des consultations pour un agenda régional ambitieux

Ces consultations donneront naissance à un document de plaidoyer qui sera présenté en octobre à Dakar, lors du forum régional piloté par l’Unicef, réunissant ministres, bailleurs et représentants de la société civile afin d’harmoniser les priorités en matière de droits des filles.

Le principe est simple : partir de la parole brute des adolescentes recueillie dans chaque département, puis agréger les attentes autour de cinq axes – éducation, santé, protection, participation, données – traités comme autant d’indicateurs mesurables pour les gouvernements.

Une plateforme numérique, développée avec le Centre congolais de l’informatique, permettra de consolider en temps réel les résultats locaux, offrant aux autorités un tableau de bord inédit sur les obstacles rencontrés par les filles et sur l’efficacité des politiques déjà en place.

Selon Charles Makaya, directeur de cabinet du ministre, « l’objectif n’est pas une énième déclaration, mais un instrument opérationnel qui guidera nos budgets sectoriels et facilitera la coordination avec les partenaires techniques et financiers ». Son discours traduit une volonté de concret.

Le gouvernement congolais face aux défis de genre

Sur le plan juridique, la loi 19-2022 contre les violences faites aux femmes marque un tournant, puisqu’elle élargit la liste des infractions et renforce la responsabilité des agents publics qui retarderaient les poursuites, montrant l’attention portée à l’effectivité des textes.

Parallèlement, la stratégie nationale de scolarisation des filles 2017-2025 vise une parité durable, en agissant sur la gratuité des manuels, la distribution de kits d’hygiène menstruelle et le renforcement du transport scolaire dans les zones rurales à faible densité.

Les premiers résultats sont encourageants : le taux net de fréquentation des filles au primaire est passé de 79 % en 2018 à 83 % en 2022, selon la Direction des statistiques de l’éducation, même si des disparités subsistent entre Brazzaville et les départements septentrionaux.

Pour la sociologue Émilienne Okouala, « la clé sera d’articuler ces avancées législatives avec une transformation des normes sociales ; les données montrent qu’un tiers des mariages précoces sont décidés par des familles conscientes de l’illégalité mais soucieuses de traditions ». Le défi culturel demeure.

L’engagement des partenaires et de la société civile

L’Unicef a développé une approche dite « Intentional Health » axée sur cinq priorités, dont le soutien au leadership des filles et la production de données sexo-spécifiques, considérées comme indispensables pour allouer efficacement les ressources et mesurer les impacts à moyen terme.

De son côté, le réseau congolais des ONG féminines a mis en place un mécanisme d’alerte communautaire, accessible via téléphone portable, qui a déjà signalé 1 732 cas de violence domestique au premier semestre 2023, facilitant ainsi la saisine rapide des services compétents.

Les entreprises publiques, notamment la Société nationale des pétroles, financent désormais des bourses scientifiques destinées aux lycéennes des zones pétrolières, traduisant une responsabilité sociale élargie et confortant l’idée que l’autonomisation des filles constitue aussi un levier de productivité nationale.

Grâce Frédéric Baboutila Babingui, présidente du Parlement des enfants, rappelle cependant que « les victoires d’aujourd’hui ne doivent pas occulter les réalités de terrain », soulignant la persistance du travail domestique précoce et des inégalités numériques qui limitent l’accès aux ressources pédagogiques.

Perspectives vers le sommet de Dakar

La feuille de route fixe pour septembre plusieurs auditions croisées : autorités locales, chefs religieux, associations de parents et acteurs privés seront entendus, afin de garantir que l’agenda reflète la diversité congolaise et puisse servir de modèle aux autres pays.

À Dakar, les délégations présenteront leurs synthèses devant un panel de responsables africains et de partenaires internationaux, avec l’ambition de faire valider un cadre commun susceptible d’alimenter les feuilles de route nationales et de renforcer la surveillance parlementaire.

Les observateurs soulignent que ce mécanisme ascendant, partant des villages jusqu’au niveau continental, rompt avec les conférences élitistes d’antan et pourrait inspirer d’autres politiques publiques, notamment dans la lutte contre le changement climatique ou la promotion de l’économie numérique.

En définitive, l’agenda des filles porté par le Congo s’annonce comme un laboratoire de gouvernance inclusive ; l’enjeu sera qu’il conserve son ancrage communautaire et obtienne les financements nécessaires pour transformer chaque recommandation en action tangible dans les quartiers et villages.

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