À Kigali, la ministre rwandaise de l’Environnement, Dr. Bernadette Arakwiye, a ouvert le Carbon Markets Africa Summit en appelant le continent à bâtir des marchés du carbone fidèles à ses priorités, plutôt qu’à se contenter de fournir des crédits.
Kigali, tribune des marchés du carbone africains
Le Carbon Markets Africa Summit (CMAS 2026) a tenu sa cérémonie d’ouverture officielle le 14 octobre 2026 à Kigali. Devant des délégués venus d’une vingtaine de pays africains, la ministre a donné le ton dès ses premiers mots.
« Vous êtes ici parce que, comme nous, vous pensez que les marchés du carbone africains doivent être guidés par les priorités africaines et qu’ils doivent produire des résultats », a-t-elle lancé.
Le calendrier pèse. À l’approche de la COP 31 à Antalya, en Turquie, l’Afrique cherche à faire de la finance carbone un véritable levier de croissance inclusive. Lors de ce rendez-vous, prévient la ministre, le monde demandera si les promesses climatiques peuvent devenir une action climatique.
« Et pour l’Afrique, cette question est extrêmement urgente », a-t-elle ajouté.
Forêts et foyers améliorés : des crédits carbone trop concentrés
Le diagnostic est lucide. « Malgré les avancées de l’Article 6 de l’Accord de Paris et la multiplication des accords bilatéraux, la finance carbone africaine souffre d’un déséquilibre structurel », a reconnu Dr. Bernadette Arakwiye.
La foresterie et la cuisson propre captent aujourd’hui l’écrasante majorité des crédits émis. Au Rwanda même, les foyers améliorés représentent encore 87 % des volumes.
Cette concentration laisse de côté des secteurs clés de la transition. L’agriculture, principale source de subsistance du continent, n’a généré qu’à peine 1 % des crédits du marché volontaire en deux décennies.
« Le petit exploitant agricole, qui a le plus à gagner et beaucoup à offrir, est toujours envoyé largement en dehors du marché », a déploré la ministre.
Actifs naturels et déficit de financement climatique
Le contexte n’arrange rien. Selon elle, « la volatilité des marchés a ralenti et les questions d’intégrité ont, à juste titre, été soulevées ». La demande de conformité s’est accrue, mais de manière inégale.
« À travers l’Afrique, le déficit de financement climatique continue de se creuser, tandis que nos communautés, nos pays sont invités à protéger et à capturer plus de valeur de nos actifs naturels », a-t-elle martelé.
Pas question pour autant de renoncer : « Ce ne sont pas des raisons pour reculer, ce sont des raisons pour réinitialiser et mieux construire. » Kigali appelle à « orienter les capitaux privés vers les énergies renouvelables, l’écomobilité, la décarbonisation industrielle et la gestion des déchets ».
Trois priorités pour un carbone africain équitable
Face à des cadres réglementaires nationaux encore lourds et à des capacités d’évaluation limitées, la ministre a tracé une feuille de route en trois temps pour investisseurs et décideurs.
D’abord, des standards réalistes. « Nous devons développer des standards pratiques sans renoncer à l’intégrité environnementale », a-t-elle annoncé.
Ensuite, financer la préparation des projets, avec des guichets dédiés uniquement aux études de faisabilité et aux données de base. Trop de bonnes idées échouent avant d’atteindre les investisseurs, observe-t-elle, parce que études, données, validation des sauvegardes et coûts de transaction coûtent cher.
Elle cite le Fonds Vert Rwandais, qui explore déjà le recyclage des revenus carbone pour financer les futurs projets.
Enfin, des prix équitables, en tournant le dos aux prix au comptant volatils au profit de contrats d’achat à long terme. « Un prix équitable est un prix qui reflète le coût de l’intégrité et la valeur de ce qu’un pays hôte donne lorsqu’il autorise un transfert », a-t-elle rappelé.
Partenaires, États et jeunes : chacun son rôle
Aux partenaires internationaux, le message est direct : « Ne demandez pas à l’Afrique de simplement fournir des crédits. Associez-vous avec l’Afrique pour construire des institutions, des systèmes de données, des compétences techniques et des pipelines d’investissement. »
Aux gouvernements africains, elle demande de s’unir, d’apprendre les uns des autres et de rendre leurs marchés interopérables « sans sacrifier la souveraineté nationale ou les priorités de développement ».
Aux jeunes entrepreneurs et chercheurs, elle présente le marché carbone du continent comme un espace capable d’attirer une meilleure technologie, de meilleurs modèles d’affaires et de meilleures façons de mettre les communautés au centre.
Au-delà des discours, le terrain
Porté par VUKA Group, basé en Afrique du Sud, et financé par la Development Bank of South Africa (DBSA), le sommet ne se limite pas aux allocutions. Dans les salons privés du Kigali Convention Centre, les négociateurs enchaînent les sessions de matchmaking.
Les gestionnaires d’actifs y scrutent la viabilité financière des micro-réseaux ruraux et des projets d’agriculture régénérative.
« Ensemble, nous pouvons façonner un marché du carbone qui reflète l’ambition de l’Afrique, répond à la réalité de l’Afrique et livre des bénéfices tangibles pour nos communautés », a lancé la ministre aux délégués.





