Conkouati-Douli, joyau de la côte atlantique
À l’extrême nord-ouest du Congo, Conkouati-Douli mêle forêt dense, lagunes et récifs sur plus de 8 000 km². Gorilles, éléphants et tortues marines y cohabitent, faisant du site l’un des plus riches hotspots de biodiversité de l’Afrique centrale.
Créé en 1999, le parc bénéficie d’un statut mixte terre-mer rarement égalé dans la sous-région. Sa mosaïque d’écosystèmes procure aussi des moyens d’existence à plus de 7 000 riverains, pêcheurs, éleveurs et artisans du palmier raphia.
La lettre ouverte du CAD secoue le débat
Le 5 mai, le Centre d’actions pour le développement a rendu publique une lettre ouverte adressée à la Commission Climat du Bassin du Congo. Le message appelle à la suspension de deux permis pétroliers qui recouvriraient plus de la moitié du parc.
Selon l’ONG, ces blocs engloberaient 90 % des zones humides, capitales pour le stockage naturel de carbone. « Nous voulons préserver un capital commun, pas bloquer la croissance », insiste Élodie Mouanga, porte-parole du CAD.
Enjeux pour les communautés locales
Dans les villages de Tandou-Ngounga et Nzambi, la perspective d’une exploration pétrolière nourrit autant d’espoirs que d’inquiétudes. Tchibinda, pêcheur de 32 ans, craint « des accès restreints aux lagunes », tandis que la cheffe coutumière Béatrice Kassa espère des emplois pour la jeunesse.
Le parc joue un rôle d’amortisseur climatique et social. Ses mangroves réduisent l’érosion côtière, ses forêts fournissent des plantes médicinales et ses pistes servent de débouché aux produits maraîchers vers Pointe-Noire.
Engagements climatiques du Congo
Le Congo, qui préside la Commission Climat du Bassin du Congo, a réaffirmé à la COP27 sa volonté de concilier développement et conservation. Le ministère de l’Environnement rappelle que « tout projet extractif reste conditionné à des études d’impact rigoureuses et au respect de la zone tampon ».
Ces études, actuellement en phase préliminaire, devront être validées par l’Agence nationale de l’environnement. Les autorités mettent également en avant le futur Fonds bleu pour le Bassin du Congo, instrument destiné à financer des alternatives vertes.
Vers un compromis durable
Des négociations discrètes s’intensifient entre l’administration, les compagnies titulaires et la société civile. Plusieurs sources évoquent la possibilité de redessiner les blocs afin d’exclure le cœur du parc et de renforcer les compensations pour les villages.
Pour le géographe Armand Nguiele, « un scénario gagnant passerait par la promotion de l’écotourisme, secteur porteur d’emplois qui valorise l’intégrité du paysage ». Des opérateurs privés se disent prêts à investir si la sécurité foncière et la connectivité routière s’améliorent.
Comment y aller
Depuis Pointe-Noire, la route goudronnée mène à Madingo-Kayes en trois heures. Les 60 kilomètres restants sont une piste sablonneuse praticable en 4×4, surtout en saison sèche d’août à octobre. L’entrée se fait au poste d’écogarde de Yanga.
À savoir
Les visiteurs doivent s’acquitter d’un droit d’accès indexé sur la durée du séjour. Le port du gilet de sauvetage est obligatoire pour les traversées de lagune. Les drones sont soumis à autorisation préalable afin de protéger la faune sensible.
Impact & solutions
Plusieurs initiatives communautaires restaurent déjà les mangroves dégradées. Le programme Femmes de Conkouati produit des briquettes à base de déchets de manioc, réduisant la pression sur le bois énergie. Un projet pilote de crédits carbone, appuyé par la Banque de développement des États d’Afrique centrale, pourrait rémunérer la non-déforestation.
Le CAD propose, pour sa part, un comité de suivi multipartite chargé de contrôler l’application des normes environnementales si l’exploration devait avancer. Le ministère de l’Environnement a déclaré étudier cette piste, preuve d’un dialogue ouvert malgré les divergences.





