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Un rachat aux enjeux régionaux

En officialisant la reprise de la Société Le Grand Moulin du Cameroun et de la Société Le Grand Moulin du Phare, le 6 août 2025, le groupe Cadyst fait basculer un pan entier de la chaîne céréalière d’Afrique centrale sous capitaux majoritairement camerounais.

L’acquéreur, piloté par l’industriel Célestin Tawamba, poursuit ainsi une logique d’intégration verticale visant à sécuriser l’approvisionnement en farine dans un contexte de volatilité internationale et de recherches de souveraineté alimentaire sur le continent.

Pour le Congo-Brazzaville, la transaction assure la pérennité d’un outil industriel stratégique dans la ville océane de Pointe-Noire, tout en ouvrant la porte à des investissements additionnels dans la provenderie et l’aviculture, secteurs identifiés comme prioritaires par les autorités.

Impacts attendus sur la sécurité alimentaire

Cadyst affirme vouloir porter la capacité de mouture cumulée des deux pays à plus de 750 000 tonnes par an, soit une hausse de l’ordre de 30 % par rapport au niveau antérieur, selon les données internes partagées avec les partenaires bancaires.

Un tel saut quantitatif devrait contenir les importations de farine dans la sous-région Cemac et réduire l’exposition aux fluctuations des cours mondiaux du blé, souvent corrélées aux tensions géopolitiques éloignées d’Afrique centrale.

Des économistes de l’Université Marien-Ngouabi estiment que chaque point de substitution locale engendre près de deux milliards de francs CFA d’économies annuelles sur la balance commerciale congolaise, tout en mobilisant de la main-d’œuvre qualifiée.

« La sécurité alimentaire ne se décrète pas ; elle se construit avec des capacités industrielles solides », souligne le professeur Anicet Massamba, qui évoque une étape structurante pour l’intégration agricole au sein de la Cemac.

Financement et cadre réglementaire

La structuration financière, orchestrée par Afriland First Bank, repose sur un syndicat de six établissements, majoritairement africains, qui ont mobilisé des lignes de crédit en devise et en monnaie locale afin d’atténuer le risque de change.

Selon un banquier proche du dossier, le ratio de couverture atteint 120 % des besoins de financement, preuve de l’appétit des investisseurs pour une industrie perçue comme défensive et porteuse de revenus récurrents.

Sur le plan réglementaire, les autorités congolaises ont délivré leur agrément après vérification du maintien de l’emploi local et de la conformité environnementale des sites, conformément aux orientations du Plan national de développement 2022-2026.

La Commission de la concurrence de la Cemac, pour sa part, a rendu un avis favorable, estimant que la nouvelle configuration du marché ne crée pas d’abus de position dominante de nature à pénaliser les consommateurs.

Positionnement sous-régional et Zlecaf

Avec sept sites industriels désormais répartis entre Douala, Bafoussam, Garoua, Yaoundé et Pointe-Noire, Cadyst dispose d’un réseau logistique qui épouse les corridors routiers et maritimes du Golfe de Guinée, facilitant l’accès aux marchés voisins.

L’entrée en vigueur progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine ouvre la perspective d’exportations de farines spécialisées vers le Gabon, la Centrafrique voire l’Angola, sans droits de douane, pourvu que les règles d’origine soient respectées.

« Notre ambition est de devenir un champion industriel de la Cemac et un contributeur net au commerce intra-africain », insiste Elizabeth Gouater, directeur général de Cadyst Group, qui rappelle que le secteur meunier précède souvent l’essor de l’industrie biscuitière et des pâtes.

Perspectives économiques et sociales

Le groupe prévoit un programme d’investissement complémentaire de 45 milliards de francs CFA sur trois ans, dédié à la modernisation des silos, à l’automatisation des lignes d’ensachage et à la construction d’un centre de formation technique à Pointe-Noire.

Les syndicats locaux saluent la démarche, tout en appelant à une hausse de la valorisation des salaires et à l’intégration accrue des femmes dans les métiers de la maintenance, historiquement masculins.

Du côté des pouvoirs publics congolais, on souligne que le partenariat privé-public doit favoriser la diffusion de bonnes pratiques agricoles auprès des petits producteurs de maïs, matière première de la provenderie, afin de créer un cercle vertueux entre industrie et agriculture.

À moyen terme, les analystes interrogés estiment que la mise en réseau des sept moulins permettra d’abaisser le coût moyen de la baguette dans les capitales concernées, un indicateur suivi de près par les décideurs politiques et les organismes de contrôle des prix.

En consacrant des capitaux régionaux à une filière longtemps dominée par des groupes européens, Cadyst matérialise une tendance de fond : la montée en puissance de champions panafricains capables de relever, aux côtés des États, le défi conjoint de l’industrialisation et de la cohésion sociale.

La Banque africaine de développement, qui suit le projet, envisage d’appuyer un programme d’électrification solaire des sites pour réduire l’intensité carbone de la mouture, un critère désormais central pour les acheteurs institutionnels et les bailleurs internationaux.

À terme, l’objectif est d’exporter des mélanges de blé et de manioc déshydraté, répondant aux nouvelles normes de nutrition et permettant de soutenir la filière tubercule congolaise, souvent sous-valorisée localement et durablement.

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