Un chantier forestier au féminin
Sous le grand manguier du Centre de conférences de Brazzaville, les voix portent. Vingt-cinq participantes, majoritairement issues d’ONG locales, planchent quatre jours durant sur la meilleure façon d’inscrire la dimension genre dans les textes clés du code forestier congolais.
« Nous voulons que nos propositions entrent dans le marbre réglementaire », affirme Marie Julienne Longo Benoît, coordinatrice du Réseau des femmes africaines pour le développement durable, soulignant la place stratégique que les femmes occupent dans la collecte de produits forestiers non ligneux.
Pourquoi intégrer le genre
Longtemps cantonnées aux tâches informelles, les femmes rurales gèrent aujourd’hui près de 70 % de l’usage domestique du bois-énergie selon le Refadd. Elles connaissent les essences, surveillent les semis et alertent sur la faune. Les exclure du processus normatif reviendrait à priver la réforme de données de terrain cruciales.
Pour Alfred Nkodia, coordonnateur du Programme de gestion durable des forêts, l’enjeu est clair : « Un code qui ne reflète pas les réalités sociales ne sera ni appliqué ni respecté ».
Les décrets en débat
Trois projets de décrets passent au crible : l’accès à l’information sur l’exploitation forestière, l’élaboration des plans d’aménagement des forêts du domaine privé de l’État, et la création d’un comité national de suivi des ressources génétiques forestières.
Chaque article est relu ligne par ligne. Les participantes défendent le droit d’accès aux données cartographiques, la présence systématique de représentantes dans les comités locaux, et la prise en compte des savoirs autochtones lors du partage des avantages issus des ressources génétiques.
Voix de terrain
Odette, cultivatrice de Mboukou, raconte les pistes jonchées de billes de bois : « Les camions passent, mais notre village reste sans école. Nous voulons savoir qui coupe, où vont les taxes, et comment en bénéficier légalement ».
Son témoignage alimente la rédaction d’un article obligeant les exploitants à afficher publiquement volumes extraits, taxes payées et projets communautaires financés. Une transparence qui pourrait réduire les conflits persistants dans certaines concessions.
Synergies institutionnelles
L’atelier se tient sous l’œil attentif du Groupe de travail multi-acteurs piloté par le ministère de l’Économie forestière. Les contributions seront transmises au comité de rédaction interministériel, puis au Conseil des ministres.
Le Refadd, présent dans les dix pays de la Comifac, mise sur cette vitrine congolaise pour inspirer de futures réformes régionales. « Nous voulons créer un précédent positif », souligne Longo Benoît.
Comment y aller
Brazzaville est reliée quotidiennement à Pointe-Noire et à Oyo par vols domestiques. Depuis le centre-ville, le lieu de l’atelier se trouve à quinze minutes en taxi-compteur. Les visiteurs étrangers obtiennent un visa à l’ambassade, sauf accord bilatéral spécifique.
À savoir
La saison sèche, de juin à septembre, facilite les déplacements sur les pistes forestières et limite les risques de fièvre jaune. Un certificat de vaccination reste obligatoire. La monnaie utilisée est le franc CFA, disponible dans les distributeurs du centre.
Impact & solutions
Inscrire le genre dans les décrets forestiers ouvrira la porte à des mécanismes de partage des bénéfices plus équitables. Les communautés pourraient investir dans des coopératives de miel ou de bambou, activités peu émettrices de carbone et déjà encouragées par le Pgdf.
Le Refadd prévoit un suivi participatif. Des indicateurs, comme le pourcentage de femmes siégeant dans les comités de gestion ou le nombre de décisions budgétaires co-signées, seront publiés chaque semestre. Des avancées mesurables qui consolideront la gouvernance forestière.





