À Pointe-Noire, une signature a scellé un pari : faire des richesses discrètes de la forêt congolaise un moteur d’économie durable. Le gouvernement et le Programme des nations unies pour le développement (Pnud) veulent transformer miel et poivre en revenus.
Un programme national pour transformer la forêt en revenus
Le 4 août, le gouvernement et le Pnud ont lancé le Programme national de développement des produits forestiers non ligneux. Objectif affiché : convertir les ressources des sous-bois en opportunités économiques durables, sans épuiser le patrimoine naturel qui les produit (ACI).
Le dispositif cible 2 300 membres des communautés locales et des peuples autochtones. La répartition traduit une intention sociale nette : la moitié des bénéficiaires seront des jeunes, trois sur dix des femmes, et deux sur dix des personnes vulnérables.
Miel et poivre noir, des sous-bois au PIB national
Le programme mise sur des trésors longtemps négligés : le miel, les huiles essentielles, les champignons et le poivre noir. Ces produits forestiers non ligneux, récoltés sans abattre l’arbre, incarnent une exploitation compatible avec la préservation des massifs du bassin du Congo.
Concrètement, ces ressources se cueillent, se pressent ou se récoltent en lisière et en sous-bois. Elles nourrissent déjà des ménages ruraux, mais restaient largement hors des circuits formels, faute d’organisation, de transformation et de débouchés stables.
L’ambition chiffrée est claire. La contribution du secteur forestier passerait de 5,6 % à 10 % du produit intérieur brut national, selon Éric Kinkonda Koubemba, directeur du Centre de valorisation des produits forestiers non ligneux (ACI).
Plus de 14 milliards de Fcfa engagés sur huit ans
Le financement atteint plus de 14 milliards de Fcfa, portés à 70 % par le Pnud et à 30 % par l’État congolais. Le programme s’étalera sur huit ans, le temps d’installer des filières et des habitudes durables.
Sept départements accueilleront les activités : la Sangha, la Cuvette, les Plateaux, le Pool, le Niari, le Kouilou et la Cuvette-Ouest. Un maillage qui couvre l’essentiel des grandes forêts du pays.
Derrière les chiffres, un pari humain se dessine. En ciblant jeunes, femmes et personnes vulnérables, le programme veut ancrer la valeur ajoutée dans les villages plutôt que de la voir filer vers les seuls intermédiaires.
Une passerelle entre biodiversité et économie verte
Pour la représentante du Pnud, Adama-Dian Barry, ces produits forment « une passerelle entre la conservation de la biodiversité, la lutte contre la pauvreté et la construction d’une économie verte, inclusive et résiliente » (ACI).
Elle promet l’appui du Pnud « en matière de gouvernance, d’économie verte, d’autonomisation économique des femmes, de développement des chaînes de valeur, d’innovation, de mobilisation des partenariats et de suivi des résultats » (ACI).
Un label pour signer les produits forestiers congolais
La signature a réuni la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, la représentante du Pnud et le directeur d’Arise Picp, Mohit Agrawal. Elle couronne deux années de recherches, de concertation et de travail de terrain.
Le projet ambitionne un label « Produit forestier non ligneux du Congo », soutenu par des acteurs industriels comme Arise Picp. Une marque qui pourrait distinguer, demain, un miel ou un poivre nés des forêts congolaises.
La réussite suspendue à la mobilisation collective
La ministre a placé la barre haut. « La réussite de ce programme repose désormais sur notre mobilisation collective », a-t-elle déclaré, appelant l’État à garantir les budgets et à faciliter l’accès aux marchés (ACI).
Reste l’essentiel : tenir la promesse d’une forêt qui enrichit sans se vider. Si les filières tiennent, le bassin du Congo montrerait qu’un arbre debout peut valoir davantage qu’un arbre abattu.

