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À Brazzaville, le ministre camerounais des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo, est venu étudier la cogestion des aires protégées mise en place par le Congo avec la Wildlife Conservation Society. Une visite qui interroge la place de la nature dans le développement de l’Afrique centrale.

Une délégation camerounaise venue observer le modèle congolais

Le Congo-Brazzaville est devenu, en matière d’aires protégées, une référence que ses voisins viennent étudier sur place. Une délégation camerounaise conduite par Jules Doret Ndongo séjourne ainsi dans la capitale congolaise, avec un intérêt marqué pour le parc national de Nouabalé-Ndoki.

La mission porte un intitulé explicite : « Partenariats pour la conservation de la biodiversité : explorer les meilleures pratiques pour une gestion efficace, durable et responsable des aires protégées. Le Cameroun à l’école du Congo ».

Le programme s’est ouvert par un volet institutionnel. Des échanges entre les bureaux de WCS Congo et de WCS Cameroun étaient programmés pour le lendemain.

Cogestion des aires protégées : comprendre « qui fait quoi »

Au cœur de la démarche, une question d’organisation. Au Cameroun, les aires protégées restent jusqu’ici gérées directement par le ministère chargé des Forêts et de la Faune. Le Congo, lui, a misé sur un partenariat entre l’État et des organisations spécialisées, dont la Wildlife Conservation Society.

« Nous sommes venus apprendre de nos amis et frères congolais sur un sujet bien précis, qui est la gestion des aires protégées », a résumé Jules Doret Ndongo. Le ministre veut voir de près comment s’articule ce partenariat, et « qui fait quoi » entre l’État et ses partenaires.

La convention conclue en 2014 entre le gouvernement congolais et WCS retient particulièrement son attention. La répartition des responsabilités entre la puissance publique et les organisations partenaires figure parmi les principaux objets de cette mission.

Une conservation qui doit aussi faire vivre les territoires

Le ministre camerounais juge nécessaire de dépasser une vision de la conservation cantonnée à la protection des écosystèmes. Le modèle recherché doit, selon lui, contribuer au financement des États et améliorer les conditions de vie des populations riveraines.

Pour Rosalie Matondo, ministre congolaise de l’Économie forestière, les avancées du Congo tiennent d’abord à la volonté politique. La préservation durable des écosystèmes forestiers a été inscrite parmi les priorités nationales, dans la continuité d’une politique de protection ancienne.

Elle en a rappelé un jalon : la création, en 1935, de l’aire protégée d’Odzala-Kokoua. Aujourd’hui, la gestion repose sur un dispositif associant l’État, à travers l’Agence congolaise de la faune et des aires protégées, et des organisations non gouvernementales internationales.

Les communautés riveraines, pilier de la gouvernance

La ministre insiste toutefois sur un troisième acteur : les communautés locales. Les habitants installés à l’intérieur ou en bordure des espaces protégés dépendent des ressources forestières pour se nourrir et pour leurs activités quotidiennes.

Les associer aux décisions constitue, à ses yeux, un levier essentiel pour concilier conservation et besoins socioéconomiques. Rosalie Matondo a surtout défendu leur présence dans les instances de gouvernance des aires protégées et la prise en compte de leurs besoins dans les conventions de partenariat.

Écotourisme et crédits carbone : valoriser les services de la nature

Autre chantier : la valorisation économique des aires protégées. Écotourisme, activités génératrices de revenus, crédits carbone, crédits biodiversité et paiements pour services environnementaux font partie des pistes envisagées par la ministre congolaise.

L’enjeu est de mobiliser des ressources financières à partir des services rendus par les écosystèmes, tout en améliorant les retombées pour les riverains. Cette orientation doit, selon elle, permettre aux États de moins dépendre des financements extérieurs consacrés à la protection de la nature.

Budgets, braconnage, mines : les fragilités du modèle

L’exemple congolais n’est pas exempt de difficultés. Rosalie Matondo a relevé l’insuffisance des financements publics alloués aux aires protégées. Elle souhaite que les budgets nationaux prévoient des lignes spécifiques, afin que la conservation ne repose pas exclusivement sur les contributions des partenaires.

Le braconnage demeure un autre défi majeur. Le combattre suppose des écogardes en nombre suffisant, des moyens opérationnels et des ressources capables d’assurer une surveillance efficace des espaces protégés.

La ministre a aussi évoqué la superposition des usages, lorsque des ressources minières sont découvertes à l’intérieur d’une aire protégée. Les pouvoirs publics doivent alors arbitrer entre les recettes attendues de l’exploitation minière et l’impératif de préserver la biodiversité.

Des parcs encore difficiles d’accès pour les visiteurs

Dernier frein souligné : la faible valorisation touristique de nombreux sites naturels. Malgré la richesse de leurs paysages et de leur faune, les aires protégées d’Afrique centrale restent pénalisées par des problèmes d’accessibilité et un déficit d’infrastructures d’accueil adaptées.

Au-delà de l’exemple de Nouabalé-Ndoki, la visite camerounaise pose une question commune à la sous-région : comment faire de la conservation de la biodiversité un moteur du développement économique et social, sans renoncer à protéger les forêts du bassin.

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