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Dans le comté de Terekeka, au Soudan du Sud, un lac artificiel d’environ 3 200 mètres carrés a vu le jour en un mois à peine. Derrière ce chantier, une idée simple : là où l’eau manque, la rivalité entre agriculteurs et éleveurs prospère.

Un lac artificiel né d’un chantier express

Le réservoir de Terekeka compte parmi les dernières réalisations d’un projet à impact rapide lancé par la mission de maintien de la paix des Nations unies au Soudan du Sud, la Minuss. Au-delà de la protection des civils, son mandat prévoit l’appui aux communautés.

Construire des routes, construire la paix : la formule résume l’éventail de ces interventions. À Terekeka, elle a pris la forme d’une retenue d’eau, remise à la communauté lors d’une cérémonie officielle.

L’eau, moteur discret des violences liées au bétail

Le projet répond d’abord à une pénurie d’eau chronique dans la zone. Mais il vise aussi un ressort plus profond des tensions locales : la compétition permanente entre cultivateurs et éleveurs pour des ressources rares, l’eau comme les pâturages.

Dans une telle configuration, l’eau n’est pas un simple confort domestique. Elle conditionne la survie des troupeaux, donc les itinéraires des éleveurs, donc les points de friction avec les cultures. La rareté organise les trajectoires.

« Ce projet nous tient particulièrement à cœur, car il s’attaque à la fois aux défis humanitaires et aux déclencheurs de conflit, et l’impact est déjà visible », a déclaré Lawson Assagaya, chargé des affaires civiles à la Minuss, lors de la remise de l’ouvrage.

Un emplacement pensé comme un arbitrage entre usages

Le choix du site relève d’un arbitrage. Assez loin des champs pour limiter la concurrence, assez proche pour que les communautés agricoles en tirent parti : l’implantation cherche l’équilibre plutôt que la séparation.

Placer un point d’eau revient en effet à hiérarchiser des usages concurrents. Trop près des parcelles, il attire les bêtes vers les cultures ; trop loin, il n’apporte rien aux villages. Terekeka a visé l’entre-deux.

L’effet ne s’est pas fait attendre. De nouveaux campements d’éleveurs se sont installés autour de la retenue. Ce mouvement encourage le retour de personnes déplacées par les violences, parmi lesquelles des membres de la communauté mundari de Wonduruba.

Le bétail, épargne et ligne de fracture

Pour les familles d’éleveurs, le troupeau n’est pas seulement un patrimoine : c’est une épargne. John Kenyi, éleveur, compte sur ses bêtes pour financer la scolarité de ses enfants.

« Il est déchirant de voir comment nos populations pacifiques finissent par se battre pour des ressources rares… Chaque jour, j’espère le retour de l’unité », confie-t-il. La phrase dit toute l’ambivalence du bétail, richesse et motif d’affrontement.

Une nappe souterraine change les plans du chantier

Le chantier lui-même en dit long sur le territoire. Aucune route ne permettait d’acheminer les engins lourds. Agriculteurs et éleveurs des environs sont venus avec leurs outils dégager un passage jusqu’au site, rapporte la Point Investment Company, partenaire local du projet.

Puis la géologie s’en est mêlée. En creusant, les ouvriers ont atteint une source souterraine qui s’est mise à remplir naturellement la cuvette d’environ 3 200 mètres carrés.

Cette découverte a conduit à renoncer au revêtement de ciment initialement prévu, afin de ne pas contaminer la nappe. Un renoncement technique qui protège, dans les faits, la ressource même que l’ouvrage entendait mobiliser.

Ce que l’ouvrage promet, ce qu’il ne garantit pas

Achevé en un mois seulement, l’ouvrage laisse derrière lui une ressource jugée durable, censée se reconstituer y compris pendant la saison sèche. Dans une région où le calendrier de l’eau commande les déplacements des troupeaux, l’argument pèse.

Reste la question de fond : cette retenue fera-t-elle reculer les violences liées au bétail ? Nul ne s’avance à le garantir. L’ouvrage est trop récent pour livrer un verdict, et le sujet appelle la prudence.

Son influence dépasse pourtant déjà la seule fourniture d’eau : elle a ravivé un espoir dans une communauté longtemps divisée par la rivalité autour de ressources insuffisantes (UN News).

À Terekeka, un point d’eau ne règle pas tout. Il déplace la ligne de partage : là où la rareté opposait, une ressource partagée oblige à cohabiter. C’est peu, et c’est déjà un terrain d’entente.

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