Président de la C.o.d.p et coordonnateur général du Cosanop, Prosper Mbaloula élargit son engagement citoyen au patrimoine du Pool. Recensement des sites, réhabilitation des sépultures historiques : la mémoire kongo devient son terrain d’action.
De la paix au patrimoine, un engagement qui se déplace
Pendant des années, l’engagement de Prosper Mbaloula s’est concentré sur un triptyque : la paix, la sécurité et le rétablissement de l’autorité de l’État dans le Pool. Il l’a redit lors d’un entretien accordé à Brazzaville, le 22 août 2026.
« Depuis plusieurs années, je suis dans des associations de développement pour le Pool. Je parle notamment de la paix, de la sécurité et du rétablissement de l’autorité de l’État dans ce département », explique le président de la C.o.d.p (L’Horizon africain).
Depuis quelques mois, ce socle ne lui suffit plus. Le département retrouve paix et stabilité après des décennies de perturbation, et le responsable associatif estime que le développement doit prendre le relais. Le patrimoine, dans sa lecture, en fait partie.
Une communauté pour inventorier le patrimoine kongo
Cette inflexion a pris la forme d’une structure : la « Communauté pour la revalorisation de la mémoire kongo ». Elle se donne pour mission la préservation et la valorisation du patrimoine historique et culturel du Pool, matériel comme immatériel.
Son premier chantier est un inventaire. Recenser les sites, c’est leur donner une existence avant de pouvoir les protéger. Sans liste, pas de balisage, pas d’entretien, pas de visite encadrée : un lieu oublié des registres reste un lieu sans défense.
Le volet immatériel complique l’exercice. Récits, rites, toponymes et filiations ne se délimitent pas comme une parcelle. Les consigner suppose d’aller écouter celles et ceux qui portent cette mémoire, et d’accepter que le travail soit long.
Mayama, le chantier des sépultures historiques
En décembre 2025, Prosper Mbaloula a conduit la réhabilitation des tombes de trois icônes de la résistance congolaise à la colonisation et de la libération de l’Afrique : André Grenard Matsoua, Mbiémo et Milongo, à Mayama, dans le département du Djoué-Léfini.
Remettre en état une sépulture n’est pas un geste décoratif. C’est fixer un point sur la carte, rendre un lieu identifiable et transmissible. Pour lui, connaître et préserver cette mémoire constitue un enjeu pour les générations actuelles et futures.
L’opération s’est faite avec l’Association Amicale, à l’occasion de la commémoration du centenaire de la création de l’association d’André Grenard Matsoua, fondée en 1926 à Paris. Le calendrier mémoriel a ainsi servi de déclencheur au chantier.
Le Pool comme fil conducteur d’un parcours associatif
Toutes les structures qu’il a créées ou accompagnées partagent, dit-il, le même point d’ancrage territorial.
« Tout ce que j’ai créé comme structure, que nous avons géré ensemble avec beaucoup de frères, a été porté sur le Pool. Nous avons donné de la voix pour le Pool », affirme-t-il.
Il inscrit cette action dans une logique d’accompagnement, non de substitution. « Nous sommes debout pour aider l’État », insiste-t-il, dans l’optique de contribuer à la restauration de son autorité dans le Pool. La nuance compte.
Civisme et jeunesse au cœur de la transmission
Au volet patrimonial, il associe un objectif éducatif : renforcer la morale, l’éthique et l’instruction civique au sein de la population, en particulier chez les jeunes. La mémoire kongo devient alors un support d’apprentissage autant qu’un héritage à conserver.
L’articulation n’est pas anodine. Un site recensé et remis en état peut accueillir une classe, un groupe de visiteurs, un photographe. Le patrimoine local gagne une utilité sociale, au-delà de la commémoration d’un jour.
Un rendez-vous mémoriel annoncé pour 2027
La démarche se veut cumulative. « Nous progressons vers d’autres objectifs », affirme-t-il, en annonçant un « rendez-vous important pour 2027 » dont il n’a pas dévoilé les contours. Le contenu reste donc à préciser.
Connu pour son engagement en faveur du développement socio-économique et humanitaire du Pool, Prosper Mbaloula déplace ainsi le curseur. Son action se lit au croisement de la paix, de l’autorité de l’État, du développement, de la citoyenneté et de la mémoire kongo.
Reste l’épreuve du temps long. Transformer des listes de sites et des tombes restaurées en patrimoine fréquenté suppose des moyens, une continuité et des relais locaux. Dans un Pool revenu à la stabilité, l’hypothèse est désormais sur la table.




