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Dans un essai paru chez L’Harmattan, l’écrivaine franco-congolaise Liss Kihindou suit les fleuves d’Afrique dans les pages des écrivains. Du récit colonial à la poésie de la « Fleuvitude », le fleuve Congo y apparaît aussi comme le témoin des bouleversements écologiques.

Un essai sur les fleuves d’Afrique chez L’Harmattan

Il y a des livres qui se lisent comme on descend un fleuve, en se laissant porter d’une rive à l’autre. Celui que Liss Kihindou vient de publier aux éditions L’Harmattan invite à ce voyage : il s’intitule Littérature et fleuves d’Afrique : Conquêtes et résistances.

L’ouvrage est paru le 10 septembre dans la rubrique « Critiques littéraires ». Il est issu des travaux de recherche que l’écrivaine et universitaire franco-congolaise consacre aux représentations des fleuves dans les littératures africaines.

Riche de 358 pages au format 155 x 240 mm, le volume est proposé en version papier à 36 euros et en version numérique à 28,99 euros.

Le fleuve Congo au cœur des récits de conquête

Le point de départ de l’essai est historique. L’autrice s’intéresse au rôle joué par les grands fleuves africains dans les entreprises de conquête et de domination occidentales. Longtemps, ces cours d’eau ont ouvert aux expéditions des routes vers l’intérieur du continent.

Le fleuve Congo tient une place à part dans cette réflexion. Liss Kihindou rappelle que, depuis sa découverte par les explorateurs occidentaux, il est devenu un objet majeur de représentation et une source d’inspiration pour quantité d’écrivains.

Il faut dire que le fleuve impose sa présence. Il traverse l’Afrique centrale, draine un immense bassin forestier et sépare deux capitales qui se font face, Brazzaville et Kinshasa. Pour un voyageur venu d’ailleurs comme pour un auteur né sur ses rives, il est difficile de l’ignorer.

Une puissance qui ne doit rien à la machine

L’essai ne s’en tient pas au regard des conquérants. Liss Kihindou montre aussi comment les auteurs africains font du fleuve une force, un refuge ou un espace de résistance face à l’impérialisme.

Sous leur plume, le cours d’eau révèle une autre forme de puissance. Celle-ci ne repose ni sur la technologie ni sur la domination matérielle de l’Occident.

L’eau occupe d’ailleurs une place ancienne dans l’imaginaire africain. Dans les contes, les chants et les traditions orales, les fleuves et les rivières sont souvent des lieux de passage, de mémoire ou de rencontre avec l’invisible. La littérature écrite a hérité d’une partie de cette densité symbolique.

La Fleuvitude, une poésie née au Congo-Brazzaville

L’ouvrage accorde une attention particulière à la poésie, et notamment à la « Fleuvitude ». Ce mouvement littéraire a vu le jour au Congo-Brazzaville, et les poètes qui s’en réclament font du fleuve le cœur de leur démarche.

À travers lui, ils envisagent la possibilité d’un nouvel ordre, capable de remettre en cause les modèles économiques et sociaux dominants. Le fleuve cesse alors d’être un simple décor pour devenir une manière de penser le monde autrement.

Pour qui connaît Brazzaville, cette démarche n’a rien d’abstrait. Le fleuve rythme la vie de la ville, ses traversées, ses ports et ses horizons. Écrire depuis ses rives, c’est écrire depuis un lieu où l’eau appartient au quotidien.

Des fleuves témoins des bouleversements écologiques

Pour les lecteurs attentifs à la nature, c’est sans doute le volet le plus parlant du livre. Au-delà de l’histoire et de la littérature, Liss Kihindou aborde les enjeux environnementaux. Les fleuves y apparaissent comme des témoins des bouleversements écologiques.

Ils y sont aussi présentés comme des espaces qui appellent une mobilisation collective en faveur de leur préservation. L’essai ne regarde donc pas seulement vers le passé : il invite à prendre soin de ce qui coule encore sous nos yeux.

Le propos résonne fortement dans le bassin du Congo. Le fleuve y irrigue de vastes forêts, abrite une biodiversité remarquable et fait vivre de nombreuses communautés riveraines, qui en tirent poisson, eau et voies de circulation.

Pêcheurs, piroguiers, commerçants : pour ces riverains, la santé du fleuve se mesure au quotidien. Ce qui abîme le cours d’eau, ses berges ou les forêts qui l’entourent finit tôt ou tard par toucher ceux qui en dépendent.

Voir le fleuve comme un témoin, c’est admettre qu’il garde la trace de ce que les sociétés humaines lui font subir. En lui prêtant une voix, la littérature peut aider à rendre ces changements visibles.

Un regard croisé entre l’Afrique et l’Occident

L’essai repose sur une analyse croisée des regards d’écrivains africains et occidentaux. Liss Kihindou y étudie les dimensions narrative et lyrique des fleuves, c’est-à-dire la manière dont ils portent les récits et nourrissent la poésie.

Elle interroge aussi la place de ces cours d’eau dans les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Le fleuve devient ainsi un fil conducteur entre l’histoire coloniale, la création littéraire et les inquiétudes environnementales d’aujourd’hui.

Liss Kihindou, une chercheuse au long cours

Docteure en littérature, l’autrice consacre depuis plusieurs années ses recherches aux littératures africaines. Chez le même éditeur, elle a notamment publié L’Expression du métissage dans la littérature africaine en 2011.

En 2018 est paru Des migrations au métissage, suivi de L’Image de la Femme à travers 25 auteurs d’Afrique, également chez L’Harmattan. Elle est aussi l’autrice de plusieurs œuvres de fiction et de recueils de poésie.

Relire le fleuve Congo pour mieux le protéger

Recensé par Marie Alfred Ngoma pour l’Agence d’information d’Afrique centrale, ce nouvel essai propose de relire les fleuves d’Afrique à la fois comme routes de conquête, refuges, forces de résistance et témoins d’un environnement bouleversé.

Pour ceux qui connaissent les rives du Congo comme pour ceux qui en rêvent, le livre rappelle une évidence : un fleuve se raconte, et ce récit engage aussi son avenir.

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