À Erevan, le ministre camerounais de l’Environnement, Hele Pierre, a défendu à la COP17 une idée simple en apparence : faire travailler ensemble les conventions environnementales pour mieux financer la biodiversité, à mi-parcours du Cadre mondial de Kunming-Montréal.
Erevan, l’heure du bilan pour la biodiversité mondiale
C’est en Arménie, à Erevan, que s’est ouverte la deuxième semaine de la COP17, présentée comme la plus décisive. Elle a débuté par le segment de haut niveau, réservé aux chefs de délégation des Pays-Parties à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB).
Le moment n’a rien d’anodin. Le Cadre mondial de Kunming-Montréal, adopté en 2022, se trouve à mi-chemin de sa mise en œuvre. Ses 23 cibles doivent être atteintes d’ici 2030, et le temps des grandes déclarations laisse place à celui des comptes.
Hele Pierre appelle à corriger la trajectoire
Prenant la parole au nom du Cameroun, Hele Pierre, ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable, a posé le cadre sans détour : après l’adoption du texte, place à l’évaluation.
« Nous sommes appelés à évaluer les problèmes collectifs de sa mise en œuvre, à examiner et identifier les lacunes, les défis, les barrières, et à décider des réajustements possibles pour l’atteinte des cibles 2030 », a-t-il déclaré devant ses pairs.
Le ministre ne parle pas de renoncer, mais d’ajuster. Lacunes, barrières, réajustements : le vocabulaire choisi rappelle qu’il s’agit d’un chantier en cours, et non d’un objectif déjà acquis.
Financer la biodiversité, le nerf de la guerre
Pour Yaoundé, la priorité reste l’amélioration des ressources, des infrastructures et des technologies, ainsi que le renforcement des capacités. Le message est limpide : sans financement, les ambitions inscrites dans le cadre mondial resteraient lettre morte.
La synergie des conventions contre les financements en silo
D’où la proposition portée par la délégation camerounaise : rapprocher les accords multilatéraux sur l’environnement, plutôt que de les laisser fonctionner chacun de leur côté.
Selon Hele Pierre, cette synergie « va permettre de promouvoir des mécanismes financiers en faveur de projets qui génèrent simultanément des bénéfices pour la biodiversité, le climat, la restauration des terres et les moyens de subsistance de la population ».
Concrètement, un même projet pourrait servir à la fois la nature, le climat et les communautés. Une façon de sortir des financements cloisonnés, souvent complexes et insuffisants pour les pays en développement.
Derrière la mécanique financière se dessine une question de gouvernance. Décloisonner les guichets, c’est aussi accepter de penser ensemble biodiversité, climat, terres dégradées et subsistance des populations, au lieu de les traiter comme des dossiers séparés.
SPANB III, la feuille de route camerounaise
Le Cameroun ne s’est pas présenté les mains vides à Erevan. Sa délégation y porte sa Stratégie et Plan d’Action National de la Biodiversité, la SPANB III, validée en mai 2026.
Le document n’est pas figé pour autant. La délégation prend note des améliorations possibles à apporter à ses différents axes, à mesure que les négociations avancent. Une posture d’ouverture, cohérente avec l’appel à l’évaluation lancé par son ministre.
Une voix pour les pays gardiens de la biodiversité
À Erevan, Yaoundé entend ainsi parler d’une seule voix : celle des pays qui protègent la biodiversité mondiale, mais qui exigent les moyens de le faire.
Les décisions finales de la COP17 diront si cette proposition trouve un écho. D’ici 2030, il reste quatre ans pour atteindre les 23 cibles du cadre Kunming-Montréal.



