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Une créature des eaux au cœur de la mémoire du Loango

Dans les récits du royaume de Loango, une figure surgit des profondeurs : Moe Tchikambissi. Entité féminine dotée de puissances surnaturelles et maléfiques, cette créature mythique est présente dans les eaux et la mer. Des artistes congolais viennent de lui redonner corps devant le public de Brazzaville.

Le conte « La naissance de Moe Tchikambissi » a servi d’épilogue, le 21 octobre, au spectacle « Contes et légendes du royaume de Loango », présenté à l’espace Baning’art dans le cadre de la douzième édition du festival international de danse contemporaine « Boya kobina », qui se tient actuellement à Brazzaville.

Moe Tchikambissi, une puissance à double visage

Moe Tchikambissi ne se laisse pas enfermer dans un seul rôle. Bonne et pourvoyeuse d’abondance pour ses habitants, elle devient cauchemar et porte malheur pour les autres. Cette ambivalence en fait l’une des puissances légendaires de la nature que les artistes du spectacle ont choisi de dévoiler.

Sa figure a toujours suscité plusieurs interprétations. Loin de l’affaiblir, cette pluralité de lectures renforce ses forces divines et entretient son caractère mystérieux. C’est ce mystère que le spectacle a retenu pour clore la soirée, avec le conte de sa naissance.

Le conte, gardien du patrimoine immatériel du Loango

Au-delà de la scène, le projet porte une ambition claire : préserver le riche patrimoine immatériel du royaume de Loango et le transmettre à la postérité. Les contes ne sont pas seulement rejoués, ils sont remis en circulation, confiés à de nouvelles voix et à de nouveaux publics.

Ce travail de mémoire part d’une matière précise : le spectacle est tiré des contes de Jorus Mabiala. Sous la direction de Diouf Sambadio et Gilbert Mabiala, il a pris la forme d’une création collective, où la parole du conteur rencontre plusieurs genres artistiques.

Cette douzième édition du festival se tient à l’initiative de l’association Africa Graffitis et du Centre de ressources du conte et des arts de l’oralité de Côte matève de Pointe-Noire. Un rendez-vous de danse contemporaine qui fait ainsi une place de choix à la parole transmise.

Tradition et modernité pour faire vivre la parole

Pour transmettre, les artistes ont choisi de mêler tradition et modernité. Contes, théâtre, danse contemporaine et traditionnelle, performances et chants se répondent sur scène. Les instruments suivent la même logique : le ngonfi, instrument traditionnel, côtoie la guitare électrique.

Ruth Chrisna Mouyabi, Volos d’Assises, Gloire Babela, Gatien Bintsangou et Hach Sendo portent ces récits sur scène. Les artistes Jeh’f Biyeri et Roch Baloukou ont également apporté leur concours à la réussite du spectacle.

Pour le compte rendu de l’événement, cette création augure le renouveau du conte congolais, « plus vivant et en perpétuelle mutation ». Une manière de dire que la tradition orale ne se conserve pas sous verre : elle se transmet en bougeant.

De Pointe-Noire à Cabinda, une légende qui voyage

Cette représentation n’était pas la première. Le spectacle a récemment été joué dans cinq espaces majeurs de Pointe-Noire et de Brazzaville. Le 17 octobre, il a constitué l’une des attractions proposées au Centre culturel Dom Madeca, à Cabinda, en République d’Angola.

Ce passage de frontière donne à la légende de Moe Tchikambissi un écho au-delà du Congo-Brazzaville. Le récit circule au rythme des représentations, porté par les artistes invités des deux villes.

Le projet est coordonné par Sophie Gillmann. Il a bénéficié du soutien de plusieurs partenaires, parmi lesquels Tales Kolleltiv et Nzoko Transport. Sur le plan technique, Davy Malonga assure la régie lumière et Patrick Bikindou la régie logistique.

Ce que les eaux du Loango racontent encore

Bienfaitrice pour les uns, menace pour les autres, Moe Tchikambissi résume à elle seule la complexité d’un patrimoine que l’on ne peut réduire à une morale simple. Sa présence dans les eaux et la mer rappelle combien la nature occupe une place de choix dans ces récits.

En faisant d’elle l’épilogue de « Contes et légendes du royaume de Loango », les artistes offrent à cette figure une nouvelle vie scénique. Ils rappellent aussi qu’un patrimoine immatériel se transmet tant qu’il continue d’être raconté, écouté et réinterprété.

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