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Le 8 septembre 2026 à Libreville, la clôture de la 9ᵉ édition de l’Opération Albacore a scellé dix ans de patrouilles conjointes entre le Gabon et Sea Shepherd Global. Bilan d’une alliance navale devenue politique publique.

Une alliance scellée en 2016 contre la pêche illicite

Tout est parti d’un constat simple, rappelé par les acteurs du programme : protéger la biodiversité marine suppose des moyens à la mesure de la menace. En 2016, les autorités gabonaises et Sea Shepherd ont donc noué une alliance inédite.

L’organisation non gouvernementale apporte ses capacités logistiques navales. L’État gabonais, lui, apporte l’autorité régalienne sans laquelle aucun contrôle n’a de valeur juridique. Ce partage des rôles est resté la colonne vertébrale de l’Opération Albacore pendant une décennie.

Des inspecteurs et des marins embarqués à bord

La mécanique tient en une image : celle d’inspecteurs de la Direction générale des pêches et de l’aquaculture et de marins de la Marine nationale montant à bord des navires de Sea Shepherd.

Cette présence n’a rien de symbolique. Elle garantit que les contrôles se déroulent sous juridiction gabonaise, avec des agents habilités à constater les infractions. L’Agence nationale des parcs nationaux et les services des Eaux et Forêts complètent ce dispositif interdisciplinaire.

La mer cesse alors d’être le domaine réservé d’une seule administration. Elle devient un territoire où se croisent renseignement, moyens navals, compétences scientifiques, contrôles administratifs et, en bout de chaîne, une justice capable de donner une suite effective aux infractions relevées.

Trois protocoles pour tenir la distance

La longévité du dispositif doit beaucoup à son cadre juridique, régulièrement réajusté. Un premier cycle s’ouvre il y a dix ans. Un deuxième protocole arrive à échéance en juin 2022. Un troisième accord stratégique est paraphé le 7 janvier 2025.

Ce dernier renouvellement n’a rien d’une formalité. Il sécurise la continuité de la surveillance et consolide les acquis en matière de gouvernance halieutique, à un moment où bien des partenariats de ce type s’essoufflent faute de portage politique.

Ce que dix ans de patrouilles ont changé

Le bilan tient d’abord à la régularité. Campagne après campagne, les inspections ont dissuadé des flottilles hors-la-loi qui prélevaient sans compter dans les eaux nationales. Le maillage défensif s’est resserré, au bénéfice des écosystèmes comme des stocks de poissons.

Depuis 2016, le Gabon a surtout gagné en capacité de détection : repérer une activité suspecte, contrôler un navire, faire appliquer la règle. Chaque bâtiment inspecté relève moins de la police que de la préservation d’une ressource dont dépendront les générations suivantes.

Une cérémonie interministérielle qui en dit long

À Libreville, la clôture de la campagne a réuni les ministres chargés de la mer et de la pêche, de la défense et des eaux et forêts. Le format de la cérémonie compte ici autant que les discours prononcés.

Cette configuration traduit une évidence de terrain : la politique maritime ne relève ni d’un ministère unique ni d’une seule force. Elle exige une chaîne complète, du renseignement au tribunal, et une coordination que peu d’États côtiers parviennent à installer durablement.

L’économie bleue, horizon d’une mer mieux gardée

Libreville ne cache pas son ambition : faire de sa façade maritime un moteur économique. Une pêche durable, des espaces marins conservés et des pratiques illégales contenues créent de la valeur locale, améliorent la sécurité alimentaire et rendent la ressource plus prévisible.

C’est peut-être l’enseignement le plus solide de ces dix années. La souveraineté maritime ne se résume pas à une vaste zone tracée sur une carte. Elle suppose de savoir qui y circule, ce qui y est prélevé, et dans quelles conditions.

Un acquis à transformer en doctrine nationale

Reste l’étape suivante, la plus exigeante. Capitaliser les données accumulées depuis le lancement du dispositif, renforcer les moyens techniques et humains nationaux, et faire fonctionner la chaîne de contrôle avant même l’intervention d’un partenaire extérieur.

Car l’expertise internationale a changé de fonction. Elle ne sert plus seulement à traquer les contrevenants : elle doit bâtir des capacités durables de surveillance et de gouvernance. C’est ce basculement que la pérennisation du partenariat rend aujourd’hui possible.

Un signal pour les aires marines de la façade atlantique

Pour les autres États riverains du golfe de Guinée, l’expérience gabonaise n’offre pas une recette clés en main. Elle suggère plutôt une méthode : adosser une ambition de conservation à des moyens navals réels et à un cadre juridique renouvelé.

Le message adressé à la communauté internationale tient en peu de mots. Le partenariat entre institutions publiques et acteurs environnementaux fonctionne comme un levier pragmatique, à condition d’être inscrit dans la durée plutôt que dans une succession d’opérations ponctuelles.

La mer gabonaise ne doit pas seulement être défendue contre le pillage. Elle doit être organisée pour produire durablement de la richesse. C’est à cette condition qu’Albacore aura, après dix ans, véritablement changé l’histoire maritime du pays.

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