Brazzaville prépare sa révolution propreté
Dans la salle feutrée d’un hôtel de Brazzaville, plans et cartes s’empilent sur les tables. Le 14 octobre, ingénieurs, maires, ONG et bailleurs se rassemblent pour valider la première Politique nationale d’assainissement 2026-2030, un virage attendu depuis vingt ans.
Le ministère de l’Assainissement urbain, du Développement local et de l’Entretien routier pilote l’opération, épaulé par l’Unicef. L’ambition est claire : offrir à chaque foyer de l’eau propre et des rues dégagées, tout en protégeant les rivières.
Un défi environnemental et sanitaire majeur
Les eaux usées qui stagnent dans les quartiers périphériques alimentent moustiques et maladies hydriques. Selon des statistiques internes, une famille urbaine sur trois ne dispose pas encore de latrines fiables, un gouffre qui plombe la santé publique et les budgets domestiques.
Les érosions qui rongent les collines de Makélékélé ou Mfilou rappellent, chaque saison des pluies, le prix d’une urbanisation sans réseau d’égouts. « La PNA doit casser ce cercle vicieux », explique un technicien de la Direction générale de l’assainissement rencontré sur place.
Atelier national, carrefour des acteurs de l’eau
Le premier atelier de validation ouvre la voie à un processus participatif. Élus, chercheurs, entrepreneurs du recyclage, associations de femmes puisent dans leur expérience et ajustent le texte. L’écoute est la règle : aucune virgule ne sera gravée avant un consensus.
Juste Désiré Mondelé insiste sur cette co-construction. « Pour réussir, nous avons besoin d’une politique comprise par tous, du quartier Mpila aux avenues de Pointe-Noire », martèle le ministre, saluant l’expertise locale avant de rappeler l’importance des normes internationales.
Alignement sur l’ODD 6 et l’agenda 2063
La nouvelle stratégie se cale sur l’Objectif de développement durable 6, garant d’un accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030. Elle répond aussi à l’agenda 2063 de l’Union africaine qui promeut des villes africaines vertes et résilientes.
Concrètement, le texte prévoit des campagnes d’éducation environnementale, la modernisation des stations de traitement, le tri des déchets organiques en compost et la création d’emplois verts. Chaque action sera suivie d’indicateurs précis pour convaincre bailleurs et citoyens de son efficacité.
Urbanisation fulgurante, réponses concertées
Brazzaville et Pointe-Noire abritent plus de la moitié de la population nationale. Leur croissance, quatre fois plus rapide que l’augmentation des services d’assainissement, oblige le gouvernement, les municipalités et les quartiers à inventer des solutions adaptées à chaque micro-bassin versant.
La PNA introduit la notion de gestion différenciée. Les villages riverains du fleuve bénéficieront de toilettes écologiques à faible coût, tandis que les centres-villes miseront sur des réseaux d’égouts séparatifs et des partenariats public-privé pour la valorisation énergétique des boues.
Comment y aller
Les documents seront consultables au ministère et sur les plateformes numérique gouvernementales. Les ONG locales invitent déjà habitants et étudiants à des cafés-débats. Les contributions peuvent être envoyées par courriel ou déposées dans les mairies d’arrondissement.
À savoir
Le budget prévisionnel s’élève à environ 120 milliards de francs CFA sur quatre ans, financés en majorité par l’État, complétés par l’Unicef et la Banque africaine de développement. Un fonds citoyen d’assainissement, alimenté par des micro-levées, sera expérimenté.
Impact & solutions
Un rapport d’experts estime que chaque franc investi dans l’assainissement en rapporte six grâce aux économies de santé et à l’augmentation de la productivité. Des start-up locales, spécialistes du lombricompostage, sont pressenties pour transformer les résidus en fertilisant.
Les plages urbaines du fleuve Congo pourraient ainsi retrouver une qualité d’eau propice au tourisme fluvial. La biodiversité des zones humides, notamment la cigogne africaine observée près de Djoué, bénéficierait aussi de cette réduction de la pollution domestique.
Paroles de terrain
Marie-Thérèse, présidente d’un comité d’hygiène à Talangaï, se réjouit : « Nous attendions un cadre clair pour mobiliser notre jeunesse. Désormais, nettoyer une rue ou construire une fosse améliorée s’inscrira dans une politique reconnue, avec un appui technique et financier ».
Pour Jean-Pierre Nlandu, hydrologue à l’université Marien-Ngouabi, l’enjeu est scientifique : « Cartographier les nappes et prévoir les flux d’orage permettra d’éviter les inondations récurrentes. La PNA offre enfin les moyens de récolter ces données sur le long terme ».
Feuille de route vers 2030
Une fois validé, le document sera transmis au Conseil des ministres puis publié. Les premières actions débuteront en janvier, avec la réhabilitation de caniveaux et la formation de 500 agents municipaux spécialisés dans la collecte sélective et la sensibilisation communautaire.
À l’horizon 2030, le ministère espère réduire de moitié les maladies hydriques et faire entrer cinq villes congolaises dans le réseau africain des cités propres. Un jalon décisif vers un pays durable, fier de ses rivières et de ses quartiers.





