À Brazzaville, la première édition du concours national « Jeunes mains créatives » s’est refermée le 21 août. Divine Ngambou en repart avec le premier prix, décroché grâce à un séchoir solaire qui interroge la place du bois de chauffe dans les foyers congolais.
Un séchoir solaire couronné à Brazzaville
Lancée le 17 juillet, la compétition s’est achevée le 21 août dans la capitale congolaise. Au terme de ce parcours, Divine Ngambou décroche le premier prix ainsi que le « Prix Irène-Marie-Cécile-Mboukou-Kimbatsa », du nom de la ministre des PME et de l’Artisanat.
L’objet primé n’a rien d’un gadget. Un séchoir solaire capte la chaleur du jour pour déshydrater des produits, là où beaucoup de ménages allument encore un foyer. L’idée tient en une phrase simple : remplacer une flamme par un rayon.
Le soleil plutôt que le bois de chauffe
« Le charbon et le bois de chauffe conduisent à la déforestation. Nous avons le soleil tous les jours », résume la lauréate. Sa formule dit l’essentiel d’un déséquilibre : une ressource abondante reste sous-employée, tandis qu’une autre s’épuise.
Divine Ngambou insiste sur le bénéfice attendu pour les Congolais eux-mêmes. Innover, dans sa bouche, ne signifie pas importer une technologie spectaculaire, mais mettre à profit ce que le ciel offre chaque matin au-dessus du bassin.
Le séchage, lui, répond d’abord à un besoin ancien : conserver. Sous un climat humide, les récoltes se dégradent vite. Sécher, c’est gagner du temps sur la perte, donc préserver la valeur d’un travail déjà accompli.
Le raisonnement porte loin. Dans un pays largement forestier, chaque sac de charbon non consommé compte. Les gestes domestiques, additionnés, pèsent parfois autant que les grandes déclarations sur la préservation des forêts.
Un palmarès qui met l’artisanat à l’honneur
Divine Ngambou n’était pas seule sur le podium. D’autres lauréats ont été distingués dans des disciplines différentes : Dieudonné Kayilou en céramique, Berenice Ndala en bijouterie et accessoires, Promesse Mboungou en peinture et picotage, Lanslie Bazabidila en vannerie.
Ce palmarès dessine une carte discrète du savoir-faire congolais. La terre, la fibre végétale, la perle et le pigment y côtoient une invention tournée vers l’énergie. Artisanat et innovation, souvent opposés, avancent ici du même pas.
Chacune de ces pratiques suppose des gestes longs à acquérir, transmis autant qu’appris. Distinguer un vannier ou une créatrice de bijoux au même titre qu’une inventrice revient à rappeler, simplement, que la main pense.
Une compétition pensée comme un tremplin
Pour la promotrice Hazann Mouanga, l’événement visait à révéler les talents artisanaux des jeunes Congolais. Le thème retenu ne laissait guère de doute sur l’ambition : « Accélérons la marche vers le développement en révélant les talents de demain. »
La ministre des PME et de l’Artisanat, Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa, y voit « le début d’une nouvelle étape ». Une formule prudente, qui place la remise des prix moins à l’arrivée qu’au départ d’un chemin encore à tracer.
Une première édition a ceci de fragile qu’elle promet beaucoup. La suivante dira si l’élan tient, si les lauréats de cette année restent visibles, et si d’autres jeunes se présentent avec des projets tournés vers l’environnement.
Après les trophées, la question des marchés
La ministre insiste sur l’accompagnement : développer les compétences des lauréats, faciliter leur accès aux marchés. Deux verrous bien connus des artisans, où s’arrêtent beaucoup de trajectoires prometteuses, faute de débouchés durables.
Car un séchoir solaire ne change rien s’il reste un prototype exposé. Sa valeur écologique dépend du nombre de foyers, de coopératives ou de commerçantes qui finiront par s’en servir dans leur quotidien de travail.
C’est le test qui attend cette première édition. Les concours révèlent, les filières transforment. Entre les deux, il y a des ateliers à équiper, des prix de vente à tenir et des clients à convaincre.
Ce que révèle une invention modeste
L’histoire de Divine Ngambou vaut moins par la sophistication de son objet que par la justesse de son diagnostic. Elle regarde une pression réelle sur la forêt et propose une réponse à hauteur de ménage.
Le bassin du Congo se joue aussi là, loin des sommets internationaux : dans une cour de Brazzaville, sous une plaque qui chauffe, avec une jeune femme convaincue que le soleil est un capital congolais.


