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Un griot au parcours singulier

Le 12 août, sous un ciel lourd, Pointe-Noire a accompagné le musicien Henri Ndonga, plus connu sous le nom de Ya Vhos, jusqu’au cimetière de Djeno. Autour du cortège, parents, diplomates, créateurs et anonymes saluaient l’itinéraire d’un griot devenu figure patrimoniale.

Décédé le 3 août à l’âge de soixante-dix ans des suites d’une longue maladie, l’artiste laisse derrière lui plus de quatre décennies de scènes, de bals populaires et de veillées où son timbre chaleureux célébrait le parler vili autant que le vivre-ensemble.

« Ya Vhos résumait à lui seul la résilience d’une nation plurielle », a déclaré la ministre de la Culture Lydie Pongault, évoquant un parcours qui « marie modernité et racines » tout en rappelant le soutien logistique apporté par l’État aux funérailles.

La sanza, instrument identitaire

La sanza, lamellophone aux lames métalliques montées sur une caisse de résonance, était son prolongement charnel. Aucune prestation ne débutait sans que l’artiste porte l’instrument contre sa poitrine, comme un battement amplifié.

À chaque frappe, le musicien tissait des nappes harmoniques rappelant la polyrythmie des forêts côtières et le clapotis de l’océan. Le public retrouvait ainsi une mémoire sonore parfois oubliée par l’urbanisation rapide.

Des ethnomusicologues soulignent que cette pratique, longtemps considérée rurale, renaît chez les jeunes urbains attirés par l’afro-folk, un essor qui doit beaucoup à la visibilité acquise par Ya Vhos sur les plateaux télévisés nationaux.

Des scènes mythiques à la postérité

Dans les années 1990 et 2000, le Centre culturel français La Pagode, le Cercle culturel pour enfants ou encore le mythique Nganda Missafou vibraient à ses refrains portés par une sanza incandescente.

Les titres Kuala Sansa bala, Boueké ou Le Chemin de non-retour devinrent des classiques repris aussi bien dans les quartiers populaires que dans les salons feutrés, offrant un rare trait d’union social.

Associé au saxophoniste May Plau, il cofonde en 2000 l’ensemble Sosaf, Sons des sages africains, laboratoire musical où se croisent rumba, chants sacrés et jazz, témoignant d’une créativité ouverte sur le continent.

Cette effervescence coïncidait avec l’adoption par les autorités d’une politique de soutien aux industries culturelles, via le Fonds pour la promotion de l’art et de la culture, qui facilita tournées et résidences régionales.

La Nuit des griots, organisée chaque année au Cercle culturel pour enfants, lui offrait une tribune pour dialoguer avec Ardos Massamba, Tata Bouesso ou feu Maxime Kibongui, inscrivant la performance dans une véritable pédagogie intergénérationnelle.

Héritage familial et religieux

Au-delà de la scène, l’enseignant qu’il fut transmettait son savoir à Mael et Reine, dont les performances en duo rappellent l’enthousiasme paternel et pérennisent le style sanza-folk.

Dans les chorales catholiques de Pointe-Noire, il anima des fraternités charismatiques où musique et spiritualité s’entremêlaient, contribuant à renouveler la liturgie locale tout en attirant de nouveaux fidèles.

Le single unique publié en 2018, produit par Padiex, conserve cette empreinte liturgique, révélant une voix plus intériorisée mais toujours portée par le pouls obstiné de la sanza.

Politiques culturelles et mémoire collective

La disparition de Ya Vhos relance la question de l’archivage sonore au Congo-Brazzaville, pays qui a déjà numérisé près de trois mille enregistrements grâce au programme national Mémoire Vivante soutenu par les collectivités.

Interrogé, le sociologue Barthélémy Ossebi observe que « célébrer les griots contemporains, c’est renforcer la cohésion nationale en donnant un récit partagé aux post-guerre ».

Un projet de Maison de la sanza, annoncé par la mairie de Pointe-Noire pour 2024, devrait perpétuer l’œuvre du maître et offrir un incubateur aux jeunes musiciens, attestant d’une gouvernance culturelle attentive au rayonnement international.

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