À Mindouli, dans le Pool, les conseillers d’Unicongo ont suivi du 21 au 23 septembre les petits producteurs du Prodivac. Entre sillons de choux, piment contre les insectes et terre louée, ce terroir maraîcher cherche son équilibre.
Mindouli, un terroir maraîcher sous le regard d’Unicongo
Du 21 au 23 septembre, les conseillers d’entreprise de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (Unicongo) ont parcouru Mindouli, dans le département du Pool. Ils venaient suivre les bénéficiaires du Projet de développement intégré des chaînes de valeurs agricoles au Congo, le Prodivac.
L’initiative entend réformer les filières agricoles et maraîchères en améliorant les indicateurs de performance de ces petites entreprises locales. Le suivi sert à mesurer, analyser et ajuster leurs résultats au regard des objectifs fixés.
Quarante-sept sillons près de la station piscicole
Au quartier Youloubiengué, Eric Mabadza cultive choux et endives sur quarante-sept sillons, à proximité de la station piscicole de l’État. C’est là qu’il a reçu le conseiller d’entreprise Rhod-Mildred Mokembet, pour lui exposer les difficultés de son exploitation.
Deux reviennent avec insistance : les insectes nuisibles et l’obligation de louer la terre qu’il travaille. « J’emploie quatre jeunes trois jours par semaine, avec un salaire journalier de 1500 FCFA chacun. La terre est louée pour 10.000 FCFA par an », explique le maraîcher.
La parcelle fait donc vivre, quelques jours par semaine, une petite main-d’œuvre locale. Mais le loyer de la terre reste une charge fixe, qui s’ajoute chaque année aux salaires versés.
Le piment local, une parade naturelle aux résultats incertains
Contre les ravageurs, Eric Mabadza mise sur une ressource du terroir. « Nous utilisons le piment local pour lutter contre les insectes nuisibles, souvent sans succès », reconnaît-il.
L’aveu est précieux. Il montre des producteurs qui puisent dans ce qui pousse autour d’eux pour protéger leurs cultures, tout en mesurant les limites de cette parade. Sur ces planches de choux, la lutte contre les insectes reste un combat ouvert.
Choux, gombos et haricots verts sur un hectare et demi
Kouandzi Claive Juldas, quarante ans, cultive depuis quatre ans des choux, des poivrons, des haricots verts, des tomates et des gombos. Son exploitation couvre un hectare et demi, sur une terre située loin de sa localité.
Cette diversité de cultures ne garantissait pas une bonne tenue des comptes. « Auparavant, je ne savais pas comment garder l’argent. Quand je recevais l’argent, je n’arrivais pas à distinguer le bénéfice et les dépenses », confie-t-il. La formation l’a conduit à ouvrir un compte dans une microfinance locale.
Germe, la méthode qui structure les exploitations
Les producteurs rencontrés ont affirmé que la méthodologie « Gérez mieux votre entreprise », dite Germe, déployée par les conseillers d’Unicongo, les avait aidés à organiser leurs activités, surtout dans la gestion et le volet commercial.
« Au départ, la majorité ne parlait pas de marketing, ni de technique de vente et ne savait pas tenir un registre, alors qu’actuellement nous constatons une appréhension de ces modules », témoigne l’agriculteur Jonas Mienantima.
Le maraîcher Hugues Ndossa a instauré trois tableaux : un pour contrôler ses stocks, un pour les commandes, un pour planifier ses prix de vente. À Mindouli, ces producteurs se sont aussi organisés en réseau et échangent régulièrement sur leurs pratiques.
Carburant et départ d’habitants, des débouchés fragilisés
Produire ne suffit pas, encore faut-il vendre. Plusieurs producteurs ont évoqué la hausse récente du prix du carburant, qui rend difficile la stabilisation de leur bénéfice.
Le marché local s’est aussi rétréci. En janvier 2026, des habitants ont quitté volontairement Mindouli après une opération de dissuasion visant des jeunes inciviques. Ce départ a retardé l’écoulement des produits maraîchers et fait reculer le chiffre d’affaires des vendeurs.
Au marché, Lucie Loubikou Ngongo, cinquante-deux ans, vend du poisson fumé. « Nous vendions cinq cartons de poissons séchés par semaine. Aujourd’hui, à cause du départ des habitants, il m’arrive de vendre trois cartons ou moins par semaine », dit-elle.
Le carton lui coûte 80 000 FCFA. Son bénéfice oscille entre 5 000 et 25 000 FCFA, car le poisson s’émiette souvent pendant le transport. Elle juge utile de maîtriser l’achat, les stocks, la présentation des produits et le dialogue avec la clientèle.
Un accompagnement à élargir au-delà de Mindouli
Si certains bénéficiaires du Prodivac ont changé leurs façons de travailler, d’autres souhaitent voir la formation étendue à d’autres localités du pays. Geneviève Diangana, vingt-cinq ans, regrette pour sa part la faible participation des femmes lors de la précédente session.
Ce suivi dessine un terroir qui apprend à s’organiser, mais qui compose encore avec des insectes difficiles à repousser, des terres louées et des acheteurs moins nombreux. L’avenir de ces petites exploitations se jouera autant dans les sillons que sur les registres.





