À l’UDSN, le directeur de la petite mine et de l’artisanat minier a disséqué les risques de l’orpaillage dans le district de Kingoué, dans la Bouenza. Au-delà des sols retournés, il pointe une menace chimique encore mal mesurée, liée à l’usage présumé du mercure.
Une leçon de terrain à l’Université Denis-Sassou-N’Guesso
À Kintélé, la troisième édition des journées scientifiques de l’Université-Denis-Sassou-N’Guesso (UDSN) a offert une tribune inhabituelle à un sujet qui se joue loin des amphithéâtres : l’orpaillage dans le district de Kingoué, une sous-préfecture du département de la Bouenza.
L’orateur, Ghynel Reagan Frydarius Kounkou, dirige la petite mine et l’artisanat minier au ministère des Industries minières et de la Géologie. Sa communication portait sur une analyse préliminaire des risques liés à l’exploitation artisanale et à la petite mine d’or dans cette zone.
Dans la salle, l’auditoire était composé en majorité d’étudiants de l’École des mines, de l’hydraulique et de l’énergie de l’UDSN. Autrement dit, une partie de ceux qui pourraient un jour concevoir, encadrer ou contrôler les chantiers miniers du pays.
Kingoué, une mosaïque de sites aurifères
Le premier constat dressé par le directeur tient au caractère informel de l’activité. L’exploitation artisanale et la petite mine reposent sur des techniques et des outils rudimentaires, ce qui, selon lui, en fait un facteur de dégradation de l’environnement.
Les chiffres présentés donnent la mesure du phénomène. Le district compte plus de 17 sites d’exploitation de l’or, dont 88 % relèvent de l’artisanat et 12 % de la petite mine. Par ailleurs, 80 % des sites sont alluvionnaires, contre 20 % éluvionnaires.
Cette distinction compte pour qui s’intéresse aux milieux naturels. Les gisements alluvionnaires se trouvent dans les dépôts laissés par les cours d’eau, ce qui place une large part de l’activité au contact direct des rivières de la zone.
Ghynel Reagan Frydarius Kounkou a aussi rappelé que les sites de Kingoué présentent plusieurs caractéristiques qui les différencient les uns des autres. Les outils restent rudimentaires sur les chantiers artisanaux, tandis que la petite mine fonctionne avec des équipements semi-mécanisés.
Ce degré de mécanisation se lit dans les impacts. D’après ses observations, ceux-ci sont plus marqués sur le site de la petite mine (58,33 %) que sur les sites artisanaux (23,8 %).
Le mercure, une menace encore mal mesurée
Le passage le plus sensible de l’exposé concernait le mercure. Selon les données présentées, 60 % des sites utiliseraient ce métal dans la récupération de l’or.
Ce chiffre appelle toutefois la prudence. Le compte rendu de l’intervention précise que le directeur a avancé, sur l’utilisation du mercure à Kingoué, des suppositions émises sans aucune certitude. Une réserve qui dit surtout combien le sujet reste peu documenté.
C’est là que réside, selon lui, le principal angle mort. « Les travaux jusque-là menés au Congo n’ont pu ressortir que l’état de dégradation physique du milieu alors que les impacts chimiques peuvent s’avérer plus néfastes », a-t-il averti.
La différence est de taille. Une fosse ou une berge remaniée se voient à l’œil nu. Une contamination chimique des eaux et des sols, elle, ne se constate qu’à l’aide de mesures, et ses effets sur les écosystèmes comme sur les populations riveraines peuvent passer longtemps inaperçus.
Des revenus contre des forêts et des rivières ?
L’analyse ne se limite pas à un réquisitoire. Le directeur reconnaît que cette exploitation contribue fortement à la dégradation de l’environnement, mais qu’elle génère aussi des revenus importants. Elle peut donc constituer, à ses yeux, une opportunité pour le développement local.
À une condition : qu’elle soit structurée et encadrée à travers un processus de formalisation. « Il faut la formaliser maintenant afin de maîtriser la production, de l’introduire dans le circuit de commercialisation formelle, d’améliorer les recettes de l’État et de réduire ses effets néfastes sur l’environnement », a-t-il plaidé.
La réduction de ces effets passerait, selon lui, par la promotion de bonnes pratiques respectueuses de l’environnement. Il a d’ailleurs souligné qu’« il existe des méthodes et techniques d’exploitation durable ».
Reste la question des moyens. Pour l’orateur, la mise en œuvre de cette formalisation « nécessite des moyens techniques, logistiques et financiers suffisants et disponibles ». Une précision qui rappelle que l’encadrement des chantiers ne se décrète pas.
Cartographier pour mieux protéger
Pour la suite, Ghynel Reagan Frydarius Kounkou trace plusieurs pistes de recherche. La première consiste à évaluer la pollution des eaux et des sols par le mercure, de manière à remplacer les suppositions actuelles par des données mesurées.
Il recommande aussi une étude des hydro-systèmes du district, afin de connaître le fonctionnement des cours d’eau de la zone. Une connaissance indispensable pour comprendre comment une éventuelle pollution circule d’un site à l’autre, et jusqu’où elle peut porter.
Enfin, il propose une cartographie détaillée réalisée par télédétection. L’objectif est d’évaluer la dégradation et la déforestation des écosystèmes, autrement dit de suivre depuis le ciel ce que l’orpaillage fait aux forêts et aux paysages de la Bouenza.
Une génération d’ingénieurs face à l’or de la Bouenza
En portant ce dossier devant des étudiants en mines, en hydraulique et en énergie, l’UDSN a placé l’orpaillage là où il se situe réellement : à la croisée de l’économie locale, de la santé des rivières et de la préservation des forêts.
L’étude présentée reste préliminaire, et son auteur ne cache pas ses incertitudes. Mais elle pose une question simple : à Kingoué, l’or extrait aujourd’hui laisse-t-il derrière lui une pollution invisible ? Seules des mesures sur le terrain permettront d’y répondre.



