Au Cameroun, l’État veut savoir précisément ce que valent ses terres agricoles. Une plateforme numérique de cartographie de la fertilité des sols doit guider le choix des cultures et l’usage des engrais, à partir de milliers d’échantillons prélevés dans cinq régions.
Une convention pour confier les outils au MINADER
Tout part d’un texte administratif. Une convention a récemment été signée entre le ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL) et le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER). Elle organise la rétrocession d’équipements et de plateformes numériques issus du PATNUC.
Le MINADER pourra ainsi exploiter ces outils, les sécuriser et les mettre à jour. La signature intervient au moment où débutent la collecte et l’analyse d’échantillons de sols cultivables, rapporte Africa24.
L’ambition affichée : bâtir une base de données fiable, capable d’orienter les choix agricoles et d’améliorer durablement la productivité.
Fertilité des sols : mesurer plutôt que deviner
Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, a résumé la philosophie du projet en une formule : « La fertilité d’un sol ne se devine pas, elle se mesure. »
Il a aussi décrit ce qui se joue dans les parcelles : « Sans cette connaissance, l’agriculteur peut choisir une culture mal adaptée, appliquer un fertilisant en quantité inadéquate ou engager une dépense sans obtenir le résultat attendu. »
Le propos pointe un coût très concret. Une culture mal choisie ou un engrais mal dosé, et c’est l’effort comme l’argent du producteur qui risquent de ne rien rapporter.
27 300 échantillons et 1,4 million d’hectares
Le programme prévoit le prélèvement de 27 300 échantillons de sols, assortis d’analyses en laboratoire. Objectif : cartographier 1,4 million d’hectares de terres cultivables.
Cinq régions sont ciblées en priorité : l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. C’est sur ces territoires que doit se dessiner une photographie plus précise du potentiel agricole du pays.
Les analyses sont géoréférencées : chaque résultat est rattaché à un lieu. De quoi savoir où et comment produire, en connaissant les sols, en orientant les cultures et en adaptant la fertilisation.
Des données fiables, condition d’une carte utile
Le volume, à lui seul, ne suffira pas. La valeur de cette masse d’informations reposera sur la qualité des prélèvements, sur leur traçabilité et sur leur mise à jour.
Une phrase citée par Africa24 le résume sans détour : « Une carte n’est utile que si chaque donnée qui la compose est digne de confiance. »
L’exigence dépasse le monde agricole. « La gouvernance publique ne peut plus reposer sur des informations fragmentées et approximatives », a-t-il été rappelé. Elle exige des données « fiables, harmonisées et disponibles en temps utile ».
Ces informations doivent permettre d’anticiper les risques, d’orienter les interventions et d’évaluer les politiques mises en œuvre. La carte des sols se veut donc aussi un instrument de pilotage pour l’action publique.
Du champ au numérique, un pari sur la terre
Pour qui s’intéresse à la santé des terres, l’enjeu dépasse la seule productivité. Mieux connaître un sol, c’est pouvoir ajuster les intrants au lieu de les appliquer en quantité inadéquate.
Le Cameroun mise ainsi sur la connaissance de ses sols et sur des données fiables pour orienter les choix agricoles, optimiser les intrants et faire du digital un levier de productivité. Reste désormais à voir la carte prendre forme.





