Un débat sur l’agro-bio à l’Institut français du Congo
Le 14 octobre 2026, l’Institut français du Congo, à Brazzaville, a accueilli un débat organisé par l’association NIOSI. Le thème annonçait la couleur : « L’agriculture paysanne traditionnelle : une agro-bio avant la lettre ».
Au pupitre, Jean Ngoko, ingénieur agro-pastoral et ancien fonctionnaire du ministère de l’Agriculture. La modération était confiée au Pr Josué Ndamba, de l’association NIOSI.
L’idée défendue tient en une phrase : les champs villageois congolais pratiquent déjà ce que l’on nomme aujourd’hui l’agriculture biologique.
Le compost et la biomasse au cœur de l’exposé
Selon le compte rendu publié par La Semaine Africaine, l’exposé s’est essentiellement articulé autour de l’histoire agricole, du compost et de l’apport scientifique. Le conférencier a voulu replacer la pratique paysanne dans le temps long.
« L’agriculture paysanne traditionnelle est naturellement biologique », a insisté Jean Ngoko. Les paysans, a-t-il expliqué, recourent à la biomasse, un mélange de feuilles, d’herbes et de terre, pour fertiliser à la fois la plante et le sol.
Pour l’ingénieur, l’agriculteur a d’emblée travaillé ainsi : « Dès le départ, l’humain-agriculteur est naturellement biologique, sans chimie agricole et sans pesticide contre les maladies de la plante ».
Jachère au village, intrants chimiques en ville
Le débat a dessiné une géographie contrastée des pratiques au Congo. Dans les villages, les paysans fertilisent leurs champs de manière biologique et mettent en pratique le système de la jachère.
Les produits chimiques, eux, se retrouvent dans les centres urbains. Ce sont les maraîchers qui y ont recours, dans l’objectif d’une production plus importante.
Ce contraste renvoie à la question des moyens. « Notre paysan, comme vous le voyez, est bien pauvre », a observé Jean Ngoko, avant de lancer : « Est-ce qu’il fallait investir dans ces produits chimiques ? »
Sa réponse penche nettement vers le modèle traditionnel. « Heureusement, l’agriculture biologique est naturelle, elle demande peu de moyens, et notre paysan la fait vivre », a-t-il poursuivi.
Une parenthèse chimique, selon le conférencier
Jean Ngoko a retracé la trajectoire de l’agriculture chimique. D’après son exposé, elle a pris son essor après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), portée par des rendements élevés et de beaux produits qui avaient séduit toute l’Europe.
Il a aussi rappelé que, vers 1943, certains agronomes jugeaient déjà cette voie vouée à l’échec, estimant le bio incontournable. La chimie agricole n’en a pas moins été promue au rang des incontournables.
Pour lui, le vent a depuis tourné. Ceux qui avaient fait le choix des produits chimiques pour améliorer les rendements se rendent compte, selon le conférencier, que ces produits sont nuisibles à la santé.
Jean Ngoko va plus loin. Il associe l’agriculture chimique à de nombreuses maladies et à des « changements géniques », des affirmations qui, selon lui, reposent sur de nombreuses analyses, non détaillées dans le compte rendu du débat.
« L’agriculture chimique a été juste une parenthèse, une éclipse dans l’agri-bio », a-t-il résumé, avant d’affirmer : « L’agriculture moderne, censée élever les rendements, ne sera plus là ».
L’Europe en exemple, d’après Jean Ngoko
L’argument européen est revenu à plusieurs reprises dans son intervention. D’après Jean Ngoko, l’Europe, qui avait embrassé la chimie agricole depuis le milieu du XXe siècle et la subventionnait, est en train de la délaisser.
Il attribue ce revirement aux retombées néfastes de ces produits sur la santé humaine. Le conférencier a tenu à adresser ce message aux décideurs comme au public présent.
Ces affirmations relèvent du plaidoyer de l’intervenant ; le compte rendu du débat ne les étaye par aucune donnée chiffrée.
Moderniser la tradition plutôt que la renier
Le plaidoyer ne se limite pas à un éloge du passé. Jean Ngoko a relaté les différents projets menés dans le domaine agricole au Congo, dont il a décrit les résultats comme catastrophiques.
Sa recommandation pour le pays : revenir à l’agriculture traditionnelle tout en l’améliorant, en s’appuyant notamment sur l’intelligence artificielle. Le compte rendu ne précise pas sous quelle forme cet apport serait envisagé.
À ceux qui voudraient se lancer, le conférencier a adressé un conseil pragmatique : « Ceux qui ont des vocations doivent commencer en petit et ensuite intégrer des réseaux d’appui ».
Un débat qui interroge les choix agricoles du Congo
Au-delà des formules fortes, la rencontre de Brazzaville a remis en lumière un savoir-faire paysan fondé sur la biomasse, la jachère et la sobriété des moyens.
Reste, pour les décideurs comme pour les maraîchers urbains, la question posée par Jean Ngoko : fallait-il investir dans les produits chimiques, alors que les villages font déjà vivre une agriculture qui demande peu de moyens ?



