Le 4 septembre, à Brazzaville, des hommes que la ville voit surtout en mouvement se sont assis pour apprendre. Les conducteurs de motos-taxis y ont entamé une formation consacrée non pas au code de la route, mais aux gestes de premier secours.
L’objectif tient en une phrase : transformer ces professionnels du transport en commun en premiers intervenants, capables d’agir efficacement avant l’arrivée des services d’urgence. Une ambition modeste en apparence, décisive dans les faits.
Une capitale qui roule à deux roues
Dans la mobilité brazzavilloise, la moto n’est pas un accessoire. Elle constitue un secteur de transport en commun à part entière, avec ses professionnels, ses syndicats et ses règles propres, formelles ou tacites.
Ce statut change tout. Celui qui conduit une moto-taxi ne se déplace pas seulement : il transporte, il croise, il attend, il repart. Sa journée le place, presque mécaniquement, au plus près de l’accident lorsqu’il survient.
C’est cette position qui fonde la démarche engagée le 4 septembre. Plutôt que de considérer les motocyclistes comme de simples usagers à discipliner, la formation les envisage comme un maillon utile de la chaîne de secours urbaine.
La fréquence des accidents comme point de départ
Le contexte n’a rien d’abstrait. La session a été lancée face à la fréquence croissante des accidents de la circulation, un phénomène que les professionnels du transport constatent au quotidien sur les axes de la capitale.
Les organisateurs n’ont pas avancé de chiffres lors du lancement. Ils s’en tiennent à un constat partagé dans la profession : les accidents se répètent, et les minutes qui suivent décident souvent de tout le reste.
Dans ce cadre, la question posée aux conducteurs n’est plus seulement d’éviter le choc, mais de savoir quoi faire une fois qu’il a eu lieu. La nuance déplace la sécurité routière du terrain de la prévention vers celui de la réponse.
Les dix premières minutes, un territoire à part
Gerry-Jackson Madzaka, chargé de communication de la FESYPTC pour la section motocycles, a résumé l’enjeu d’une formule qui dit tout : « les dix premières minutes après un accident peuvent sauver une vie ».
Ces dix minutes précèdent l’ambulance, l’hôpital, le diagnostic. Elles appartiennent à ceux qui se trouvent sur place, et dont les réflexes, appris ou improvisés, pèsent lourdement sur la suite de l’histoire.
Le représentant syndical a également souligné que ces compétences ne bénéficient pas aux seuls professionnels. Elles profitent, selon lui, à leurs familles et à leurs communautés : un geste appris pour un carrefour peut servir bien ailleurs.
Un syndicat et la Croix-Rouge, une alliance de terrain
La formation est née d’un partenariat entre la Fédération syndicale des professionnels de transport du Congo, la FESYPTC, et la Croix-Rouge. Deux logiques s’y rencontrent : celle d’une profession organisée et celle d’une institution humanitaire.
L’attelage n’a rien d’anodin. Le syndicat apporte l’accès direct à des travailleurs difficiles à rassembler, dispersés toute la journée dans la circulation. La Croix-Rouge apporte le savoir-faire du secourisme et la légitimité qui l’accompagne.
Réunir des conducteurs de motos-taxis suppose de les détacher, quelques heures, de leur activité. Leur présence à la session possède donc une valeur qui dépasse la simple curiosité pour un enseignement nouveau.
La FESYPTC a exprimé sa gratitude envers la Croix-Rouge, signe que l’initiative est perçue du côté des professionnels comme un apport partagé, et non comme une contrainte imposée de l’extérieur à leur métier.
Le secourisme présenté comme un acte de citoyenneté
Jean Roger Innocent Mallanda, président du Conseil départemental de la Croix-Rouge de Brazzaville, a invité les participants à s’approprier pleinement cette formation, en refusant d’y voir une simple séance technique de plus.
« Le secourisme ne se résume pas à un ensemble de techniques et de gestes d’urgence appliqués à une personne en danger ou victime d’un accident », a-t-il déclaré. « Il constitue avant tout un acte de citoyenneté, de solidarité et d’humanité. »
La formule mérite qu’on s’y arrête. Elle propose aux motocyclistes une place autre que celle du simple usager de la route, et fait du secourisme une compétence sociale autant qu’un savoir-faire pratique.
Ce qu’une ville gagne à former ses conducteurs
Une formation ne réduit pas à elle seule le nombre d’accidents. Elle agit ailleurs, sur ce qui se joue après, et sur la capacité d’une ville à limiter les conséquences de ce qu’elle n’a pas su empêcher.
L’initiative rejoint ainsi une question de mobilité urbaine, et pas seulement de santé publique. Une ville se juge aussi à la manière dont elle organise le secours entre l’instant du choc et l’arrivée des professionnels.
Le pari est également celui de la démultiplication. Un conducteur formé peut en entraîner d’autres, par l’exemple ou par la parole, dans un milieu où les hommes de la moto se croisent en permanence.
Reste à savoir ce que deviendra ce premier rendez-vous. Le contenu détaillé de la session, le nombre de bénéficiaires et les suites envisagées n’ont pas été précisés. Ces éléments diront s’il s’agit d’un geste isolé ou d’une pratique naissante.
En attendant, quelque chose a changé le 4 septembre à Brazzaville. Des conducteurs sont repartis vers leurs machines avec autre chose que leur seule expérience de la route : une idée de ce qu’ils peuvent faire lorsqu’elle bascule.





