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Protéger 30 % de ses terres et de ses espaces marins d’ici à 2030 : l’ambition de la république du Congo est immense. Derrière ce chiffre se cache une question très concrète, des forêts du bassin jusqu’au littoral : combien coûte une nature protégée, et qui en paiera le prix ?

Une ambition de 30 % qui a un prix

C’est pour commencer à y répondre que Brazzaville a donné, le 29 septembre, le coup d’envoi du projet d’élaboration du Plan national de financement de la biodiversité, baptisé Biofin. La ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, Arlette Soudan-Nonault, a ouvert les travaux.

La séquence associait la première réunion du Comité de pilotage (Copil) et l’atelier de lancement officiel. Le projet est porté par le Fonds mondial pour l’environnement et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

Dans la bouche de la ministre, l’objectif est limpide : Biofin doit permettre au gouvernement d’étendre son réseau d’aires protégées terrestres et marines et d’atteindre la cible de 30 % de protection à l’horizon 2030. Un engagement qui, sur le papier, tient en un seul chiffre.

Mesurer le coût réel de la conservation

Dans les faits, l’exercice est plus exigeant. Étendre et faire vivre un réseau d’espaces protégés réclame des moyens financiers conséquents, et surtout durables. Sans ressources régulières, une aire classée peine à dépasser le stade du tracé sur une carte.

Le plan national de financement entend justement poser les termes de cette équation. Sa première tâche consiste à identifier les besoins financiers du pays, puis à évaluer les ressources déjà disponibles pour la conservation.

La comparaison des deux colonnes doit faire apparaître les écarts entre ce qu’exige la protection de la biodiversité et ce que le Congo mobilise aujourd’hui. Viendra ensuite la recherche de nouveaux mécanismes capables de combler ce déficit dans la durée.

Le montant exact de la facture reste donc à établir : c’est l’un des chantiers du plan. Celui-ci doit aussi aider à mieux orienter l’argent vers les priorités nationales et à utiliser plus efficacement les ressources publiques comme privées.

De la charge financière au capital naturel

L’atelier n’a pourtant pas seulement parlé de dépenses. Le fil rouge des échanges tient en une idée : la nature congolaise n’est pas qu’un poste de coûts, elle peut aussi devenir une richesse, à condition d’être gérée avec soin.

Pour Adama Dian Barry, représentante résidente du Pnud au Congo, « notre ambition commune doit être de contribuer à faire de cette biodiversité non pas seulement un patrimoine à préserver, mais également un capital naturel à valoriser de manière durable, équitable et inclusive ».

Cette valorisation, a-t-elle précisé, doit se faire au service du développement de la République du Congo. Les trois jours de travaux devaient ainsi permettre de bâtir une approche capable « de mobiliser et d’attirer les financements tout en produisant des résultats durables sur la biodiversité, l’économie et les communautés ».

La ministre a poussé la logique plus loin. Elle a invité les participants à formuler des propositions pour que la biodiversité passe « d’une logique de simple charge financière vers un véritable espace d’investissement, d’innovation, de fiscalité incitative et de création d’emplois verts et bleus ».

Un instrument au cœur de la stratégie nationale

Arlette Soudan-Nonault souhaite que Biofin s’inscrive dans la politique gouvernementale, en « levier stratégique d’investissement au service des priorités structurantes du Plan national de développement ». Le projet arrive alors que le pays prépare la mise en œuvre de sa stratégie et plan d’action nationale de la biodiversité 2025-2030.

« Biofin n’est pas un projet isolé, il est un instrument au service de la mise en œuvre de nos politiques et stratégies nationales », a insisté la ministre. Il doit, selon elle, réunir les conditions financières de cette stratégie, cadre de référence de l’action publique jusqu’en 2030.

Les travaux du Comité de pilotage devaient, de leur côté, examiner les grandes orientations du projet, fixer les priorités d’intervention et renforcer la coordination entre les acteurs chargés de sa mise en œuvre.

Secteur privé et communautés appelés à la table

Le financement de la nature ne se pense pas ici comme l’affaire du seul État. La ministre a prôné le dialogue avec le secteur privé et les institutions financières, tandis qu’Adama Dian Barry a appelé administrations, institutions publiques, partenaires privés, centres de recherche et société civile à se mobiliser.

La représentante du Pnud a également défendu un financement inclusif, attentif aux femmes, aux jeunes, aux personnes vivant avec un handicap et aux communautés autochtones. Une façon de rappeler qu’un capital naturel ne se valorise pas sans ceux qui vivent à ses côtés.

Les 30 %, une équation encore ouverte

Le chemin vers l’objectif de 2030 reste long. En lançant Biofin, le Congo choisit toutefois de regarder en face la question de l’argent, au lieu de la laisser freiner ses ambitions. Le pari consiste à faire de la protection de ses paysages un investissement plutôt qu’un fardeau.

Les besoins chiffrés et les nouveaux mécanismes attendus du plan diront si cette ambition peut tenir dans la durée.

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