Dans le district de Banda, le village de Kola vit au rythme d’une source qui tarit à chaque saison sèche. Ses habitants demandent qu’un forage d’eau soit inscrit au cahier des charges de l’unité forestière qui porte le nom de leur localité.
Kola, une source qui s’épuise à chaque saison sèche
Le 29 septembre 2026, une bonne partie des quelque 250 habitants de Kola s’était rassemblée derrière son chef de village, Laurent Makoundi. Hommes, femmes et jeunes participaient à une opération baptisée « Retroussons les manches ».
Le chantier avait un but simple : creuser à travers la roche pour faire remonter l’eau des profondeurs de la source Massanga. Comme à chaque saison sèche, celle-ci s’était tarie, en cette période de transition vers la saison des pluies.
À Kola, l’eau se mesure en kilomètres. Deux rivières, la Ngokosso et la Loubomo, coulent respectivement à 6 et 5 kilomètres. La seconde passe par le village de Ngoungui, dans le district de Kakamoeka. Reste la source Massanga, à 700 mètres des habitations.
« C’est un véritable calvaire pour nous », déplore Cécile Bouanga, habitante du village. Pour une communauté partagée entre une longue marche vers les rivières et une source capricieuse, la formule résume le quotidien.
Accès à l’eau : des corps marqués par la corvée
Même la source la plus proche impose un effort pénible. Blandine Niangui, autre habitante de Kola, décrit la montée : « C’est fastidieux de remonter une pente raide de 60 m avec une charge de 25 litres. »
Selon elle, cette corvée explique que « beaucoup de femmes de Kola ont désormais des déformations au niveau de la colonne vertébrale ». Son témoignage rappelle que l’accès à l’eau est aussi une question de santé, et qu’il pèse lourdement sur les femmes du village.
Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, rappelées dans le récit de cette journée, prévoient une distance de 500 mètres seulement entre le domicile et le point d’eau. À Kola, même la source Massanga se situe au-delà de ce seuil.
La RPDH aux côtés des communautés riveraines
Ce 29 septembre, une délégation de la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH) venait de poser ses valises au village. Elle était conduite par Fabrice Sévérin Kimpoutou, chargé de recherche au sein de l’ONG.
Il a précisé l’objectif de la mission : « sensibiliser les populations de la localité sur les nouveaux instruments de gouvernance forestière, notamment la loi 33-2020 du 8 juillet portant code forestier en République du Congo et d’évaluer l’impact de l’exploitation forestière à Kola ».
La rencontre s’inscrivait dans la deuxième phase d’un projet intitulé « Renforcer la redevabilité et l’inclusion grâce à une meilleure implication et participation des communautés locales et populations autochtones (CLPA) du Kouilou dans la gouvernance forestière et climatique ».
UFE Kola : un cahier des charges contesté
Le village est riverain de l’Unité forestière d’exploitation (UFE) Kola, attribuée en 2016 à la société Taman Industries par un arrêté du 8 novembre de la même année. Cette exploitation s’accompagne d’obligations envers les territoires concernés, fixées par un cahier des charges particulier.
Certaines ont déjà été honorées : l’entretien des tronçons routiers « Pont du Niari-Mbiribi » et « Kayes-Banda-Ngonzo-Mbota-Mbiribi », ainsi que l’approvisionnement en produits pharmaceutiques du centre de santé intégré de Tsembo.
Kola, en revanche, n’en a pas encore tiré profit. « Nous n’avons rien gagné de l’exploitation forestière dans notre village », a déclaré Laurent Makoundi. Le chef du village a ajouté : « Nous n’avons pas été consultés lors de l’élaboration du cahier des charges particulier. »
Ce que prévoit le code forestier congolais
Ce défaut de consultation interroge au regard de la loi. L’article 136 du code forestier précise que l’élaboration de ce document « implique l’administration forestière, l’exploitant, les communautés locales et autochtones, ainsi que la société civile ».
Le même article ajoute que « des procès-verbaux garantissent la traçabilité des pourparlers ». La parole des villages riverains est donc censée être entendue, puis consignée, avant que les engagements ne soient arrêtés.
Un forage d’eau comme première exigence
Les participants à l’échange avec la RPDH ont formulé deux souhaits. Ils veulent que le contenu du cahier des charges soit reconsidéré, et qu’il soit désormais élaboré d’un commun accord avec tous les villages situés dans la zone d’exploitation ou touchés par elle.
Pour Kola, la priorité est claire : un forage d’eau. « Il faut que Taman Industries nous construise un forage d’eau », a lancé Blandine Niangui au cours de la rencontre.
Au-delà de ce village du Niari, la demande pose une question simple : que reçoivent concrètement les communautés qui vivent au pied des concessions forestières ? À Kola, la réponse attendue tient en un seul ouvrage, un point d’eau à portée de main.




