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À Brazzaville, la peintre et sculptrice Rhode Bath-Scheba Makoumbou apprend aux enfants à dessiner en commençant par les arbres, le ciel et la forêt. Une pédagogie qui relie le geste artistique au respect du vivant et aux savoirs des malafoutiers, des pêcheurs et des chasseurs.

Dessiner la forêt avant de dessiner les hommes

Dans son centre de Brazzaville, les premiers modèles ne sont ni des visages ni des objets. Ce sont des paysages : des arbres, des fleurs, un pan de ciel, la lisière d’une forêt. C’est par là que Rhode Bath-Scheba Makoumbou fait entrer les enfants dans le dessin.

Peintre et sculptrice originaire de la République du Congo, installée en Belgique, l’artiste a détaillé sa démarche le 6 octobre à Brazzaville, lors d’un entretien accordé à l’Agence congolaise d’information, à l’occasion de la restitution d’une formation consacrée aux enfants.

Le choix n’a rien d’anodin. Pour elle, observer la nature, c’est éveiller l’enfant à son environnement. Apprendre à regarder un arbre, puis à le respecter, peut selon elle aider à développer le respect des autres et du vivant.

Un centre né de la demande des familles

Le projet n’est pas sorti d’un plan préétabli. « Ce projet de formation est né des nombreuses sollicitations de jeunes et de parents souhaitant bénéficier de conseils pour accompagner les enfants qui manifestent un intérêt pour le dessin », a-t-elle expliqué.

Pour y répondre, elle a ouvert un cadre permanent, créé il y a quatre ans, où les aptitudes de chacun sont travaillées selon l’âge, le niveau et les aspirations. Une quarantaine d’enfants le fréquentent aujourd’hui de manière régulière.

La formation organisée récemment a, elle, réuni environ une centaine d’enfants, l’Agence congolaise d’information en dénombrant 110 dans l’un de ses comptes rendus.

Du paysage au corps humain, une progression patiente

Après les paysages viennent les animaux et la figure humaine. Lors de la dernière session, l’accent a porté sur l’anatomie et le dessin du corps. Les participants y ont aussi appris les techniques fondamentales du dessin et de la peinture.

« La peinture doit ensuite compléter l’apprentissage du dessin », précise l’artiste. Une exposition a présenté les travaux des enfants : des animaux, des arbres, mais aussi des voitures. Les jeunes ont d’abord reproduit des modèles proposés par leur formatrice, avant de laisser libre cours à leur imagination.

Cet équilibre est, pour elle, essentiel. L’apprentissage impose un cadre technique, mais il doit aussi permettre à chaque enfant de développer sa propre inspiration. Le dessin, à ses yeux, ouvre sur le monde : il aiguise l’observation, la compréhension de l’environnement et l’intelligence, bien au-delà de la formation de futurs artistes.

Malafoutiers, pêcheurs et chasseurs : des savoirs à transmettre

C’est là que la démarche dépasse l’atelier de dessin. L’artiste estime que cette liberté d’expression doit aussi contribuer à préserver les savoirs traditionnels, un fil qui traverse toute son œuvre.

Ses tableaux mettent en scène des femmes dans leur quotidien, des scènes de paysannerie, de pêche et de chasse, ou encore le travail des malafoutiers. Elle inscrit ce travail dans la valorisation de la femme et la préservation de gestes hérités.

Ces activités sont parfois jugées archaïques. Rhode Makoumbou y voit au contraire des connaissances et des savoir-faire : la technique des malafoutiers pour grimper aux palmiers à l’aide de lianes, la compréhension qu’ont les pêcheurs du fonctionnement de l’eau, la lecture de l’environnement et du vent chez les chasseurs.

« Il y a une intelligence, il y a un savoir qu’il ne faut pas perdre », insiste-t-elle. La modernité, selon elle, ne doit pas conduire à l’abandon de ces connaissances.

On peut y voir une cohérence d’ensemble : l’enfant invité à dessiner l’arbre et la forêt est aussi celui à qui elle souhaite transmettre le regard du pêcheur sur l’eau. L’artiste ne formule pas le lien en ces termes, mais sa démarche semble y inviter.

Musique, danse et instruments traditionnels en perspective

Le centre pourrait s’ouvrir à d’autres disciplines. L’artiste dit vouloir y ajouter la danse, la musique et la pratique d’instruments traditionnels, et envisage de travailler avec d’autres artistes pour diversifier la formation.

Un premier pas semble franchi : des musiciens, des danseurs et des chorégraphes ont déjà participé aux activités récentes, faisant découvrir aux enfants d’autres formes d’expression artistique.

Rhode Makoumbou, qui poursuit une carrière internationale, doit regagner Bruxelles avant de préparer une exposition en Italie. Elle entend toutefois maintenir son engagement auprès des jeunes dessinateurs de Brazzaville, pour qui la forêt reste le premier modèle.

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