Une saisie de faune protégée au cœur de la Bouenza
Le 23 octobre, à Nkayi, dans le département de la Bouenza, un couple a été interpellé en flagrant délit de détention d’un bébé mandrill vivant. Selon l’Agence congolaise d’information (ACI), le jeune primate était destiné à la vente.
L’espèce figure parmi celles que la loi congolaise protège intégralement. Hors dérogation, sa simple détention constitue donc une infraction.
Gendarmes, forestiers et Palf en action conjointe
L’opération a mobilisé des éléments des régions de gendarmerie en poste à Madingou et à Nkayi. Ils ont agi aux côtés des agents de la direction départementale de l’Économie forestière de la Bouenza.
Le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage (Palf) a apporté son appui technique. L’affaire illustre la manière dont forces de l’ordre, administration forestière et partenaire spécialisé conjuguent leurs moyens face au trafic d’espèces.
Plusieurs mois de captivité pour un jeune primate
D’après l’ACI, les deux personnes interpellées ont reconnu les faits qui leur sont reprochés : détention, circulation et tentative de commercialisation d’un bébé mandrill vivant. Elles restent présumées innocentes jusqu’à leur jugement.
Le couple aurait acheté l’animal à des braconniers en janvier dernier. Le primate a ensuite été gardé à leur domicile pendant plusieurs mois, les deux personnes souhaitant le revendre.
Âgé de plus d’un an, le jeune mandrill a souffert de cette détention. Exposé au soleil, privé de liberté, il a subi de mauvais traitements, rapporte l’agence.
Jusqu’à cinq ans de prison encourus
Les deux mis en cause devront répondre de leurs actes devant la justice. Conformément à la loi, ils encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement ferme, assortis d’amendes pouvant atteindre cinq millions de francs CFA.
Le cadre juridique est explicite. L’article 27 de la loi n° 37/2008 du 28 novembre 2008 sur la faune et les aires protégées dispose que « l’importation, l’exportation, la détention et le transit sur le territoire national des espèces intégralement protégés, ainsi que de leur trophée sont strictement interdits ».
Le texte ne prévoit qu’une exception : une « dérogation spéciale de l’administration des eaux et forêts, pour les besoins de la recherche scientifique ou à des fins de reproduction ».
Direction le sanctuaire de Tchimpounga, dans le Kouilou
Le mandrill saisi a été confié à l’équipe de l’Institut Jane Goodall, au sanctuaire de Tchimpounga, dans le département du Kouilou. Il doit y recevoir des soins adaptés.
Si son état le permet, il pourra ensuite retrouver la liberté dans son milieu naturel. Sa remise en liberté reste donc conditionnée à son rétablissement.
Le mandrill, un primate menacé par les activités humaines
Le mandrill est gravement menacé de disparition, souligne l’ACI. En cause, notamment, des activités humaines : le trafic illégal de viande de brousse, mais aussi la destruction de son habitat liée à l’exploitation intensive du bois et à l’agriculture.
Son aire de répartition couvre le sud du Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale. En République du Congo, l’espèce est plus rarement observée, ce qui donne à chaque saisie un relief particulier.
Un statut international de protection
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe le mandrill comme espèce vulnérable. Il est aussi inscrit à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites).
Cette annexe regroupe les espèces les plus menacées, dont le commerce international est strictement réglementé. Protection nationale et encadrement international se rejoignent ainsi autour de ce primate.
Ce que révèle l’affaire de Nkayi
Au-delà du sort d’un seul animal, ce dossier rappelle que le trafic de faune ne concerne pas seulement la viande de brousse. Un primate vivant peut aussi être acheté à des braconniers, gardé des mois, puis proposé à la vente.
La prise en charge à Tchimpounga ouvre, pour ce jeune mandrill, la perspective d’un retour en forêt. Pour les deux personnes interpellées, la suite se jouera devant la justice.





