À Brazzaville, la forêt s’est invitée dans un débat de santé publique. Lors de la célébration en différé de la Journée africaine de la médecine traditionnelle, le professeur Henri Monabeka a plaidé pour une alliance encadrée entre médecins et tradipraticiens.
Le directeur général des Soins et des Services de santé a rappelé une réalité de terrain : la médecine traditionnelle reste le premier recours de la population en matière de soins, surtout en milieu rural, là où les services de santé conventionnels demeurent difficiles d’accès.
Les arbres du Bassin du Congo au cœur de la pharmacopée
Dans son intervention, le responsable a placé les tradipraticiens dans une position singulière, celle de gardiens du vivant. « Leur rôle de sentinelle de la biodiversité est le fondement même sur lequel repose notre pharmacopée », a-t-il déclaré.
Pour illustrer son propos, il a cité deux essences, le limba et l’iboga, « et tant d’autres ». Selon lui, transformer « les vertus brutes de nos arbres » suppose une synergie forte, avec le soutien et le cadre normatif de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Cet accompagnement doit, a-t-il précisé, garantir la sécurité, la qualité et l’efficacité des remèdes traditionnels. L’enjeu n’est donc pas seulement de reconnaître ce savoir, mais de le soumettre à des exigences vérifiables avant qu’il n’arrive jusqu’aux patients.
Protéger la forêt pour préserver la « pharmacie naturelle »
Le professeur Monabeka a établi un lien direct entre santé et conservation. « Protéger la forêt du Bassin du Congo, c’est préserver notre pharmacie naturelle et garantir la santé des générations futures », a-t-il souligné.
Dans la même déclaration, il a énuméré les conditions de cette collaboration : la recherche scientifique, la protection de la propriété intellectuelle et la préservation des écosystèmes. Trois chantiers qui relient le laboratoire, le droit et la forêt elle-même.
Il a enfin lancé un appel aux médecins, aux chercheurs et aux praticiens de la médecine traditionnelle homologués à « travailler main dans la main ».
Encadrer la médecine traditionnelle sans renier la tradition
Pour le directeur général, la tradition ne saurait servir de prétexte à l’anarchie. Elle doit, à ses yeux, accepter la rigueur et la régulation. Il estime aussi que l’intégration des thérapeutes dans les formations sanitaires devrait être repensée à court et moyen terme.
L’objectif affiché : faciliter l’accès des malades à l’ensemble des soins dont ils ont besoin.
De la forêt au centre de santé, le thème de l’année
Le docteur Guy Michel Mbemba, délégué du représentant de l’OMS au Congo, a salué la pertinence du thème retenu cette année, qui part de la forêt pour aboutir aux structures de soins.
« De la forêt au centre de santé : structurer le cadre légal, la gouvernance et la rigueur scientifique de la médecine traditionnelle pour accélérer la couverture sanitaire universelle en République du Congo », annonce son intitulé.
Pour le délégué de l’OMS, ce thème traduit la volonté de faire de la médecine traditionnelle une ressource stratégique de santé publique, à la fois encadrée et valorisée.
Il a insisté sur un point : intégrer la médecine traditionnelle ne revient pas à juxtaposer des pratiques. Il s’agit de bâtir un modèle complémentaire, fondé sur les preuves scientifiques, la sécurité des patients et le respect des normes de qualité.
L’OMS a réaffirmé sa disponibilité à accompagner le Congo dans cette démarche. L’organisation estime que 80 % de la population du continent africain dépend de la médecine traditionnelle pour satisfaire ses besoins sanitaires essentiels.
Les tradipraticiens défendent un patrimoine thérapeutique
Au nom des tradipraticiens, Gilbert Mouanda, président de l’Union nationale des tradipraticiens congolais, a appelé à ne pas laisser mourir la médecine traditionnelle congolaise. Il la considère comme une part intégrante du patrimoine thérapeutique national.
Son propos a ramené le débat vers les plantes elles-mêmes. « L’identification des plantes ayant de réelles vertus médicinales, leur production, leur transformation et leur utilisation rationnelle permettront non seulement d’améliorer l’accès aux médicaments, mais aussi de développer des secteurs économiques générateurs d’emplois », a-t-il conclu.
Une alliance entre savoirs et biodiversité
De la sentinelle de la biodiversité au médicament, en passant par le laboratoire et le cadre légal, les intervenants ont décrit une même chaîne. Au Congo, la pharmacopée traditionnelle dépend à la fois de la science, de la régulation et de la forêt qui l’abrite.




