| Économie

Soixante ans de combat contre l’ignorance

La communauté internationale, sous l’égide de l’UNESCO, a célébré le 8 septembre 2026 la soixantième édition de la Journée internationale de l’alphabétisation. Le Congo n’est pas resté en marge de ce rendez-vous.

La veille, le 7 septembre, le gouvernement congolais publiait son message, lu par Jean-Luc Mouthou, ministre de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation. Un texte qui énumère des avancées sans dissimuler l’ampleur des défis restants.

Six décennies d’engagement collectif contre l’ignorance, au service de sociétés plus justes, plus inclusives et plus prospères. Le constat demeure sévère : des centaines de millions de jeunes et d’adultes restent privés des compétences fondamentales en lecture, en écriture et en calcul.

Bien plus que lire, écrire et compter

L’alphabétisation ne se réduit pas à déchiffrer une phrase ou à aligner des chiffres. Elle ouvre la porte de la dignité, de l’autonomie, de la citoyenneté et du développement. C’est la première marche de toute émancipation.

Jean-Luc Mouthou l’a formulé ainsi : « Notre conception de l’alphabétisation doit désormais s’inscrire dans une logique d’apprentissage tout au long de la vie intégrant les compétences numériques, l’éducation aux médias, l’éducation à la citoyenneté, le développement durable et les compétences nécessaires à l’insertion professionnelle. »

Un Congolais sur cinq à l’écart de l’écrit

Le pays affiche un taux d’analphabétisme estimé à 20 %. Derrière ce pourcentage se tiennent des femmes et des hommes tenus à distance d’un contrat, d’une ordonnance, d’un bulletin scolaire ou d’une information publique.

« Cette journée nous rappelle une exigence fondamentale : le droit de chaque femme et chaque homme à apprendre, à se former et à développer ses capacités tout au long de la vie », a reconnu le ministre de l’Enseignement général.

Une population privée de l’écrit dépend d’intermédiaires pour comprendre ses droits, saisir une offre d’emploi ou trier une rumeur. L’accès à l’information devient alors une question d’équité autant que d’éducation.

Personnes, planète, prospérité : le triptyque de l’UNESCO

Pour ce soixantenaire, l’UNESCO a retenu un thème explicite : « Alphabétisation pour les personnes, la planète et la prospérité ». Trois mots qui relient le savoir individuel, la protection de l’environnement et la richesse collective.

L’agence des Nations unies rappelle ainsi que l’alphabétisation constitue à la fois un investissement dans l’être humain, un instrument de protection de notre environnement et un levier de prospérité partagée.

Le raisonnement se tient. Dans un monde où les mutations technologiques, économiques et environnementales bouleversent les modes de vie et de travail, aucun pays ne peut prétendre au développement durable si une part de sa population reste privée des savoirs fondamentaux.

Des centres au plus près des peuples autochtones

C’est dans cette optique que le Congo poursuit le maillage du territoire national en centres de rescolarisation, d’alphabétisation et de post-alphabétisation. Une géographie de l’apprentissage qui cherche à rejoindre les populations là où elles vivent.

Pour l’année pédago-andragogique 2026-2027, le gouvernement prévoit l’ouverture de nouveaux centres destinés aux peuples autochtones : le centre Ngoulayo, à Djambala, dans les Plateaux ; celui de Kifoulou, district de Tsiaki, en Bouenza ; celui de Doudou, district de Mayéyé, en Lékoumou.

Trois départements, trois implantations rurales. Le choix dit l’intention : ne pas concentrer l’effort dans les seules villes, mais atteindre des communautés longtemps restées aux marges du système scolaire.

Moukoundzi-Ngouaka, un lycée pour aller plus loin

Apprendre à lire ne suffit pas si rien ne prolonge l’effort. Le gouvernement a créé le lycée d’alphabétisation de Moukoundzi-Ngouaka, à Brazzaville, qui accueillera dès cette rentrée des apprenants désireux de consolider leurs acquis.

Trois centres de post-alphabétisation du premier cycle du secondaire sont également envisagés, à Loango marine, au Plateau des 15 ans à Brazzaville, ainsi qu’à Ouesso, dans la Sangha.

« Ces initiatives traduisent la volonté du Gouvernement de rapprocher davantage l’éducation des populations et de faire de notre système éducatif toujours plus inclusif, équitable et adapté aux besoins de notre société », a souligné le ministre.

« Combattre l’analphabétisme et l’illettrisme, c’est investir dans l’avenir de notre pays », a-t-il ajouté.

183 centres et 21 929 apprenants : l’état du réseau

Les chiffres donnent la mesure du dispositif existant. Le Congo compte 183 centres d’alphabétisation, 109 centres de rescolarisation et 8 centres de post-alphabétisation.

S’y ajoutent 64 écoles ORA destinées aux apprenants autochtones. L’ensemble accueille un effectif global de 21 929 apprenants, réparti sur l’ensemble du territoire.

Le déséquilibre saute aux yeux : 183 centres d’alphabétisation pour seulement 8 structures de post-alphabétisation. Retenir les apprenants au-delà des premiers acquis demeure le maillon fragile de la chaîne.

Ce total de 21 929 apprenants, rapporté à un taux d’analphabétisme de 20 %, dit l’ampleur de la tâche. L’objectif « zéro analphabète » se jouera moins dans les déclarations que dans la durée de l’effort.

Reste que la trajectoire est posée. Chaque adulte qui apprend à lire gagne la capacité de comprendre un document, de défendre un droit, de transmettre à ses enfants. C’est là, discrètement, que se construit le capital humain d’un pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *