Les cicatrices du conflit
La région du Pool, voisine de Brazzaville, garde les stigmates des épisodes armés qui l’ont endeuillée entre 1998 et 2017. Les voies ferrées, les villages incendiés et l’exode rural laissent encore des traces socio-économiques perceptibles dans les enquêtes de terrain menées par les ONG locales.
Afin de rétablir la cohésion, l’État a signé plusieurs accords de cessez-le-feu, déployé des programmes de désarmement et financé la réhabilitation de l’axe ferroviaire entre Brazzaville et Pointe-Noire. Les observateurs saluent une décrue notable des violences depuis la fin des opérations militaires en 2017.
Ntumi, d’ex-chef rebelle à acteur politique
Dans ce paysage post-conflit, la figure de Frédéric Bintsamou, connu sous le nom de Révérend Pasteur Ntumi, reste ambivalente. Chef rebelle hier, il préside aujourd’hui le Conseil national des républicains, formation politique officiellement légaliste et régulièrement enregistrée auprès du ministère de l’Intérieur.
La reconnaissance administrative ouvre, en théorie, la voie à une candidature à l’élection présidentielle prévue en mars 2026. Pour certains analystes, cette normalisation répond au principe d’inclusivité prôné par la Constitution révisée en 2015 et aux engagements du Gouvernement en faveur de la participation pluraliste.
La diaspora du Pool hausse le ton
Le manifeste publié début septembre par le MBoongi de la Diaspora du Pool, signé par Raoul Ludovic Loubelo et Chaplin Ben Feride Nziki Mahoungou, exprime cependant une inquiétude forte. Les auteurs redoutent que la présence armée supposée de Ntumi rouvre des plaies à peine cicatrisées.
Ils rappellent les déplacements de population de 2016 et dénoncent un possible amalgame entre civils et miliciens si des opérations de sécurité étaient relancées. Ce discours, relayé sur les réseaux sociaux diasporiques, témoigne d’une mémoire encore vive et d’une demande de garanties institutionnelles tangibles.
Selon des chercheurs du Groupe pour la paix à Kinshasa, la diaspora structure fortement le débat public congolais. Ses prises de position influencent les perceptions locales, d’où la nécessité pour l’État de maintenir un dialogue régulier et factuel.
Les garanties institutionnelles pour 2026
Le ministère de l’Administration du territoire a, de son côté, annoncé travailler à une cartographie sécuritaire préélectorale couvrant l’ensemble des départements. Des comités locaux de paix, associant chefs traditionnels, confessions religieuses et partis politiques, doivent être réactivés dès janvier 2025 pour prévenir toute escalade.
L’expérience de 2021, marquée par la mise en place des bulletins uniques et des observateurs sous-régionaux, sert de référence. La Commission électorale entend renforcer la logistique dans le Pool, grâce notamment au programme d’électrification rurale piloté par la société Énergie électrique du Congo.
Sur le plan juridique, la loi électorale modifiée en 2022 impose aux candidats de fournir un certificat de non-poursuite judiciaire et de résidence déclarée. Cette disposition, saluée par plusieurs ONG de bonne gouvernance, pourrait clarifier la situation de Ntumi et rassurer les populations riveraines.
Scénarios de participation et de sécurité
Plusieurs scénarios sont évoqués par les experts de la Plateforme pour la prévention des conflits. Une candidature pleinement assumée, après dépôt des pièces requises, ouvrirait une campagne classique dans laquelle les forces de l’ordre encadreraient les meetings selon le schéma sécuritaire national.
À l’inverse, un retrait volontaire de Ntumi, dans un esprit de désescalade, constituerait également un signal fort. Cette option, parfois avancée par les médiateurs religieux, laisserait aux formations politiques du Pool l’espace nécessaire pour structurer une offre programmatique sans surenchère identitaire.
Un troisième scénario, moins souhaité, verrait un statu quo conduire à des rumeurs de clandestinité entretenues, alimentant les discours de méfiance. Les autorités ont indiqué qu’elles privilégieraient la transparence, rappelant que le droit de circuler et de se réunir est garanti par la Constitution.
Un regard régional et international
La CEEAC suit attentivement le processus. Au sommet de Yaoundé, les chefs d’État ont réaffirmé leur soutien aux mécanismes nationaux de règlement pacifique. Des missions d’observation exploratoires devraient être déployées six mois avant le scrutin.
L’Organisation des Nations unies, par l’intermédiaire du Bureau régional pour l’Afrique centrale, encourage de son côté l’intégration des femmes et des jeunes dans les comités de veille. Cette inclusion est jugée déterminante pour réduire les risques d’instrumentalisation des griefs communautaires.
Interrogé, le politiste Jean-Pierre Bokamba souligne que « la meilleure garantie réside dans la confiance interpersonnelle entre les élites locales et l’appareil d’État ». Selon lui, les signaux de décrispation envoyés depuis 2018, notamment les projets agro-pastoraux soutenus par Brazzaville, constituent un socle tangible.
Vers une paix consolidée
Du côté des entrepreneurs du Pool, on insiste sur l’urgence de relancer la zone économique spéciale de Mindouli. Sa mise en service pourrait absorber une partie de la jeunesse, réduire les tensions structurelles et transformer l’image d’un département souvent résumé à ses épisodes sécuritaires.
À dix-huit mois du scrutin, l’équation Ntumi cristallise donc autant de craintes que d’opportunités. Si la transparence administrative, la concertation communautaire et la vitalité économique se conjuguent, la présidentielle de 2026 pourrait marquer l’ancrage d’une paix durable dans le Pool et, au-delà, au Congo.




