| Environnement

Lundi 14 septembre, Kinkala a donné le coup d’envoi des Journées de l’Innovation dans le Bassin du Congo. Première étape de l’édition 2026 : l’agroécologie observée depuis le terrain, avec une question centrale, celle de faire grandir les entreprises rurales.

JIBC 2026 : une ouverture dans le Pool

L’édition 2026 des Journées de l’Innovation dans le Bassin du Congo (JIBC) s’est ouverte hors de la capitale. C’est à Kinkala, dans le département du Pool, que la première séquence a eu lieu, sous la forme d’une immersion consacrée à l’agroécologie et à l’innovation rurale.

Producteurs agricoles, entrepreneurs, jeunes et acteurs de l’innovation ont répondu présent. Tous étaient venus confronter leurs expériences et chercher, ensemble, de nouvelles pistes de développement pour leurs activités.

La démarche vise un rapprochement concret. D’un côté, les solutions imaginées par les acteurs locaux. De l’autre, les leviers qu’offrent l’innovation, les partenariats et le financement. Relier ces deux univers est la raison d’être de cette étape rurale.

Entrepreneuriat rural : le cap du passage à l’échelle

Pour cette édition, les organisateurs disent vouloir franchir un nouveau cap. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner des porteurs de projets, mais de repérer des entreprises à fort potentiel et de leur ouvrir l’accès aux partenaires, aux investisseurs et aux financeurs.

Des propos attribués à Séraphine Ekoa, présidente d’Innovation Outre-Mer Africa, éclairent ce changement de braquet : « L’enjeu clairement c’est aujourd’hui de montrer qu’il y a quand même assez d’entreprises qui sont capables de passer à l’échelle. »

La même voix revient sur le chemin parcouru. Aux débuts, l’accompagnement portait sur l’idéation : partir de l’idée pour transmettre aux porteurs de projets l’état d’esprit et les « soft skills » attendus d’un bon entrepreneur.

Une étape désormais jugée dépassée : « dix ans plus tard on ne peut pas être toujours en train de vous accompagner sur de la gestion et de l’accompagnement. Aujourd’hui on est vraiment sur le passage à l’échelle ».

L’objectif est posé sans détour. Au sortir de cette édition, il faudrait pouvoir afficher « quelques belles success stories de partenariats, d’investissement et de financement ». Le rendez-vous se donne ainsi une mesure concrète de sa réussite.

L’agriculture, gagne-pain de plus de 40 % des Congolais

Ouvrir les JIBC sur l’agroécologie a du sens au Congo-Brazzaville. Selon la Banque mondiale, plus de 40 % des Congolais tirent leurs revenus de l’agriculture. Le secteur reste un pilier de l’économie de très nombreux ménages.

Vivre de la terre ne signifie pourtant pas en vivre bien. Beaucoup d’exploitants peinent à prospérer, freinés par des pratiques agricoles traditionnelles qui ne leur permettent ni d’améliorer leur productivité, ni de dégager des revenus suffisants pour couvrir les besoins de leur foyer.

C’est sur ce terrain que l’agroécologie entend apporter des réponses. Son principe consiste à produire en s’appuyant sur le fonctionnement des écosystèmes plutôt qu’à leurs dépens. Dans le Bassin du Congo, vaste ensemble de forêts et de terres agricoles, cette logique prend un relief particulier.

Boko, Tanri et Mouyondzi : l’agroécologie déjà à l’œuvre

Les JIBC ne partent pas d’une page blanche. Leur ambition s’adosse notamment à un projet agroécologique déjà engagé dans trois localités du pays, Boko, Tanri et Mouyondzi, avec le soutien de l’Agroecology Fund (Africa24).

Ce projet concerne 150 producteurs. Parmi eux, 60 % sont des femmes et des jeunes. Une proportion qui place ces publics au cœur du dispositif, et non à sa marge.

À Kinkala, l’enjeu consistait donc à mettre en valeur ces expériences existantes. Mais aussi à créer des passerelles entre des mondes qui gagnent à se parler : producteurs, entrepreneurs, scientifiques et partenaires potentiels.

Papaye et travail en réseau : la parole aux participants

Sur place, les participants sont venus défendre leurs propres convictions. L’un d’eux, dont l’identité n’est pas précisée, s’est posé en ambassadeur d’une culture fruitière qu’il estime sous-estimée.

« Je suis venu présenter cette évangile que j’appelle l’évangile de la papaye », a-t-il lancé. Selon lui, la culture de la papaye demeure « méconnue » et attire encore trop peu d’investisseurs.

Sa mission, dit-il, est de « réveiller les gens » autour de cette production et d’en montrer les atouts sur trois plans, « financier, économique et sanitaire », en insistant aussi sur les bienfaits du fruit lui-même.

Un autre intervenant, lui non plus non nommé, a choisi de mettre l’accent sur une tout autre urgence : le réseautage. Pour lui, travailler en réseau n’a plus rien d’optionnel.

Il observe en effet que « la plupart des bailleurs qui accompagnent dans le travail que nous faisons avec les communautés rurales sont beaucoup plus focalisés sur le travail en réseau ». Un constat qui rejoint la volonté des JIBC de multiplier les connexions.

Brazzaville puis Station F : la suite du parcours

L’étape de Kinkala ne constitue qu’un premier temps. Les JIBC se poursuivront à Brazzaville les 17 et 18 septembre, pour une seconde phase consacrée à l’innovation et au financement.

Temps fort annoncé : un grand pitch réunissant des startups venues de plusieurs pays africains du Bassin du Congo. Dix d’entre elles doivent être sélectionnées pour prolonger leur parcours à Innovation Outre-Mer 11, à Station F, à Paris.

Des champs du Congo rural jusqu’à la scène parisienne, le fil est désormais tendu. Il reste à voir si l’ambition du passage à l’échelle se traduira, au terme de cette édition, par les partenariats et les financements espérés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *