L’ambassade du Venezuela au Congo a présenté le 18 août à Brazzaville ses filières café et cacao. Une dégustation doublée d’un geste envers deux orphelinats de la capitale, et d’un appel discret adressé aux producteurs congolais.
Une dégustation qui transforme Brazzaville en comptoir des arômes
Le 18 août, l’ambassade de la République bolivarienne du Venezuela a mis en scène à Brazzaville les produits agricoles issus de ses filières du café et du cacao. L’intention affichée était simple : donner à la population congolaise l’envie de goûter ces produits venus de l’autre rive de l’Atlantique.
L’exercice n’avait rien d’un protocole figé. Plusieurs ambassades et consuls en mission au Congo avaient fait le déplacement, transformant la présentation en carrefour diplomatique où l’on parlait, pour une fois, de terroirs, de fèves et de tasses plutôt que de communiqués.
Le café de spécialité, une mémoire agricole revendiquée
L’ambassadrice du Venezuela au Congo, Mme Laura Evangelia Suarez, a rappelé la raison d’être de la rencontre : faire connaître le café vénézuélien de spécialité, ce segment exigeant où chaque lot se juge à la parcelle, au soin de la récolte et à la maîtrise de la préparation.
Le vice-ministre vénézuélien du Développement agraire, M. Wilber Atahnualpa Colmenanez Escalona, a replacé ce grain dans l’histoire longue de son pays. Il a rappelé « le rôle historique du café dans les exportations » vénézuéliennes, précisant que le Venezuela figure parmi les cinq grands producteurs mondiaux de café de spécialité.
La précision n’est pas anodine. Elle déplace le débat du volume vers la valeur : on ne vend plus des sacs, on vend une origine, une altitude, un savoir-faire. C’est là, souvent, que se joue le revenu réel des planteurs.
Deux orphelinats congolais associés à la table
La dégustation portait un second objectif, social celui-là. Elle a servi à soutenir des œuvres sociales et humanitaires, en valorisant le travail de deux structures de la capitale congolaise, régulièrement mobilisées auprès des enfants les plus vulnérables.
Sont ainsi mis en avant le « Village des enfants d’Émile Biayenda », à Kombé, dans le district de Madibou, et l’orphelinat « Majesté du cœur », à Ngamakosso, à Talangaï. Deux adresses connues des habitants, situées aux extrémités opposées de Brazzaville.
Le café congolais invité à se regarder dans le miroir
Le Consul honoraire de la Hongrie au Congo, M. Michel Ferdinand Gollo, a salué la qualité supérieure du café vénézuélien. Il a invité, dans la foulée, les producteurs congolais à s’en inspirer pour promouvoir à leur tour le café du pays.
L’invitation se formule aisément ; l’exercice, lui, se travaille sur des années. Passer d’une production courante à un café identifié comme de spécialité suppose des vergers soignés, une cueillette triée, un séchage patient et une traçabilité que le marché international réclame désormais sans indulgence.
Le Congo-Brazzaville n’est pas un nouveau venu sur ces cultures. Café et cacao appartiennent à son histoire agricole, portés par des exploitations familiales dont la production a longtemps oscillé au gré des prix mondiaux et des difficultés d’évacuation vers les ports.
Cacao et café, cultures d’ombre et enjeu forestier
Il y a, dans ce plateau de fèves, plus qu’une opération de charme. Le café et le cacao comptent parmi les rares cultures capables de prospérer sous ombrage, adossées aux arbres plutôt qu’à leur disparition, lorsqu’elles sont conduites en agroforesterie.
Ce détail agronomique pèse lourd dans le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète. Selon la manière dont ces filières se développent, elles peuvent ouvrir des clairières supplémentaires ou, au contraire, maintenir un couvert végétal utile aux sols comme au climat.
La rencontre du 18 août n’a pas tranché ces questions, et ne le prétendait pas. Elle a surtout rappelé qu’un grain de café constitue un objet diplomatique redoutablement efficace : il se partage, se commente et engage une conversation là où les discours s’essoufflent.
Reste à savoir ce que Brazzaville en fera. Entre l’hommage rendu à un savoir-faire vénézuélien et l’encouragement adressé aux planteurs congolais, la soirée aura au moins posé une question simple : quelle valeur le pays entend-il donner à ses propres récoltes ?

