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Dans le nord-est du Gabon, une patrouille a surpris dix-neuf orpailleurs clandestins au cœur du parc national de Minkébé. Derrière ces arrestations se dessine une menace plus profonde : celle d’un orpaillage sauvage qui creuse la forêt, trouble les rivières et défie la loi.

Deux jours de patrouille dans le parc national de Minkébé

L’opération s’est déroulée les 28 et 29 septembre, dans la province de l’Ogooué-Ivindo (Gabonreview). Lors d’une mission de patrouille régalienne, les responsables du parc, épaulés par la Compagnie Est de gendarmerie des parcs nationaux, ont intercepté un groupe d’orpailleurs en pleine activité.

Le coup de filet s’est fait en deux temps. Huit personnes ont été interpellées le lundi, puis onze autres le lendemain. L’information a été rendue publique le mercredi 30 septembre par l’Agence gabonaise de presse (AGP), qui cite une source sécuritaire.

Sur le terrain, la scène tient en peu de mots : des individus surpris en flagrant délit d’extraction d’or, à l’intérieur d’une réserve naturelle où toute pénétration non autorisée est interdite par la loi.

Une filière clandestine aux ramifications régionales

Les dix-neuf personnes arrêtées sont toutes étrangères. On compte parmi elles onze ressortissants camerounais, trois Tchadiens, deux Congolais, deux Nigériens et un Ivoirien. Les sources disponibles ne précisent pas de quel Congo sont originaires les deux ressortissants concernés.

Selon Gabonmediatime, les investigations ont mis au jour une filière clandestine aux ramifications régionales. Le média souligne aussi que ce type d’activité alimente des circuits d’économie souterraine.

L’enquête a révélé des infractions au séjour. Seize des suspects ne possédaient ni carte de séjour ni titre de transport légal sur le territoire gabonais. Les trois autres disposaient de documents en cours de validité, ce qui ne les dispense pas des poursuites liées à l’exploitation illégale de l’or.

Minkébé, un sanctuaire forestier en amont de l’Ivindo

Le parc national de Minkébé s’étend dans le nord-est du pays, en amont de la rivière Ivindo. Les sources le décrivent comme un vaste sanctuaire de biodiversité, une réserve strictement protégée par la loi.

Ce statut ne suffit pourtant pas à tenir les chercheurs d’or à distance. Selon Gabonmediatime, le parc fait régulièrement l’objet de tentatives d’incursion de réseaux d’orpaillage informel. L’opération de fin septembre n’apparaît donc pas comme un épisode isolé, mais comme une nouvelle manifestation d’une pression persistante.

Rivières troubles, forêt éventrée : le prix écologique de l’or

Les dégâts de l’orpaillage clandestin commencent par le sol. Dans les aires protégées, il entraîne « la déforestation, l’arrachage de la couche arable et la destruction des habitats » (Gabonreview). Là où la forêt tenait la terre, les chantiers laissent derrière eux un sol mis à nu.

Puis vient l’eau. Pour extraire le métal, les orpailleurs détournent les rivières, lavent les minerais et rejettent leurs résidus. Selon Gabonreview, ces pratiques provoquent « la turbidité, la sédimentation et la pollution des eaux ».

La position du parc donne à cette pollution une portée particulière. Minkébé se trouve en amont de la rivière Ivindo : ce qui trouble ses cours d’eau est susceptible de suivre le fil du courant vers l’aval.

Les conséquences ne s’arrêtent pas aux berges. D’après Gabonreview, elles se répercutent sur la biodiversité comme sur les communautés riveraines. Le même média souligne que l’orpaillage sauvage favorise également le braconnage et fragilise l’intégrité des parcs nationaux.

Un chantier clandestin en pleine aire protégée ne se résume donc pas à l’extraction d’un métal : selon cette analyse, il ouvre aussi la voie à d’autres atteintes contre la faune.

Un manque à gagner pour l’État

L’enjeu est aussi économique. L’exploitation de l’or est une activité minière soumise à autorisation, à contrôle et à traçabilité. En opérant hors de tout cadre, les orpailleurs clandestins privent l’État de cette activité encadrée, rappelle Gabonreview.

Le paradoxe est cruel : l’or extrait clandestinement échappe à toute traçabilité, alors que les dégâts qu’il provoque, eux, s’inscrivent dans le paysage du parc.

Audit des titres miniers et surveillance satellitaire

Face à ces pressions, le gouvernement gabonais affiche sa volonté de durcir le ton. Selon Gabonreview, il entend renforcer les contrôles, les opérations conjointes et les sanctions visant les exploitants sans autorisation.

Deux leviers retiennent particulièrement l’attention. Le premier consiste à procéder à « l’audit des titres miniers ». Le second repose sur une surveillance satellitaire accrue.

Ces deux pistes se complètent sur le papier : l’une touche au cadre légal de l’exploitation, l’autre au suivi du terrain lui-même. Leur calendrier et leurs modalités ne sont toutefois pas précisés à ce stade.

Rendez-vous au tribunal de Makokou

Sur le plan judiciaire, la suite ne s’est pas fait attendre. D’après l’AGP, qui cite une source sécuritaire, l’ensemble des prévenus doit être présenté ce jeudi 1er octobre devant le parquet de la République près le tribunal de première instance de Makokou.

Ils devront répondre de trois chefs d’accusation : exploitation minière illicite, pénétration prohibée dans un parc national et, pour la plupart d’entre eux, séjour irrégulier sur le sol gabonais.

Ce que dit Minkébé de la protection des forêts gabonaises

Au-delà des dix-neuf interpellations, cette affaire remet en lumière un défi persistant : protéger les ressources naturelles et préserver les écosystèmes forestiers gabonais face à des réseaux qui reviennent régulièrement à la charge.

La patrouille de fin septembre montre que la surveillance du terrain porte ses fruits. Mais tant que l’or attirera des réseaux venus de plusieurs pays africains, la protection de Minkébé se jouera autant dans les tribunaux et sur les images satellites que sous la canopée.

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