Le Gabon a paraphé samedi 29 août 2026, à Makokou, l’accord-cadre de « Gabon Infini », un mécanisme de 200 millions de dollars étalé sur dix ans. À la clé : 3,7 millions d’hectares d’aires protégées supplémentaires et un plan taillé pour les communautés forestières.
Une signature loin des bureaux de la capitale
Ce n’est pas à Libreville que l’accord a été signé, mais à Makokou. Samedi 29 août 2026, le gouvernement gabonais, l’ONG américaine The Nature Conservancy et la coalition Enduring Earth y ont officialisé le lancement de « Gabon Infini ».
Le nom sonne comme une promesse. Derrière, un instrument très technique : un Projet de financement pour la permanence, le fameux PFP, censé mobiliser jusqu’à 200 millions de dollars, soit environ 112,6 milliards de francs CFA.
Le montant affiché est un plafond, pas un chèque déjà encaissé. Le dispositif doit permettre de lever des fonds auprès de plusieurs bailleurs pour alimenter un vaste Plan de développement communautaire et de conservation.
Sept millions et demi d’hectares dans la balance
Le chiffre qui parle au terrain n’est pas libellé en dollars, mais en hectares. Gabon Infini doit permettre la création de 3,7 millions d’hectares supplémentaires d’aires protégées terrestres.
Un effort d’ampleur comparable est prévu sur l’existant : la gestion d’environ 3,8 millions d’hectares déjà classés doit être améliorée. Créer une aire protégée est une chose ; la faire vivre en est une autre.
Le mot « permanence » n’est pas décoratif. Il désigne l’ambition de financer la gestion dans la durée, sur les dix années annoncées, plutôt que par à-coups.
Un pays couvert à 88 % de forêt
Le contexte donne la mesure de l’enjeu. Le Gabon est couvert à 88 % de forêts tropicales et déroule 800 kilomètres de façade maritime. Trois compartiments écologiques sont visés : la terre, l’eau douce et la mer.
Libreville s’est engagé à protéger 30 % de ses écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins d’ici 2030. Gabon Infini est présenté comme l’un des leviers financiers de cette promesse chiffrée.
Les 800 kilomètres de côte rappellent que l’objectif ne s’arrête pas à la lisière des forêts. Les milieux marins et les eaux douces relèvent du même engagement, avec leurs propres contraintes de surveillance.
Les communautés rurales au cœur du dispositif
Le volet humain n’a rien d’un supplément d’âme. Les fonds doivent irriguer un plan qui associe explicitement le soutien aux populations rurales et la protection des milieux naturels.
Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a présenté le programme comme le prolongement direct des priorités nationales. Une façon de rappeler que la conservation se joue autant dans les villages que sur les cartes.
Un fonds fiduciaire pour tenir la distance
Les sommes versées par les donateurs seront gérées par un fonds fiduciaire indépendant, le Fonds de préservation de la biodiversité au Gabon, le FPBG. Une architecture pensée pour sécuriser les décaissements sur la durée.
La neuvième expérience du genre
Gabon Infini n’est pas un cas isolé. C’est la neuvième initiative de type PFP soutenue par Enduring Earth, coalition née en 2020 autour de The Nature Conservancy, de The Pew Charitable Trusts, du WWF et de ZOMA LAB.
Le Bezos Earth Fund et la Fondation Gordon et Betty Moore ont rejoint le tour de table cette année. Le projet gabonais avait été dévoilé en avant-première lors de la COP30, en novembre 2025 au Brésil.
Ce qui se jouera sous le couvert forestier
Reste l’essentiel, qui ne se signe pas : la surveillance des massifs, la formation des équipes de terrain, la cohabitation entre villages et faune sauvage. Les hectares annoncés ne deviendront des aires protégées vivantes que par ce travail-là.
Le rendez-vous a été donné à Makokou plutôt qu’à la capitale. Un choix de lieu qui dit assez où se joueront, concrètement, les dix prochaines années du dispositif.



