À Pointe-Noire, quatorze vendeurs de bois débités, menuisiers et ébénistes ont appris, du 22 au 24 octobre, à identifier les essences qu’ils vendent ou transforment. Cette formation du projet MIB Congo poursuit un objectif forestier précis : alléger la pression qui pèse sur l’exploitation des essences naturelles.
Bois rouge, bois blanc : le flou des essences sur le marché
Sur le marché intérieur congolais, les sciages circulent encore sous des appellations aussi vagues que « bois rouge » et « bois blanc ». Les enquêtes menées en amont du projet l’ont confirmé : vendeurs et menuisiers-ébénistes n’ont qu’une connaissance limitée des essences.
Le constat pèse lourd. Comment diversifier les essences mises sur le marché si ceux qui commercialisent et transforment les sciages ne savent pas les distinguer ? C’est précisément ce maillon de la chaîne que l’atelier de Pointe-Noire entendait renforcer.
Apprendre à lire le matériau bois
La session a réuni quatorze participants sur les seize attendus, issus pour l’essentiel des organisations professionnelles. Cours théoriques et exercices pratiques, animés par des formateurs et des experts du domaine, se sont succédé dans un esprit participatif.
Le programme partait des bases : la structure du bois et son plan ligneux. Les stagiaires ont ensuite pratiqué l’observation macroscopique sur bois débité, avec une exigence claire, décrire une essence de façon rigoureuse et exploitable.
Ils se sont familiarisés avec les outils d’identification : fascicule, fiches essences, clé de détermination et échantillons de référence. Les exercices ont porté sur les essences d’une liste retenue pour l’atelier, reconnues directement sur des pièces débitées.
Un dernier volet, plus subtil, touchait à l’appréciation de la fiabilité de sa propre identification et à la gestion du doute. Reconnaître une essence, c’est aussi savoir mesurer sa part d’incertitude.
Diversifier les essences pour soulager la forêt
L’enjeu dépasse la seule technique. L’objectif affiché est de favoriser la diversification des essences et d’employer chaque espèce pour ses meilleurs usages. En filigrane, il s’agit de réduire la pression d’exploitation sur les essences naturelles.
À l’issue de l’atelier, les participants disposent de compétences leur permettant de reconnaître par eux-mêmes les essences commercialisées sur le marché intérieur. Le compte rendu de l’événement (Adiac) anticipe un abandon progressif des appellations « bois rouge » et « bois blanc ».
Un marché domestique du bois largement informel
La démarche s’inscrit dans un cadre ancien. La République du Congo s’est engagée dans la gestion durable de ses ressources forestières dès 2000, avec la loi 16-2000 du 20 novembre 2000 portant code forestier.
L’accord de partenariat volontaire Flegt, ratifié avec l’Union européenne le 17 mai 2010, vise à améliorer la gouvernance forestière et à garantir la légalité du bois et de ses produits dérivés. Cette exigence vaut pour l’exportation comme pour le marché domestique.
Or le marché intérieur des sciages reste approvisionné en grande partie par des artisans, avec du bois d’origine informelle, voire « illégale ». Conséquence : aucune retombée fiscale pour l’État ni pour les collectivités décentralisées, et un impact sur la durabilité des forêts.
Pour y répondre, le ministère de l’Économie forestière oriente ses actions vers la structuration des producteurs informels. C’est dans ce contexte que l’Union européenne a financé le projet « Appui au secteur privé – marché intérieur du bois », mis en œuvre par l’ATIBT-Congo.
Un diagnostic de la filière à l’origine des ateliers
Avant d’agir, le projet a dressé un état des lieux de la chaîne de valeur du bois domestique, confié au consortium FRMi – BCAF Congo. Le rapport final de cette étude a fait ressortir plusieurs thématiques appelées à orienter la suite du programme.
Parmi les besoins de formation exprimés par les acteurs eux-mêmes figure justement la reconnaissance des bois. D’où ces ateliers d’identification, construits à partir d’échantillons et destinés aux vendeurs de bois débités comme aux menuisiers-ébénistes.
Brazzaville puis Ouesso, prochaines étapes de la formation
Pointe-Noire n’était qu’une première étape. Le même atelier doit se tenir à Brazzaville, puis à Ouesso, dernière ville appelée à accueillir les formateurs et l’équipe d’ATIBT Congo.
De Pointe-Noire à Ouesso, le parcours porte une même ambition : que ceux qui vendent et façonnent le bois sachent nommer ce qu’ils ont entre les mains. Une condition discrète, mais réelle, d’une forêt mieux gérée.





