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Dans le sud de la RDC, une tour à flux doit ausculter les forêts du Miombo. En suivant l’eau et le carbone échangés avec l’atmosphère, elle éclairera un écosystème méconnu, situé en amont du bassin du fleuve Congo.

Le Miombo, une forêt méconnue en amont du fleuve Congo

On associe volontiers le fleuve Congo à la grande forêt équatoriale. Une partie du bassin se joue pourtant plus au sud, en RDC, notamment dans la région du Katanga. Là s’étend le Miombo, mosaïque de forêts et de savanes boisées située en amont du bassin hydrographique.

Cette formation couvre une vaste portion de l’Afrique australe et centrale. « C’est plus de 10 % du continent africain qui est couvert par le Miombo », rappelle Marc Peaucelle, chargé de recherche à l’INRAE, au micro de RFI.

Ce géant reste une énigme scientifique. « C’est un écosystème où on ne connaît pas vraiment le fonctionnement », explique le chercheur. Il subit le changement climatique, les activités humaines et la déforestation, alors que les populations locales dépendent fortement de ses ressources.

Une tour à flux au-dessus de la canopée

L’outil annoncé ressemble à un grand pylône. Il doit dépasser la cime des arbres afin de placer ses instruments au-dessus du feuillage, notamment une station météorologique et des analyseurs capables de mesurer la concentration de différents gaz.

Conçu d’abord pour le dioxyde de carbone et la vapeur d’eau, il peut aussi suivre le méthane ou l’ozone. Ces mesures, résume Marc Peaucelle, portent directement sur « les quantités de matière ou d’énergie, comme le carbone ou l’eau, qui vont rentrer ou sortir de l’écosystème ».

Ce que l’eau raconte de la santé du Miombo

Pour le fleuve, l’enjeu n’a rien d’anecdotique. La manière dont la végétation du Miombo capte, stocke puis restitue l’eau pourrait peser sur le fonctionnement hydrologique régional. Selon Marc Peaucelle, la résilience de ces forêts pourrait même influer sur « les régimes d’eau du fleuve ».

Elle compte aussi, souligne-t-il, pour les services que l’écosystème rend aux populations locales. D’où l’intérêt de suivre ensemble l’eau et le carbone, car le fonctionnement d’une forêt dépend étroitement de l’eau disponible.

Lorsque les sols s’assèchent, les arbres peuvent réduire leurs échanges avec l’atmosphère pour limiter leurs pertes d’eau. Ce repli affecte en retour leur photosynthèse, donc leur capacité à capter du carbone.

Le bilan carbone d’une forêt n’est jamais acquis. « Dans certaines conditions, potentiellement, la forêt va absorber du carbone ; dans d’autres, elle va en émettre », observe Marc Peaucelle. Toute la valeur de la tour sera de préciser dans quelles conditions l’écosystème bascule d’une situation à l’autre.

Saison sèche, saison des pluies : le temps long de la mesure

Rien ne se lira en quelques semaines. « On ne peut pas avoir une information instantanée avec ce genre d’instrument », prévient le chercheur. Ces installations doivent fonctionner « sur le long terme, sur plusieurs années ».

Dans le sud de la RDC, ce suivi permettra de comparer saison sèche et saison humide. Les séries deviendront surtout précieuses lors d’un épisode hors norme : sécheresse intense, saison des pluies atypique ou période exceptionnellement chaude.

Les scientifiques pourront alors observer directement la réaction de la forêt. Continue-t-elle d’absorber du carbone ? Combien de temps lui faut-il pour retrouver son fonctionnement antérieur ? Autant d’indices pour mieux évaluer sa résilience face au changement climatique.

De Yangambi au Katanga, deux visages du bassin du Congo

Le bassin du Congo abrite le deuxième grand massif forestier tropical de la planète, après l’Amazonie. Les observations directes et continues de ses échanges avec l’atmosphère y restent pourtant extrêmement rares.

« En Amazonie, sur l’historique, il y a déjà à peu près plus d’une dizaine de tours qui ont été construites […]. Dans le bassin du Congo, il n’y en a qu’une », relève Marc Peaucelle.

Cette tour se dresse à Yangambi, dans le nord de la RDC. Le chercheur y voit le signe d’« un réel manque d’information sur la dynamique de cette forêt ».

La station du Miombo ne sera donc pas un simple doublon. Elle documentera un milieu distinct de la forêt tropicale humide suivie plus au nord. Car les mesures faites dans un type de forêt ne peuvent pas être simplement extrapolées à tout le bassin.

Régime des pluies, durée de la saison sèche, végétation, sols ou pressions humaines diffèrent d’une région à l’autre. Entre Yangambi au nord et le Katanga au sud, les chercheurs disposeront de deux regards complémentaires sur un même bassin.

Lubumbashi aux commandes d’une infrastructure au long cours

Le projet est né à l’initiative de l’université de Lubumbashi. Il est accompagné dans le cadre de One Forest Vision et de l’initiative « La forêt, c’est nous », lancée par la RDC lors de la COP30, tenue à Belém en novembre 2025.

Le choix du Miombo s’inscrit dans une réflexion plus large. Lors d’un atelier de co-construction à Kinshasa, chercheurs congolais et internationaux, pouvoirs publics, ONG et acteurs économiques l’ont retenu comme l’un des écosystèmes clés à mieux documenter.

Le projet a depuis obtenu l’appui des autorités congolaises. Le site de la future tour a été identifié et le programme est entré dans une phase concrète de préparation et de logistique.

Élever le pylône ne sera qu’une première étape. Une tour à flux ne vaut que par des années de fonctionnement, avec des instruments entretenus et calibrés, et des données vérifiées en continu. Le projet prévoit donc un important volet de formation.

« Il va y avoir une grosse phase d’appui à l’université de Lubumbashi pour la formation des ingénieurs, des chercheurs et des étudiants », détaille Marc Peaucelle. Objectif : leur permettre de prendre en charge « l’installation, la gestion et le maintien de cette infrastructure sur le long terme ».

Des réponses attendues sur le temps long

Les premiers résultats ne livreront pas d’emblée de verdict sur le carbone stocké ou la résistance aux sécheresses. L’essentiel est ailleurs : ouvrir, saison après saison, une série d’observations sur ces forêts d’amont, susceptibles d’influer sur les régimes d’eau du fleuve Congo.

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