Le Congo a inspecté le 22 septembre sa plus grande ferme solaire et son futur data center. À Kintélé, 19 354 panneaux doivent garantir une énergie propre et stable à un centre de données stratégique.
Deux chantiers, une seule question : l’énergie
Le 22 septembre, à Brazzaville, deux sites ont été visités le même jour. Ce rapprochement n’avait rien de fortuit. Le premier stocke des données, le second produit de l’électricité. Sans celui-ci, celui-là reste vulnérable.
Jean-Jacques Bouya, vice-Premier ministre chargé de la Coordination des infrastructures, du développement et de l’aménagement du territoire, conduisait la visite. À ses côtés, Frédéric Nzé, ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique.
Kintélé, 19 354 panneaux et la plus grande ferme solaire du Congo
Dans la commune de Kintélé, la ferme solaire aligne 19 354 panneaux. L’installation totalise une capacité de 12 mégawatts, huit convertisseurs et une production évaluée à 40 mégawattheures. Il s’agit, selon les autorités, de la plus grande installation solaire du pays.
Ce champ n’a pas été pensé comme une vitrine. Il doit renforcer le réseau électrique local et, surtout, alimenter durablement le centre de données national. Une énergie « pérenne, fiable et stable », a résumé Jean-Jacques Bouya.
L’idée n’est pas de tourner le dos au réseau national. Le solaire de Kintélé doit se combiner à l’électricité fournie par Énergie Électrique du Congo, pour rendre la production pérenne et stable.
Data center de Bacongo : 82 % des travaux réalisés
Le data center se trouve à Bacongo, dans le deuxième arrondissement de Brazzaville. Le taux d’exécution des travaux atteint 82 %. L’équipement doit devenir opérationnel d’ici la fin de l’année, ou au tout début de la suivante.
Un tel bâtiment regroupe des milliers d’ordinateurs et de serveurs. Sa fonction : stocker, traiter et protéger les données numériques. Ici, des données publiques, stratégiques, relevant de la souveraineté nationale, selon le vice-Premier ministre.
Pour le vice-Premier ministre, ce centre est le socle de toute la transformation numérique du pays. Sans lui, l’accélération annoncée reste théorique. L’infrastructure doit permettre la conservation et la sécurisation durable des données nationales.
Le projet est financé par le groupe de la Banque africaine de développement. Il dépasse les frontières congolaises : « C’est un ouvrage réalisé dans un environnement où la sous-région en a besoin », a souligné Jean-Jacques Bouya.
Sortir des groupes électrogènes : le calcul du solaire
L’argument avancé est d’abord économique. Le ministre Frédéric Nzé l’a formulé sans détour : le recours exclusif aux groupes électrogènes rendrait l’exploitation hors de prix. « Le coût sera tellement élevé que nous ne pourrons pas être concurrentiels », a-t-il prévenu.
L’autre option, s’appuyer uniquement sur le réseau d’Énergie Électrique du Congo, comporte son propre risque. Le temps que ce réseau soit entièrement fiabilisé à Brazzaville, la clientèle pourrait se détourner, inquiète de la résilience de l’infrastructure.
D’où ce choix hybride : combiner le solaire de Kintélé et le réseau national. « C’est le seul modèle qui va nous permettre d’exploiter ce Data center de manière rentable », a tranché le ministre des Postes et des Télécommunications.
Un modèle solaire appelé à faire école
Le message dépasse le seul centre de données. La ferme de Kintélé doit servir d’exemple pour renforcer la résilience énergétique du pays, a indiqué Frédéric Nzé. Un modèle jugé « résilient » et « économique » dans son exploitation.
L’enjeu était aussi d’éviter un scénario familier : inaugurer une infrastructure de prestige, puis découvrir qu’elle n’est pas autonome en énergie. La visite conjointe des deux sites visait précisément à écarter cette hypothèse.
Le chantier est observé au-delà de Brazzaville : le projet est attendu dans toute la sous-région d’Afrique centrale. Un centre de données adossé à une ferme solaire y ferait figure de précédent régional.
Premiers tests énergétiques dans un mois
Le calendrier annoncé reste serré. Les premiers essais énergétiques doivent débuter dans un mois environ. Ceux du data center suivraient dans deux à trois mois. La livraison de l’équipement est évoquée à l’horizon d’un mois.
« Il faut que nous soyons prêts et que nous nous assurions que, s’il y a une clientèle qui arrive, elle soit rassurée que ses données seront préservées dans des conditions véritablement fiables », a insisté Jean-Jacques Bouya.
Reste à voir ce que produira l’alliance du photovoltaïque et du numérique. À Kintélé, l’électron solaire cesse d’être un symbole pour devenir une condition d’exploitation. C’est peut-être là le vrai basculement.

