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Le 4 octobre 2026, des pluies diluviennes ont fait plusieurs morts à Dakar. Aux Parcelles assainies, les sinistrés comptent leurs pertes, tandis qu’un climatologue relie cet épisode de fin d’hivernage au réchauffement et à El Niño.

Aux Parcelles assainies, des sinistrés démunis

Dans une salle de la mairie des Parcelles assainies, Pape Faye est allongé sur un matelas, la jambe bandée. Ce maçon fait partie d’une vingtaine de sinistrés mis à l’abri dans ce bâtiment municipal de la capitale sénégalaise.

« Un pan du mur de ma maison s’est effondré, raconte-t-il. Je me suis retrouvé dans les eaux et j’ai été blessé. » Les inondations lui ont tout pris. Même les vêtements qu’il porte, précise-t-il, lui ont été donnés.

La même maison a été frappée par le drame : une jeune mère et son enfant en bas âge y sont morts noyés. Ils comptent parmi les victimes de ces pluies, qui ont fait plusieurs morts.

142 millimètres en 24 heures en fin d’hivernage

Selon des chiffres provisoires de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie, jusqu’à 142 millimètres de pluie sont tombés en 24 heures dans la région de Dakar. Un cumul exceptionnel, d’autant plus rare qu’il survient en octobre, à la fin de la saison des pluies.

Francis Marcel Sambou, chef de cabinet du maire des Parcelles assainies, n’a pas souvenir d’un tel épisode. « On ne se rappelle pas quand on a pu enregistrer autant de millimètres, insiste-t-il. 142 millimètres pour Dakar, c’est terrible. »

Une commune trop dense pour absorber le choc

Plusieurs facteurs expliquent ces inondations. Le premier tient à la densité : la commune compte plus de 40 000 habitants au kilomètre carré. « Nous sommes pratiquement la plus grande commune de Dakar. Elle n’était pas conçue pour autant de personnes », rappelle le chef de cabinet.

Les canalisations n’échappent pas à ce constat : leur diamètre n’a pas été prévu pour une telle population. Le relief complique encore la situation. Francis Marcel Sambou décrit une zone accidentée, avec de nombreux points bas, avant d’ajouter un dernier facteur : le changement climatique.

Réchauffement et El Niño, le diagnostic d’un climatologue

Le Docteur Cheikh Diop, climatologue à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) et rattaché au centre de recherche Wascal, rappelle que les températures ont augmenté d’environ 1,5 degré au Sénégal en 50 ans.

Ce réchauffement influence les pluies, tout comme El Niño, un puissant épisode actuellement en cours dans le Pacifique. Le chercheur détaille le mécanisme : « La terre est plus chaude, donc on aura plus d’évaporation, et on va se retrouver avec plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère. »

Lors des tempêtes, cette vapeur d’eau supplémentaire se traduit par des pluies plus fortes. Et parce qu’« il n’y a qu’une seule atmosphère », ce qui se joue dans le bassin du Pacifique, siège d’El Niño, se répercuterait selon lui sur les précipitations en Afrique de l’Ouest.

Des sols saturés en fin de saison des pluies

Le chercheur pointe un paradoxe. « Ce qu’on constate en général, c’est une baisse de la pluviométrie en Afrique de l’Ouest, mais avec des pluies extrêmes », observe Cheikh Diop. Moins de pluie dans l’ensemble, donc, mais des épisodes plus brutaux.

Le calendrier aggrave le risque. Les derniers jours de septembre et le début d’octobre marquent la fin de l’hivernage : les sols sont alors saturés et la nappe remonte. Chaque nouvelle averse se traduit par un ruissellement important ou par une stagnation de l’eau, explique le climatologue.

Des pluies extrêmes appelées à devenir plus fréquentes

Pour Cheikh Diop, l’avenir s’annonce plus instable. « Avec le changement climatique, non seulement il y a une plus grande variabilité des précipitations, mais les précipitations extrêmes vont devenir plus fréquentes », prévient-il.

Il n’exclut donc pas que ce genre de précipitations soit observé plus souvent dans les années à venir.

921 milliards de FCFA pour l’assainissement

Après le drame, le Premier ministre s’est rendu aux Parcelles assainies. Il a annoncé 921 milliards de francs CFA, soit environ 1,4 milliard d’euros, pour un programme national d’assainissement.

Densité urbaine, canalisations sous-dimensionnées, relief accidenté et climat qui se réchauffe : l’épisode du 4 octobre rappelle combien Dakar reste exposée aux pluies extrêmes.

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