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Près d’un milliard d’Africains cuisinent encore au bois ou au charbon. À Nairobi, plaques à induction et foyers améliorés gagnent du terrain, portés par les crédits carbone. Un basculement qui soulage les poumons et desserre l’étau sur la ressource ligneuse, mais dont le financement reste fragile.

Un milliard de cuisines sous la fumée

L’Agence internationale de l’énergie l’écrit sans détour : près d’un milliard d’Africains dépendent encore du bois, du charbon et d’autres combustibles dont la fumée est nocive. Pour ces ménages, la cuisine reste le premier poste de pollution quotidienne.

La même agence estime que la pollution de l’air domestique liée à ces combustibles contribue à environ 850 000 décès chaque année sur le continent. Un chiffre qui se joue dans les cuisines, loin des grands sommets climatiques.

À Nairobi, l’induction contre le sac de charbon

Mary Kavutha, commerçante et mère de deux enfants, a longtemps sorti son réchaud dans la cour : la fumée rendait la cuisine intérieure impraticable. Depuis peu, son petit-déjeuner commence par une plaque à induction, allumée au mur et réglée d’un bouton.

« Comparé au charbon, c’est ce qu’il y a de mieux. L’induction est très rapide, très sûre à l’usage. Maintenant que j’ai des bébés, c’est très sûr avec les enfants », explique-t-elle.

Le calcul domestique a pesé plus lourd que l’argument climatique. Le charbon lui coûtait environ 150 shillings kényans par jour, soit 1,15 dollar. Un crédit d’électricité de 100 shillings, près de 80 cents, tient désormais jusqu’au lendemain et couvre plusieurs repas.

Elle y gagne aussi en tranquillité. « Avec le charbon, je ne pouvais pas cuisiner dans la maison, il fallait sortir le réchaud à cause de la fumée. Là, c’est très sûr. Et puis, il y a l’intimité », résume-t-elle.

Ce que le charbon de bois prélève sur les arbres

Derrière chaque sac empilé devant les maisons, il y a du bois coupé, puis carbonisé. Diminuer la consommation de charbon et de bois de feu, c’est donc alléger, foyer après foyer, une demande qui s’exerce sur le couvert forestier et les savanes boisées du continent.

C’est l’angle mort des débats sur l’énergie domestique. La cuisson n’est pas seulement une question de santé publique : elle est aussi une question de forêts. Chaque ménage qui bascule retire une part de la demande adressée à la filière bois-énergie.

Crédits carbone : le mécanisme qui casse les prix

Le principe tient en quelques lignes. Lorsqu’un ménage consomme moins de charbon ou de bois, l’entreprise qui lui a vendu son foyer calcule les émissions évitées, les fait vérifier, puis vend des crédits adossés à cette réduction.

Ce revenu attendu permet de lever des fonds en amont et d’abaisser le prix payé par le client. Un foyer biomasse performant affiché autour de 40 dollars peut ainsi tomber à 5 dollars une fois la subvention carbone appliquée.

L’entreprise BURN, installée à Nairobi, fabrique des foyers électriques et des modèles biomasse améliorés. Elle affirme avoir distribué plus de 7,3 millions d’appareils dans onze pays africains. Ses plaques à induction embarquent des puces qui permettent de suivre leur usage à distance.

« On nous disait : comment savez-vous si les gens utilisent vraiment le foyer ? C’est en temps réel, par GSM, donc nous savons combien de minutes par jour, combien de watts par jour », explique Peter Scott, fondateur et directeur général de BURN.

La finance carbone traîne pourtant une réputation contestée, notamment lorsque les économies d’émissions sont difficiles à prouver. Les acteurs du secteur mettent en avant des normes renforcées, le suivi Bluetooth, la vérification numérique et les données d’usage relevées en continu.

Koko Networks, l’avertissement de février

En février 2026, la société kényane Koko Networks, longtemps citée en modèle de la transition verte africaine, a fermé. Elle n’avait pas obtenu la lettre d’autorisation gouvernementale nécessaire pour vendre ses crédits carbone.

Pour ses détracteurs, le cas illustre le risque d’adosser toute une transition au marché du carbone. Le modèle dépend d’une autorisation administrative, d’un acheteur et d’un prix, trois variables qu’aucun fabricant ne maîtrise réellement.

« Si nous dépendons entièrement des crédits carbone pour soutenir la transition, elle sera extrêmement lente et n’ira pas au rythme nécessaire », avertit George Mwaniki, représentant du World Resources Institute au Kenya et responsable de la qualité de l’air pour WRI Afrique.

Il pointe un problème de calendrier. « Avant de pouvoir échanger sur le marché carbone, il faut d’abord construire l’actif. » Les fabricants doivent produire et distribuer les foyers avant que les ménages réduisent leurs émissions et génèrent les crédits censés rembourser les investisseurs.

Quinze millions de foyers par an, l’échelle qui manque

Le fossé est reconnu par les industriels eux-mêmes. « L’Afrique a besoin d’environ 15 millions de foyers par an. Aujourd’hui, nous en produisons à peu près 2 millions », admet Peter Scott, qui dit n’« effleurer que la surface ».

Les financements progressent malgré tout. En juin 2026, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé que l’Afrique avait obtenu 900 millions de dollars de nouveaux engagements en faveur des technologies de cuisson propre.

Plus de trente gouvernements africains, qui représentent environ 80 % des Africains encore privés de cuisson propre, ont adopté 121 nouvelles politiques publiques depuis le sommet climatique de Paris, en 2015.

Chez Mary Kavutha, le vieux réchaud à charbon dort dehors, à côté des sacs de combustible que les voisins utilisent encore. L’image dit l’essentiel : la bascule est engagée, mais elle reste suspendue à un montage financier dont personne ne garantit la solidité.

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