Dolisie, où la forêt se met à parler
À Dolisie, chef-lieu du Niari, une délégation a fait du dialogue son outil principal. Du 15 au 18 février 2026, la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme y a ouvert des échanges sur la manière dont se gouvernent les forêts du département.
Conduite par son coordonnateur national Christian Mounzéo, l’équipe a rencontré les institutions locales en charge des forêts, de l’environnement, de l’agriculture et de l’aménagement du territoire. Des représentants des médias communautaires ont rejoint la table.
Une canopée immense, des riverains tenus à l’écart
Le Niari porte un patrimoine vert considérable. Près de 1,79 million d’hectares y sont boisés, soit environ 69 % de la superficie totale du département. Une étendue qui dessine les paysages et rythme la vie quotidienne.
Pourtant, cette richesse échappe à ceux qui la côtoient. Les communautés locales et les populations autochtones n’ont, jusqu’ici, pas bénéficié de l’exploitation forestière. C’est cet écart que la rencontre voulait nommer et réduire.
Trois leviers pour replacer l’habitant au centre
La mission s’était fixé un cap clair. Elle entendait « promouvoir une gouvernance forestière inclusive et transparente au Niari par le renforcement du dialogue, le partage d’informations et la mise en réseau » (RPDH).
Derrière la formule, une méthode patiente. Il s’agit de documenter les illégalités forestières et les atteintes subies par les communautés locales et autochtones. Donner à voir, pour mieux corriger : telle est la ligne de travail.
Les fragilités d’un cadre peu appliqué
Les discussions ont désigné les obstacles sans détour. La faible application des réglementations vient en tête, à commencer par la loi 33-2020, ce code forestier promulgué le 8 juillet 2020. Un texte connu sur le papier, peu vivant sur le terrain.
S’y ajoutent la méconnaissance généralisée des cadres juridiques, la corruption et le trafic d’influence. Autant de zones d’ombre qui détournent la ressource de sa vocation collective et minent la confiance entre les acteurs.
Construire des solutions avec, et non pour
En identifiant ces freins, la RPDH ne se contente pas d’un constat. L’ambition est d’élaborer des solutions consensuelles, pensées avec les institutions et les habitants, pour une gouvernance « plus participative, inclusive et bénéfique pour les communautés locales ».
Cette démarche s’inscrit dans un cadre plus vaste. Elle relève de la deuxième phase du programme « Forêt, Gouvernance, Marché et Climat », soutenu techniquement par l’ONG européenne Fern et financé par le Foreign Office britannique.
Quand la concertation prépare l’avenir des bois
L’initiative de Dolisie traduit une conviction simple. Protéger la forêt suppose d’écouter celles et ceux qui en dépendent, et de réconcilier exploitation et justice sociale au bénéfice du territoire.
Le Niari devient ainsi un terrain d’essai. Si le dialogue ouvert tient ses promesses, il pourrait éclairer d’autres départements à la recherche d’une gestion forestière plus humaine et plus durable.
