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Des rayons pleins de produits venus d’ailleurs

Pousser un chariot dans une grande enseigne du Congo-Brazzaville et chercher, en vain, un fruit du terroir : l’expérience a de quoi dérouter. Sur les étals comme dans les rayons, les denrées importées gardent la vedette, reléguant les saveurs locales au second plan.

Ce paradoxe, une récente tribune le pointe sans détour (Les Échos du Congo-Brazzaville). Le pays importe ce que sa terre pourrait offrir en abondance. Derrière ce constat se dessine une question simple : pourquoi le Congo ne mange-t-il pas d’abord ce qu’il cultive ?

Un potentiel agricole que la terre congolaise garde en réserve

Le sol congolais ne manque pourtant pas de générosité. Manioc, banane, maïs, ignames, arachides, patates douces, légumes et fruits composent une palette nourricière déjà bien connue des campagnes du pays.

Cultiver ces richesses n’est pas un repli nostalgique. C’est, souligne l’auteur, une stratégie d’avenir plutôt qu’un retour en arrière. La ruralité peut devenir un moteur, à condition qu’on cesse de la regarder comme un simple décor immobile.

Ces cultures dessinent déjà les paysages agricoles du territoire. Les valoriser, c’est reconnaître un capital vivant, entretenu de génération en génération, que les allées climatisées des supermarchés semblent aujourd’hui trop souvent ignorer.

Le vrai manque : des bras, de l’organisation, des débouchés

Le diagnostic tranche avec les idées reçues. Le problème ne vient pas des terres, disponibles et fertiles, mais de tout ce qui les entoure. Il réside, écrit la tribune, dans « les bras, l’organisation, les investissements et les débouchés ».

Transformer les campagnes en véritables pôles productifs suppose donc une chaîne complète. Semer ne suffit pas : il faut récolter, transporter, transformer, puis vendre. Chaque maillon manquant renvoie le consommateur vers le rayon des importations, mieux fourni faute de mieux.

Le raisonnement invite à changer de regard. Une terre fertile sans organisation reste une promesse en suspens. À l’inverse, structurer les filières, c’est offrir à chaque récolte un chemin jusqu’au marché, et à chaque producteur une raison d’y croire.

C’est là que se joue une bataille discrète mais décisive pour l’environnement. Rapprocher le champ de l’assiette, c’est raccourcir les trajets, valoriser les circuits courts et alléger l’empreinte de nos repas. Manger local devient un geste écologique autant qu’économique.

Manger local, un acte de souveraineté et de fierté

L’appel lancé ne s’adresse pas aux seuls agriculteurs. Il convoque les citadins, les paysans, les producteurs, les commerçants, les entrepreneurs et les autorités. Redynamiser les marchés locaux, plaide l’auteur, relève d’une mobilisation collective, pas d’une affaire de spécialistes.

Car l’enjeu dépasse largement l’agriculture. « Produire ce que nous mangeons, c’est bien plus que faire de l’agriculture : c’est défendre notre souveraineté, créer des emplois et cultiver notre fierté nationale », résume la tribune (Les Échos du Congo-Brazzaville).

Cette fierté n’a rien d’abstrait. Elle se cultive dans les gestes quotidiens : choisir un régime de bananes du pays, préférer le manioc récolté à quelques kilomètres, faire confiance à l’arachide locale. De petites décisions qui, additionnées, redessinent une économie entière.

Derrière l’assiette se dessine ainsi un véritable projet de société. Rendre au Congo-Brazzaville le goût de ses propres produits, c’est réconcilier une nation avec ses terres, ses paysans et ses savoir-faire. Patiemment, le champ pourrait redevenir le premier fournisseur du pays.

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