Quartier Makabandilou, vulnérabilité chronique
Le quartier Makabandilou s’étire sur une série de légers vallons au sud-est de Brazzaville. À chaque saison pluvieuse, les ruelles en latérite se transforment en torrents boueux, menaçant habitations, commerces et écoles à l’aval du bassin versant urbain.
Ces inondations récurrentes ne sont pas que photogéniques : elles arrachent les fondations, précipitent les déchets vers le fleuve et multiplient les maladies hydriques. Les habitants racontent des nuits entières à écoper, faute de systèmes de drainage capables d’absorber des pluies toujours plus intenses.
Un chantier vital mis entre parenthèses
Pour briser le cycle, un chantier de collecteurs bétonnés a démarré au début de l’année, financé par un partenariat public-privé incluant la mairie de Brazzaville et la société locale Soprogie. Tranchées creusées, buses posées : le quartier a cru voir enfin la lumière.
Depuis trois mois pourtant, les engins se taisent. Les galeries béantes cernent les maisons, exposant canalisations et câbles. Officiellement, un retard d’acheminement de pièces importées explique la pause, « une contrainte logistique bientôt résolue », assure un responsable technique rencontré sur le site.
Le calendrier glisse : les travaux, prévus jusqu’à la limite de Soprogie, reprendront « avant la mi-octobre, juste avant les grandes averses », précise la même source. Ce décalage nourrit toutefois la peur d’un nouvel épisode catastrophique, comparable aux crues de 2021.
Voix de terrain, espoirs sous les nuages
Isaac Mbengui, sept ans d’ancrage dans le quartier, confie sa lassitude : « Nous pensions tourner la page, mais la pluie revient plus vite que les pelleteuses. » Les mots résonnent entre deux murs lézardés, traces vivantes de précédentes montées d’eau.
Dimi Dorov pointe la vieille ruelle défoncée : « Chaque averse transforme la descente en fleuve miniature, on voit des congélateurs flotter. » Les images circulent sur les réseaux, alimentant la solidarité : jeunes scouts, associations religieuses et ONG locales organisent désormais des brigades de nettoyage express.
Jean-Marie Ngayouma, représentant d’un comité de quartier, salue l’engagement étatique : « C’est un projet louable, il faut juste accélérer. » Il mise sur la nouvelle stratégie nationale de résilience urbaine, présentée en juin, qui priorise les infrastructures anti-crues dans les zones à risque.
Comment y aller
Makabandilou se rejoint en vingt minutes depuis le centre-ville via l’avenue des Trois-Martyrs, puis la route de la Tsiémé. Les taxis-bus bleus desservent tous les carrefours majeurs. En saison pluvieuse, privilégiez les matinées, lorsque le trafic reste fluide et les chaussées praticables.
À savoir
Le projet de collecteurs s’inscrit dans le Programme de développement municipal, volet gestion des eaux pluviales. Les travaux concernent trois kilomètres de canaux et vingt grilles d’évacuation. Le financement, estimé à deux milliards de francs CFA, provient pour moitié d’un emprunt concessionnel.
Une étude hydrologique de l’Université Marien-Ngouabi montre que l’intensité des pluies à Brazzaville a gagné 12 % depuis 1990. Les chercheurs recommandent la restauration des zones tampons végétales et la sensibilisation aux déchets, premiers responsables de l’obstruction des canalisations existantes.
Impact & solutions
Si le chantier s’achève dans les délais annoncés, vingt-cinq mille habitants verront leur risque d’inondation chuter de moitié, selon la Direction générale des infrastructures. Les écoles bénéficieront d’espaces de jeux assainis et les foyers réduiront les dépenses liées à la reconstruction post-crue.
À court terme, les chefs de rue invitent chaque foyer à curer les rigoles domestiques et à trier les déchets plastiques. Des sacs biodégradables sont distribués par l’ONG Terre Verte tandis qu’un point de collecte mobile passe deux fois par semaine.
Le ministère de l’Environnement étudie aussi l’installation de micro-barrages filtrants en pneus recyclés, méthode déjà testée autour du marché Total. Ces structures retiennent les détritus avant qu’ils n’envahissent les canaux, tout en créant des niches pour la biodiversité urbaine.
Les écoles primaires de Makabandilou ont introduit des clubs météo animés par des géographes bénévoles. Chaque vendredi, les élèves relèvent la hauteur de pluie et publient un bulletin sur WhatsApp, contribuant à une base de données citoyenne utile aux ingénieurs et défenseurs climatiques.
À moyen terme, la municipalité envisage d’associer des artistes de rue pour peindre des fresques pédagogiques le long des nouveaux murs de soutènement. Les couleurs attireront l’œil et rappelleront, même au plus pressé des passants, que l’eau reste un bien commun.
Avec un chantier relancé, des citoyens mobilisés et des solutions simples contre les déchets, Makabandilou pourrait devenir un laboratoire de résilience pour l’ensemble de Brazzaville. Reste à faire rimer la météo capricieuse avec une volonté collective qui, elle, ne doit pas s’arrêter.




