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Les rivières de Pointe-Noire pourraient nourrir la ville. Pollution, surpêche et prix en hausse ont pourtant rendu le poisson d’eau douce rare sur les étals. En réponse, des éleveurs installent leurs bacs en pleine ville, mais le coût de l’aliment freine encore leur élan.

Pointe-Noire, des rivières sous pression

La capitale économique de la République du Congo compte plus d’une dizaine de cours d’eau, dont la rivière Tchinouka. Sur le papier, ils pourraient servir de réserves de poissons d’eau douce, à portée de main des habitants.

La réalité est moins généreuse. Beaucoup de ces cours d’eau restent inexploitables, d’abord à cause de la pollution, ensuite en raison d’autres difficultés qui s’ajoutent à cette dégradation.

Le problème dépasse les berges de la ville. Le Congo manque à la fois de poisson de mer et de poisson d’eau douce, en partie à cause de la surpêche, pratiquée en mer comme dans les eaux continentales.

Pisciculture hors-sol : des bacs au cœur de la ville

Pour contourner ces rivières à bout de souffle, une autre voie se dessine : la pisciculture hors-sol. Les poissons ne grandissent plus dans un plan d’eau naturel, mais dans des bacs et des bassins aménagés.

La piste fait écho à l’appel de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui invite à innover pour nourrir les générations futures.

Wilde Bahamboula, pisciculteur, a fait ce choix. « Nous travaillons en pleine ville, avec des bacs et des bassins. Il est plus facile de récolter les poissons et de les surveiller », explique-t-il.

Il compare avec l’élevage traditionnel : « On peut mettre 1 000 alevins dans un étang naturel. Six mois plus tard, au moment de la récolte, il n’en reste parfois que 100 ou 200. »

Le poisson d’eau douce, un luxe pour les ménages

Sur les marchés congolais, la rareté se lit d’abord sur les prix. Le silure géant se vend à plus de 7 000 francs CFA l’unité, alors que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé à 50 000 francs CFA.

Pour les foyers modestes, le poisson d’eau douce disparaît peu à peu des assiettes. Il prend des allures de produit de luxe, tandis que la viande s’impose de plus en plus comme un produit de première nécessité.

Aurélie Batchi, restauratrice, le résume sans détour : « Le poisson d’eau douce devient rare et cher. Du coup, on se contente des produits congelés. » Cette cherté prive une partie des consommateurs d’une source importante de protéines.

L’alimentation des poissons, frein de la filière

L’élevage hors-sol n’a rien d’une solution miracle. Son principal obstacle tient à ce que mangent les poissons. Selon les professionnels du secteur, l’alimentation représente environ 75 % des coûts de production.

Ce poste pèse lourdement sur la rentabilité des exploitations. Plus sûr que l’étang naturel, l’élevage en bacs reste donc fragile sur le plan économique.

Philippe Bounzeki, chef d’entreprise piscicole, plaide pour une production locale d’aliments pour poissons, afin de réduire les coûts et d’améliorer la rentabilité. Plus largement, les producteurs souhaitent rapprocher la pisciculture du secteur agricole.

Production piscicole au Congo : les chiffres de la FAO

Les estimations de la FAO donnent la mesure de l’enjeu. La production piscicole du Congo-Brazzaville avoisine 1 500 tonnes par an, tandis que la consommation moyenne atteint 25 kilogrammes de poisson par habitant et par an.

Avec des prix en hausse et une offre toujours limitée, l’aquaculture est présentée comme un moyen de rendre le poisson plus accessible et de mieux approvisionner le marché national.

Protéger les rivières, développer les bassins

La pression sur les ressources halieutiques ne cesse de croître. Développer la pisciculture et en maîtriser les coûts devient donc un enjeu majeur. Mais ces bacs urbains rappellent aussi, en creux, ce que la pollution des rivières a déjà coûté à Pointe-Noire.

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