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Des chèques verts, récoltes d’espoir

Dans une cour ombragée de Makélékélé, trente enveloppes bleu azur ont changé de mains. Montants: 100 000 à 1 500 000 francs CFA. Pour M. Aser Sidney N’se, président du groupement La Congolaise Agricole, ces chèques représentent «les semences d’une nouvelle saison de confiance».

La remise du 9 décembre s’inscrit dans une tournée agricole 2025-2026. Objectif assumé: garantir à Brazzaville un panier local toute l’année, réduire les importations maraîchères venues de Kinshasa ou du Cameroun et stabiliser les prix qui flambent en saison pluvieuse.

Objectif : 1 000 fermes résilientes

Le programme prévoit d’atteindre 1 000 producteurs dans les quinze départements d’ici deux ans. Chaque bénéficiaire doit présenter un plan cultural détaillé, signé par un technicien agricole local, gage de traçabilité des fonds et de suivi écologique des pratiques.

La Congolaise Agricole débloque 120 millions de francs CFA pour la première phase. Les montants individuels varient selon la filière: semences bio pour les maraîchers, alevins sexés pour les pisciculteurs, génisses améliorées pour les éleveurs. Les remboursements commenceront après la première récolte.

Former les ambassadeurs de la terre

« Former, structurer, accompagner »: le slogan de la tournée ressemble à un mantra. Chaque agriculteur suivra trente heures de modules sur la gestion durable de l’eau, les engrais organiques et la comptabilité simplifiée, animés par l’Institut national de recherche agronomique et forestière.

Un protocole d’accord est en négociation avec la Caisse pour le commerce et le développement. La CCD fournirait un compte numérique à taux préférentiel, afin que les producteurs sécurisent leurs ventes et reçoivent des alertes sur les marchés urbains en temps réel.

La fenêtre ZLECAF

La Zone de libre-échange continentale africaine ouvre un marché de 1,3 milliard de consommateurs. En misant sur la tomate, le piment et le poisson fumé, Brazzaville espère devenir un hub agro-alimentaire sous-régional tout en renforçant la souveraineté alimentaire intérieure.

Pour y parvenir, il faut des volumes, mais aussi des normes. Les nouveaux chéquiers imposent l’adoption d’emballages biodégradables et la certification Phytosanitaire Congo. « Nous voulons que nos produits traversent les frontières sans retenue sanitaire », insiste Aser Sidney N’se.

Témoignage d’un champ Brazzavillois

Devant sa parcelle marécageuse de Djoué, Tsabelle Kibozi sourit à la perspective de racheter des poussins. « J’avais tout arrêté après les inondations. Ce chèque va relancer mon élevage mixte et mes bassins de tilapias », confie-t-elle, déjà affairée à réparer ses claies.

Comme elle, plusieurs jeunes agronomes urbains misent sur les micro-surfaces. Le long du périphérique sud, les serres improvisées s’alignent sous des bâches recyclées. L’arrosage goutte-à-goutte, alimenté par des panneaux solaires artisanaux, réduit de 60 % la consommation d’eau, selon les relevés associatifs.

Impact & solutions

Les organisations de consommateurs saluent une initiative « triple impact »: baisse des importations, emploi local et pratiques respectueuses des sols. Les engrais chimiques restent permis, mais plafonnés à 30 % des apports nutritifs, le reste devant provenir de composts urbains.

Un comité d’évaluation indépendant publiera chaque trimestre la carte des parcelles financées, leur rendement et l’empreinte carbone évitée. Les données seront accessibles sur une plateforme open-source, une première dans l’agriculture congolaise destinée à renforcer la transparence et attirer des partenaires climatiques.

Si la phase pilote réussit, le programme pourrait être adossé aux crédits carbone régionaux. Les haies multiespèces plantées autour des cultures serviront de puits à CO2 et de couloirs pour les pollinisateurs, argument clé pour séduire les bailleurs verts.

Comment y aller

Les périmètres pilotes se visitent depuis le centre-ville en vingt minutes de taxi-bus. Demander l’arrêt « Moukondo fermes » ou « Djoué pisciculture ». Des guides-exploitants proposent, pour l’équivalent de deux euros, une déambulation pédagogique suivie d’une dégustation de légumes grillés au maïs bio.

À savoir

La saison sèche, de juin à septembre, reste la meilleure période pour visiter les exploitations sans bottes en caoutchouc. Les paiements mobiles sont acceptés sur place. Pour candidater au prochain tour de financement, les dossiers se déposent avant le 30 avril auprès de La Congolaise Agricole.

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