Le 4 septembre 2026, vingt-deux jeunes gorilles de montagne ont reçu un nom à Kinigi, au pied des Virunga. Derrière le rituel se lit une trajectoire rare : celle d’une espèce remontée de 250 individus à plus de 600 dans le massif.
Vingt-deux noms au pied des volcans
Ils sont vingt-deux, nés au cours des derniers mois dans les forêts d’altitude du massif des Virunga. Vendredi 4 septembre 2026, chacun a reçu un nom devant l’assistance réunie à Kinigi pour la vingt-et-unième édition de Kwita Izina.
Responsables politiques, diplomates, conservationnistes, investisseurs, sportifs et artistes avaient fait le déplacement. Depuis 2005, la cérémonie célèbre la naissance des gorilles de montagne et, à travers elle, les efforts consentis pour maintenir l’espèce en vie. Quatre cent soixante animaux ont déjà été nommés depuis la création du rendez-vous.
Nommer un gorille de montagne, une promesse de protection
Au Rwanda, l’acte n’a rien d’anecdotique. Dans son discours, le Premier ministre Justin Nsengiyumva a rappelé que la cérémonie s’inspire d’une tradition ancienne : l’enfant qui naît est nommé devant sa famille et ses proches.
Le nom l’accueille dans la communauté et engage celle-ci à le protéger. Transposée aux grands singes, la formule a pris une dimension internationale : parrains et marraines venus du sport, du cinéma, des affaires et de la conservation repartent avec une promesse à tenir.
On comptait cette année l’ancien footballeur français Patrice Evra, le champion olympique qatari Mutaz Essa Barshim, la future secrétaire générale d’ONU Tourisme Shaikha Al Nuwais ou encore le réalisateur de documentaires animaliers Alastair Fothergill.
Kenza Ameloot, Miss Belgique 2024 d’origine rwandaise, a nommé Nkwakuzi un jeune mâle de la famille Umubano. Le nom renvoie au courage, et la marraine y voit aussi une façon de renouer avec une part de son héritage.
« Il est particulièrement significatif pour moi de participer à une célébration qui rassemble le peuple rwandais, sa culture et son engagement à protéger sa faune extraordinaire », explique-t-elle.
Des Virunga de 1980 aux 600 gorilles d’aujourd’hui
Derrière la liesse, il y a une courbe. Au début des années 1980, environ 250 gorilles de montagne subsistaient encore dans le massif des Virunga. L’espèce semblait alors promise à une lente disparition.
Aujourd’hui, ils sont plus d’un millier dans le monde, dont plus de 600 dans ce même massif. Rares sont les grands mammifères menacés capables d’afficher une telle inversion de tendance.
Rangers, vétérinaires et chercheurs : le travail de l’ombre
Cette remontée est le produit de décennies d’efforts croisés. Rangers et vétérinaires sur le terrain, chercheurs qui suivent les familles année après année, politiques publiques, tourisme responsable, communautés et partenaires internationaux : aucun de ces maillons n’aurait suffi seul.
C’est la patience qui distingue ce modèle. Suivre des familles de gorilles dans une forêt d’altitude suppose une présence de terrain continue, et la place tenue par les vétérinaires en dit long sur la fragilité de ces groupes. Les vingt-deux noms prononcés à Kinigi condensent ce travail peu visible.
Une conservation que le Rwanda refuse de croire acquise
Jean Guy Afrika, directeur général du Rwanda Development Board, veut inscrire cette réussite dans la durée. Chacune des vingt-deux naissances célébrées à Kinigi constitue, selon lui, un signe d’espoir.
Mais il se garde d’y voir un acquis. La conservation, rappelle-t-il, réclame des investissements, des institutions solides et des partenariats capables de se poursuivre dans le temps.
Le Parc national des Volcans s’agrandit pour les gorilles
L’extension du Parc national des Volcans procède de la même logique : offrir davantage d’espace aux familles de gorilles. Le parc abrite les célèbres gorilles de montagne dont la notoriété dépasse largement les frontières rwandaises.
Kwita Izina, vitrine de la politique rwandaise de préservation
Vingt-et-une éditions après sa création, Kwita Izina n’est plus une simple cérémonie de baptême. Elle est devenue le rendez-vous annuel où s’éprouve une conviction : protéger la nature est aussi une manière de construire l’avenir.
Le rituel remplit en outre une fonction très concrète. En attribuant un nom et un parrain à chaque nouveau-né, il transforme des effectifs en individus identifiables, suivis, défendus. On se désintéresse mal du sort d’un animal que l’on a nommé.
À Kinigi, le temps de quelques heures, les gorilles occupaient le centre de la scène. Autour d’eux se tenaient ceux qui veillent sur eux le reste de l’année, loin des caméras : rangers, scientifiques, communautés voisines.



