À Tsinguidi, dans le district de Mayoko, l’exploitation aurifère conduite par des opérateurs chinois aurait éventré les sols et troublé la rivière Bakouhoudou. Sur le terrain, les bénéfices promis restent introuvables et les questions s’accumulent.
Mayoko, une forêt retournée par la ruée vers l’or
Le district de Mayoko, en République du Congo, abrite une activité aurifère menée par des opérateurs chinois. Selon le récit publié par Les Échos du Congo-Brazzaville, des pans entiers de forêt y auraient été défigurés et les sols profondément éventrés par l’extraction.
Le tableau décrit est celui d’un paysage retourné. Là où la végétation fermait l’horizon, la terre remuée laisse des plaies ouvertes. Le texte ne chiffre pas les surfaces touchées, mais il insiste sur l’ampleur et sur la brutalité des dégâts constatés.
Cette absence de mesure publique n’est pas un détail. Elle dit quelque chose de la difficulté à documenter, chiffres à l’appui, ce qui se joue dans un district forestier éloigné des regards et des rédactions.
La Bakouhoudou, rivière troublée du district de Tsinguidi
La rivière Bakouhoudou concentre l’essentiel des préoccupations rapportées. Son cours aurait été fortement perturbé par les travaux miniers. Dans un territoire où l’eau structure les usages quotidiens, l’altération d’un cours d’eau engage bien plus que son seul lit.
L’article insiste sur la durée de ces perturbations. Elles risqueraient de peser sur les générations futures et sur les communautés qui dépendent de la rivière. La temporalité minière, courte et intense, se heurte ici à celle, longue, d’un écosystème fluvial.
C’est tout le paradoxe des chantiers aurifères artisanaux ou semi-industriels : l’or extrait quitte le territoire en quelques mois, tandis que les sédiments, eux, s’installent durablement dans le paysage décrit.
Des retombées économiques introuvables pour les riverains
Le bilan dressé par le journal est sans ambiguïté sur un point : personne ne semble y gagner localement. Ni la forêt, ni la rivière, ni les populations riveraines ne tireraient avantage de l’activité en cours à Tsinguidi.
Cette dissymétrie nourrit une question que l’auteur formule frontalement : « Combien vaut une rivière propre ? Combien vaut une forêt primaire ? » (Les Échos du Congo-Brazzaville). L’interrogation dépasse la comptabilité minière et touche à la valeur accordée au vivant.
Elle rejoint un débat familier aux acteurs de la conservation du bassin du Congo. Les services rendus par une forêt intacte ou une eau claire n’apparaissent dans aucun registre d’exportation, mais leur disparition se paie longtemps.
Études d’impact et contrôles miniers : les questions en suspens
L’article ne se contente pas du constat. Il interpelle directement les responsabilités publiques et demande si les autorités exercent un contrôle adéquat sur les activités minières conduites dans ce secteur du district de Mayoko.
Il pose également la question des études d’impact environnemental : ont-elles été réalisées, et surtout rendues publiques ? La transparence de ces documents conditionne la possibilité même, pour les habitants, de discuter ce qui se décide chez eux.
Reste enfin la question des retombées. Les populations locales bénéficient-elles réellement des revenus générés par l’or extrait de leur territoire ? Le texte laisse l’interrogation ouverte, faute d’éléments publics permettant d’y répondre.
Éviter que Tsinguidi ne devienne « un territoire sacrifié »
Pour Jean-Jacques Dounda, auteur de cette alerte, les enjeux dépassent largement la seule extraction minière. Il plaide pour une enquête indépendante, des contrôles stricts et de véritables mesures de restauration des milieux abîmés.
Sa formule tient en trois mots et sonne comme un avertissement : Tsinguidi ne doit pas devenir « un territoire sacrifié » (Les Échos du Congo-Brazzaville). L’expression désigne ces lieux dont on accepte tacitement la dégradation au nom d’une rentabilité lointaine.
La restauration évoquée n’a rien d’un vœu abstrait. Reboiser, stabiliser des berges, redonner un cours acceptable à une rivière suppose des moyens, un calendrier et une volonté politique clairement affichée.
Entre le silence des chiffres et la visibilité des dégâts, il manque à Tsinguidi ce qui manque souvent ailleurs : une enquête publiée, des responsabilités nommées et des habitants associés aux décisions qui façonnent leur forêt.

