À Boali, en Centrafrique, les pêcheurs de la rivière Mbali remontent des prises de plus en plus maigres. L’un d’eux pointe les arbres abattus pour fabriquer du charbon de bois. Récit d’une rivière où la forêt, l’eau et le poisson tiennent au même fil.
Sur la Mbali, des filets de plus en plus légers
À Boali, la rivière Mbali fait vivre des communautés de pêcheurs. Mais sur ses rives, un même constat circule : les prises se raréfient. Les habitants décrivent des sorties de pêche de moins en moins fructueuses, et des revenus qui suivent la même pente.
Jean-Romeo Senguemboli, pêcheur de Boali, fait partie de ceux qui vivent de l’eau. Pour lui, gagner sa vie sur la rivière devient de plus en plus compliqué. Et la cause qu’il désigne ne se trouve pas dans la Mbali elle-même, mais sur la terre ferme.
Le charbon de bois, un besoin qui coûte cher à la rivière
Selon ce pêcheur, des arbres sont coupés pour produire du charbon de bois, destiné à la cuisine et au chauffage. Un besoin du quotidien, dont il mesure pourtant les conséquences jusque dans son propre travail.
Cette coupe, explique-t-il, aggrave les pressions qui pèsent sur l’environnement. Elle rend aussi plus difficile, pour les pêcheurs, le simple fait de gagner leur vie.
Sa mise en garde est sans détour : « Sans arbres, la terre va brûler, l’eau va s’assécher encore davantage et il n’y aura bientôt plus de poissons. » Une phrase qui résume, à hauteur d’homme, le lien entre la forêt et la rivière.
Le pêcheur relève un autre signe, plus discret : les poissons sont devenus plus petits. Il évoque ce changement dans un contexte de hausse des températures et de changement climatique.
Au marché de Boali, le poisson se dispute
La pénurie ne s’arrête pas au bord de l’eau. Elle se lit aussi sur les étals. Flore Ouagbele, vendeuse de poisson, observe une demande en hausse, portée par des acheteurs venus d’autres villes, notamment Yaloké et Bangui.
Ces clients viennent s’approvisionner à Boali, et les habitants peinent désormais à trouver assez de poisson. Moins de prises d’un côté, davantage d’acheteurs de l’autre : l’équation devient serrée pour les familles de la ville.
Déforestation et poissons : ce que disent les experts
Les experts apportent un éclairage technique à ce que constatent les pêcheurs. La déforestation, expliquent-ils, contribue à faire baisser le niveau de l’eau. Elle accroît aussi sa turbidité, c’est-à-dire qu’elle rend l’eau plus trouble.
À cela s’ajoute une diminution de l’oxygène dans l’eau. Ensemble, ces changements compliquent la survie des poissons et leur reproduction. C’est donc la capacité même de la rivière à renouveler ses populations qui se trouve en jeu.
Yves Kaengonza, expert en environnement au ministère centrafricain des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche, met l’accent sur un point précis. Selon lui, l’abattage des arbres détruit les zones de reproduction des poissons.
Son avertissement rejoint celui de Jean-Romeo Senguemboli. Le pêcheur et le spécialiste décrivent la même réalité depuis deux points de vue : celui du filet qui revient plus léger, et celui d’un milieu qui se dégrade.
Boali, miroir des défis du bassin du Congo
Ce qui se joue à Boali dépasse les berges de la Mbali. La situation met en lumière les difficultés plus larges du bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie.
L’exemple de Boali rappelle que la forêt ne se résume pas à une réserve de bois. Ici, elle conditionne aussi la vie de la rivière et l’économie de ceux qui en dépendent, pêcheurs comme vendeuses de poisson.
Au même moment, près de 200 pays sont réunis en Arménie pour un sommet des Nations unies sur la biodiversité. Au programme : la déforestation, la pollution et les autres menaces qui pèsent sur la nature.
Sur la Mbali, la forêt comme condition de la pêche
Entre les mots de Jean-Romeo Senguemboli, les observations de Flore Ouagbele et l’analyse d’Yves Kaengonza, un même fil se dessine. Le charbon de bois répond à un besoin quotidien, mais il se paie en poissons perdus et en revenus fragilisés.
Sur la Mbali, l’enjeu n’a rien d’abstrait. Il se mesure à la taille des poissons, au poids des filets et à la peine des habitants pour trouver de quoi s’approvisionner. La forêt, ici, n’est pas un décor : elle est la condition même de la pêche.


