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À Dar es Salaam, la rivière Msimbazi n’est plus le cours d’eau qu’on traversait d’un pas. Dans le quartier informel de Kipawa, exposé à ses crues, un collectif écologiste plante des arbres contre l’érosion avant les fortes pluies attendues avec El Niño.

Kipawa, un quartier informel au bord de la Msimbazi

Kipawa se trouve à une poignée de kilomètres de l’aéroport international de Dar es Salaam, en Tanzanie. Le quartier s’étire au bord de la rivière Msimbazi et subit ses inondations depuis des décennies. Plusieurs habitants rencontrés par la correspondante de RFI y ont déjà perdu leur maison.

À Dar es Salaam, 70 % de la population vit dans des quartiers informels, souvent installés dans des zones où l’assainissement et l’évacuation des eaux font largement défaut. C’est dans ce décor que les habitants de Kipawa attendent les fortes pluies annoncées avec le phénomène El Niño.

Une rivière qu’on traversait d’un pas

Peter Boniface habite Kipawa. Enfant, il a connu une tout autre rivière. « Quand j’étais petit, il suffisait de faire un pas pour traverser la rivière, mais ça s’est beaucoup élargi », regrette-t-il.

Sa famille connaît le prix des crues : elle a déjà perdu deux maisons à cause des inondations. Le témoignage résume, à hauteur d’homme, la métamorphose d’un cours d’eau devenu menaçant pour ceux qui vivent sur ses berges.

L’urbanisation redessine les cours d’eau

Le reportage de RFI pointe un facteur : l’urbanisation grandissante de Dar es Salaam. En s’étendant, la ville fait diverger les cours d’eau, et des quartiers comme Kipawa se retrouvent en zone inondable.

Le souvenir de Peter Boniface et ce constat se répondent : d’un côté, une rivière qui s’est élargie ; de l’autre, une ville qui grandit. Entre les deux, des habitants installés sur des terrains devenus inondables.

Des arbres pour retenir les sols

Des habitants se retrouvent autour du collectif écologiste de Kipawa, connu sous le sigle KEG. Avec l’arrivée prochaine des fortes pluies liées à El Niño, William et son association ont choisi de ne pas attendre.

Il conduit la correspondante de RFI, Élodie Goulesque, en contrebas de la rivière pour montrer le travail accompli. Parmi les actions menées, une plantation d’arbres : « On a aussi planté des arbres pour lutter contre l’érosion des sols », explique-t-il.

En misant sur les arbres, le collectif ne se contente pas de contenir l’eau : il cherche aussi à protéger les sols de l’érosion, l’autre face du problème pour un quartier bâti en bordure de rivière.

Ce volet végétal accompagne un ouvrage plus spectaculaire : une digue de sable de 6 mètres de haut sur 200 mètres de long, élevée par les habitants en deux jours pour contrôler l’écoulement de l’eau.

Partir ? « Mais pour aller où ? »

Avec l’arrivée d’El Niño, le gouvernement encourage les habitants exposés à quitter leur domicile. Pour Peter Boniface, la consigne se heurte à une réalité très simple.

« Déménager, mais pour aller où ? Chez qui ? La seule chose qu’on peut faire, c’est prier Dieu pour que les prévisions de pluie se soient trompées, mais si ça doit arriver, ça arrivera », lâche-t-il avec philosophie.

L’inquiétude d’un quartier qui se souvient

Si le collectif tente de préparer Kipawa, les habitants, eux, se sentent impuissants. Ramadan Mangalaye, chauffeur de taxi-moto, le dit sans détour : « Il y a beaucoup d’inquiétude. Lors du précédent El Niño, les dégâts étaient considérables et beaucoup de maisons ont été emportées. »

Un peu plus loin, devant son échoppe de poissons grillés, Dionesia Luande redoute elle aussi les pluies à venir. Sa maison a déjà été emportée une fois par les inondations.

« Honnêtement, j’ai peur, mais en tant que citoyens, qu’est-ce qu’on peut faire ? », s’interroge-t-elle. Le gouvernement apporte-t-il de l’aide ? Sa réponse tient en un mot : non.

Entre racines et prières, Kipawa attend la pluie

À Kipawa, deux attitudes cohabitent. D’un côté, le collectif écologiste plante, consolide et s’organise. De l’autre, des habitants qui ont déjà perdu leur maison et ne voient guère d’issue.

Les arbres plantés contre l’érosion disent une volonté : celle de ne pas laisser la Msimbazi, devenue bien plus large qu’autrefois, décider seule du sort de ses riverains. Reste à savoir ce que les pluies d’El Niño laisseront debout.

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