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À Libreville, le ministère des Eaux et Forêts lance « La Pépinière Rose » dans le cadre d’Octobre Rose. Chercheurs, botanistes et tradipraticiens vont explorer la flore gabonaise pour nourrir la recherche sur les cancers féminins, sans jamais faire passer les plantes avant le dépistage.

La forêt gabonaise invitée dans la lutte contre les cancers féminins

Et si les sous-bois gabonais avaient leur mot à dire en santé publique ? C’est le pari de « La Pépinière Rose », lancée le 2 octobre 2026 par le ministère des Eaux et Forêts, chargé de l’Environnement, du Climat et du Conflit Homme-Faune.

L’initiative s’inscrit dans la mobilisation nationale d’Octobre Rose. Son ambition, telle que la décrit Infos Gabon, est d’établir un lien inédit entre biodiversité, recherche scientifique et lutte contre les cancers du sein et du col de l’utérus.

Le calendrier national donne le ton. Le lancement officiel de l’édition 2026 est prévu le 7 octobre à l’Assemblée nationale, avec un accent renouvelé sur la prévention, le dépistage et l’accompagnement.

Le thème retenu au niveau international pour 2025-2027, « Unis par l’Unique », veut placer chaque personne et son parcours au centre du combat. Dans ce paysage, la pépinière ajoute une dimension inattendue : la valorisation scientifique du patrimoine forestier.

Biodiversité gabonaise : un capital de connaissances à documenter

L’idée paraît simple, ses implications le sont beaucoup moins. Repérer des espèces végétales locales, étudier leurs propriétés, consigner leur potentiel médicinal : c’est regarder la biodiversité comme un capital de savoir, susceptible de contribuer un jour à la recherche thérapeutique.

Pour mener ce travail, le projet s’adosse à l’Institut de Pharmacopée et de Médecine Traditionnelle, l’IPHAMETRA. Chercheurs, botanistes et tradipraticiens y sont mobilisés pour prospecter, collecter, identifier puis étudier des essences végétales pouvant intéresser la recherche sur les pathologies cancéreuses.

Pour un pays dont la richesse forestière compte parmi les principaux atouts, la démarche a valeur stratégique. Il ne s’agit plus seulement de conserver les espèces, mais de mieux cerner leur valeur scientifique.

Ce changement de regard suppose un cadre solide. Il doit associer conservation, recherche, réglementation et exigences de santé publique, afin que la curiosité scientifique ne se fasse ni au détriment des écosystèmes ni à celui des patients.

De l’Arboretum de Sibang aux 200 plants médicinaux de l’IPHAMETRA

Le programme d’octobre donne au projet une dimension très concrète. Dès la semaine du 5 octobre, des visites scientifiques à l’Arboretum de Sibang et des séances d’information avec la Santé militaire doivent toucher près de 1 000 agents et recrues.

Du 12 au 16 octobre, les équipes partiront en prospection sur les axes de Kango, Médouneu et Cap Estérias. Objectif : collecter des essences et des graines qui alimenteront le travail des spécialistes.

Le 19 octobre marquera le moment le plus visible de la campagne. Deux cents plants médicinaux seront mis en terre au sein de l’IPHAMETRA, une étape présentée à la fois comme symbolique et scientifique.

Le geste ne s’arrêtera pas là. Des travaux d’ensemencement sont aussi prévus à l’École nationale des eaux et forêts, pour inscrire le projet dans la durée et favoriser la transmission des connaissances.

Cette programmation dessine une véritable chaîne. La forêt fournit les ressources, les spécialistes les identifient, les institutions scientifiques les documentent, et les pépinières permettent de préserver certaines espèces. C’est dans cette continuité entre conservation et connaissance que réside la portée du projet.

Des plantes à étudier, pas un remède annoncé

Le chemin entre une plante observée en forêt et un éventuel produit thérapeutique reste long. Il exige des recherches rigoureuses, des validations successives et des évaluations médicales. La première étape consiste à préserver et à documenter cette matière biologique.

Surtout, une ligne rouge est clairement posée. La recherche sur les plantes médicinales ne doit pas entretenir de confusion entre potentiel thérapeutique et traitement établi. Le projet ne présente aucune plante comme un soin contre le cancer.

Dans cette lutte, la sensibilisation et le dépistage restent prioritaires. Les autorités sanitaires gabonaises en ont fait le cœur de la campagne nationale et cherchent à renforcer l’accès au dépistage comme à la prise en charge sur tout le territoire.

Le ministre des Eaux et Forêts a d’ailleurs relié la plantation à cet impératif sanitaire. Chaque plant peut symboliser une promesse de vie, a-t-il rappelé en substance, mais cette promesse commence par le dépistage.

Octobre Rose au Gabon, une campagne ancrée depuis 2013

Le pays n’en est pas à son coup d’essai. Octobre Rose y est organisé depuis 2013, et les éditions récentes ont progressivement élargi les actions de sensibilisation, de dépistage et de formation.

En 2025, des dépistages gratuits avaient notamment été proposés dans les structures sanitaires publiques à travers le territoire. L’enjeu de 2026 consiste à franchir une nouvelle étape sans perdre de vue l’essentiel : détecter les cancers suffisamment tôt.

Une politique efficace contre les cancers féminins doit agir en même temps sur la prévention, le diagnostic précoce, la prise en charge, la recherche et l’accessibilité des soins. La pépinière se loge dans le volet recherche, sans prétendre remplacer les autres.

Faire de la forêt gabonaise un patrimoine scientifique

Le projet regarde loin, vers des possibilités futures, alors que la maladie impose des réponses immédiates. C’est à la fois son paradoxe et sa force, souligne Infos Gabon.

Sa réussite se mesurera moins au nombre d’arbres plantés qu’à la capacité du Gabon à transformer durablement sa biodiversité en savoir, à protéger ses ressources génétiques et à renforcer ses compétences.

Pour un pays forestier qui cherche à diversifier son économie tout en préservant son capital naturel, l’enjeu dépasse la découverte d’une plante prometteuse. Il s’agit de bâtir un écosystème national de recherche et de valorisation responsable.

À cette condition, la forêt gabonaise pourra devenir, au-delà de sa valeur écologique, un patrimoine scientifique au service des générations futures. Sans oublier que la première protection reste un dépistage fait à temps.

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