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À Pointe-Noire, l’ONG Renatura Congo a mobilisé habitants et associations pour débarrasser la plage de Songolo et la lagune du site Mazra des plastiques qui s’y accumulent. Derrière ce nettoyage, une alerte : celle d’une mangrove urbaine en sursis.

Songolo et Mazra, un littoral sous pression plastique

Sur le littoral de Pointe-Noire, la plage de Songolo et le site Mazra ont accueilli une opération de ramassage de déchets plastiques. L’initiative revient à l’ONG Renatura Congo, qui l’a placée sous un mot d’ordre sans détour : « Tous engagés pour une planète sans déchets ».

L’opération s’est tenue à l’occasion de la Journée internationale du nettoyage de notre planète, célébrée chaque 20 septembre. Plusieurs partenaires et associations engagées dans la défense de l’environnement et de la biodiversité avaient répondu à l’appel.

Le site Mazra mérite une attention particulière. Sa lagune compte parmi les dernières de la ville à abriter encore une mangrove. Un refuge rare, pourtant saturé, comme la plage de Songolo, par de nombreux déchets plastiques.

Mangroves de Pointe-Noire : une surface réduite de plus de moitié

Les chiffres disent l’ampleur du recul. À Pointe-Noire, la superficie des mangroves est passée de 20 000 à 7 500 hectares, sous la pression de l’urbanisation, de la déforestation et des pollutions domestique et industrielle.

Nathalie Mianseko, directrice de Renatura Congo, l’a rappelé : « On ne trouve la mangrove que dans les zones tropicales de notre planète. C’est un écosystème très riche, abritant une biodiversité unique, mais malheureusement fragile et essentiel à l’équilibre des milieux marins et côtiers ».

Des palétuviers piégés par les déchets

Au fil de la journée, enfants, jeunes et adultes ont parcouru les lieux, sacs et râteaux en main. Ils ont collecté une grande quantité de plastiques, une menace bien réelle pour le sol, la faune marine et la santé humaine.

Louisette Ngounga coordonne le pôle éducation et sensibilisation à l’environnement chez Renatura Congo. Elle décrit un mécanisme implacable : « Ces déchets, emportés par les eaux de pluie ou rejetés par la mer, finissent par s’accumuler dans les palétuviers ». La mangrove devient ainsi, malgré elle, un piège à plastique.

D’où son appel, adressé à chacun : « Nous invitons les pêcheurs à ne plus jeter de plastiques dans l’océan, et les populations à ne plus en abandonner sur les plages ou dans la rue ».

Microplastiques : du poisson à l’assiette

Le danger ne s’arrête pas aux racines des palétuviers. « La dégradation des plastiques prend énormément de temps. Dans l’eau, ils se fragmentent en microplastiques et polluent le milieu », explique Louisette Ngounga.

La suite concerne directement la ressource halieutique et les riverains. « Ingurgités par les poissons, ils peuvent les étouffer ou entrer dans la chaîne alimentaire, ce qui nuit directement à la santé des consommateurs », poursuit-elle. Pêcheurs et consommateurs se retrouvent ainsi concernés au premier chef.

Un projet pour remettre la mangrove au centre

Ce nettoyage ne relève pas du geste isolé. Il s’inscrit dans le projet « Remettre les mangroves au cœur du développement côtier », financé et piloté conjointement par Renatura Congo et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Le projet associe plusieurs ministères de la République du Congo, dont ceux de l’Environnement, de l’Économie forestière et de la Pêche, ainsi que des instituts scientifiques, l’IRSEN et l’IRD. Il se veut cohérent avec le Plan national de développement 2022-2026 et les Objectifs de développement durable.

Sur le plan scientifique, il vise à mieux connaître ces milieux en dressant des états de référence de plusieurs mangroves. Il prévoit aussi des actions de sensibilisation et d’éducation à l’environnement, ainsi que des activités génératrices de revenus autour des mangroves.

Après la collecte, le défi des déchets du quotidien

Sur place, l’initiative a été saluée par les populations locales. Mais le projet ne portera ses fruits qu’avec l’implication de tous.

De nombreux participants ont plaidé pour des opérations d’assainissement des plages et de préservation des mangroves plus régulières à Pointe-Noire. Beaucoup ont rappelé que le plus grand défi se situe ailleurs : la gestion durable des déchets ménagers et urbains.

Comme l’a souligné Louisette Ngounga, un plastique abandonné dans la rue peut, emporté par les eaux de pluie, finir piégé dans les palétuviers. À Songolo, la survie de la mangrove se joue donc aussi loin du rivage, dans les gestes de chaque jour.

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