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Silences ruraux, violences réelles

Sur les pistes sablonneuses qui traversent la mangrove du Kouilou, les voix féminines restent basses, presque couvertes par le fracas des marées. Pourtant, c’est ici que se joue une bataille décisive pour l’accès aux ressources et la reconnaissance de droits élémentaires.

La Rencontre pour la paix et les droits de l’homme, RPDH, observe que la première violence se traduit par le simple fait d’être ignorée. Sans siège aux comités de gestion, les femmes autochtones voient leurs forêts, leurs rivières et leurs revenus filer entre d’autres mains.

Cette marginalisation n’est pas seulement culturelle. Elle prive les communautés d’une expérience fine de la biodiversité. « Les femmes connaissent les plantes médicinales mieux que quiconque », rappelle Christian Mounzéo. Les exclure, c’est oublier la moitié de la bibliothèque vivante du bassin.

Femmes et gouvernance forestière inclusive

La loi forestière de 2020 consacre pourtant la participation communautaire. Dans les textes, le Congo-Brazzaville figure parmi les pionniers régionaux du droit environnemental. La difficulté commence au village, là où persiste la hiérarchie patriarcale, souvent renforcée par la pression économique.

Pour briser le cercle, la RPDH déploie le programme RERIP, financé par le CCFD-Terre Solidaire. L’objectif est simple : former, documenter, puis accompagner les femmes dans les négociations avec les exploitants et les autorités locales, en toute coopération.

Le projet RERIP au cœur du Kouilou

À Tchissanga, un premier atelier a réuni vingt agricultrices, trois chefs de canton et deux ingénieurs des eaux et forêts. La journée s’est close par la signature d’un protocole d’accès partagé aux jachères communautaires. Un mince papier qui change déjà la donne quotidienne.

« Nous ne réclamons pas des privilèges, seulement l’application de la loi », confie Mavoungou Nkouka, pêcheuse de la baie de Loango. Depuis cet accord, elle peut vendre ses captures au marché sans devoir négocier un droit de passage avec le clan voisin.

Le programme aborde aussi la montée des violences numériques. Dénigrement sur les réseaux, diffusion de données personnelles : la note de position de la RPDH recense une dizaine de cas récents. Chaque attaque laisse des séquelles psychologiques et fragilise l’engagement citoyen.

Une cellule d’écoute téléphonique a donc été créée à Pointe-Noire. En vingt-quatre heures, une victime obtient un accompagnement juridique et, si nécessaire, un dépôt de plainte. Le dispositif illustre la convergence entre défense des droits humains et protection de l’environnement.

À savoir

La région du Kouilou abrite des forêts marécageuses riches en moabi et en okoumé, recherchés par l’industrie. Les concessions couvrent plus de 300 000 hectares. Le code forestier impose qu’au moins 15 % des revenus issus du bois reviennent aux communautés locales.

Pourtant, faute de comptabilité transparente, ce pourcentage est rarement atteint. Le RERIP forme désormais des femmes reconnues pour leur probité à vérifier les bordereaux de coupe et à alerter l’inspection départementale en cas d’écart manifeste.

Impact & solutions

Chaque comité mixte mis en place réduit les conflits fonciers et protège les couloirs de faune. Selon la RPDH, deux éléphants de forêt ont même réinvesti les marais des environs de Koubou grâce à la limitation des abattages illégaux.

Le modèle intéresse déjà d’autres départements. Des discussions sont engagées dans la Sangha pour adapter la méthode au contexte des concessions certifiées FSC. Les bailleurs saluent le caractère reproductible d’une approche centrée sur la responsabilité plutôt que sur la confrontation.

Comment y aller

De Brazzaville, un vol quotidien rejoint Pointe-Noire. La route nationale 1 mène ensuite vers Loango en trois heures. Les visiteurs sont invités à contacter l’ONG locale avant toute excursion, afin de respecter les zones sacrées et limiter leur empreinte carbone.

Les familles peuvent dormir dans les cases d’accueil construites en bambou et alimentées par des panneaux solaires. Une contribution de dix mille francs CFA par nuit finance les formations féminines. Voyager ici devient un acte de solidarité autant qu’une découverte naturelle.

Regards d’avenir

En redonnant la parole aux gardiennes de la forêt, le Kouilou révèle qu’écologie et justice sociale marchent ensemble. La lutte est certes discrète, mais elle s’enracine, pied nu, dans la latérite rouge des pistes. Et chaque pas ouvre un horizon plus durable.

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