Au Congo-Brazzaville, une chercheuse de l’Université Marien Ngouabi a mis du compost et du fumier de cheval au travail sur des sols souillés par des sous-produits pétroliers. Ses résultats montrent ce qu’un traitement biologique sait réparer, et l’endroit précis où il cale.
Un sol qu’on soigne plutôt qu’on ne l’abandonne
Le pétrole occupe une place importante dans l’économie congolaise. Ses résidus, eux, peuvent durablement compliquer la vie des sols. C’est à ce revers peu photogénique que s’est attaquée Vitaline Vanessa Morabo Okoletimou, doctorante à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville.
Son objet d’étude : les boues de raffinerie. Sa thèse poursuit une ambition très concrète, trouver des solutions pour réduire la pollution des sols causée par les déchets pétroliers, notamment ceux issus des activités de raffinage à Pointe-Noire.
Plutôt que de miser sur des installations lourdes, la chercheuse a exploré une voie plus modeste en apparence : le landfarming, un traitement biologique des sols contaminés, qu’elle a cherché à rendre plus performant en y incorporant de la matière organique.
Compost et fumier de cheval, des alliés inattendus
Deux substrats ont retenu son attention : le compost et le fumier de cheval. Leur rôle n’a rien de décoratif. Ajoutés au sol pollué, ils doivent aider à optimiser la dégradation des hydrocarbures, autrement dit améliorer le travail d’assainissement que le traitement biologique met en œuvre.
L’idée a de quoi parler aux jardiniers comme aux agronomes. Elle rappelle qu’en matière d’environnement, la réponse ne passe pas toujours par l’équipement le plus sophistiqué. La matière organique, ressource ordinaire s’il en est, devient ici un outil de réparation.
Trois sols pollués, trois réponses très différentes
Pour mettre la méthode à l’épreuve, Vitaline Vanessa Morabo Okoletimou a étudié trois types de sols, chacun contaminé par des sous-produits pétroliers différents. Le dispositif permettait de comparer la réaction de terrains exposés à des pollutions distinctes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans le premier sol, 67,19 % des hydrocarbures ont été dégradés. Le deuxième atteint 52,75 %. Le troisième, en revanche, plafonne à 9,18 %, signe d’une résistance nettement plus forte au traitement.
Ce contraste est peut-être l’enseignement le plus précieux de la thèse. Il montre que la dépollution ne se résume pas à une recette unique. La nature des contaminants pèse lourd, et les méthodes doivent être ajustées à chaque situation.
Les limites d’une réparation par le vivant
Le travail ne cache pas ses zones d’ombre. Les résultats indiquent que le chemin reste long avant d’atteindre une dépollution optimale, en particulier lorsque les sols renferment des mélanges complexes de déchets pétroliers.
En somme, la nature sait faire beaucoup, à condition qu’on l’aide, mais elle ne fait pas de miracle. Le landfarming se révèle efficace sur certains terrains, beaucoup moins sur d’autres. D’où l’intérêt, souligné par la recherche elle-même, de poursuivre les investigations.
Ces données expérimentales enrichissent les connaissances sur les possibilités de traitement biologique des sols contaminés. Elles offrent aussi une base concrète à une question qui concerne directement le Congo : comment mieux gérer les déchets du raffinage et limiter leurs effets sur les sols ?
Une recherche environnementale ancrée à Brazzaville
La thèse a été défendue à l’auditorium de la présidence de l’Université Marien Ngouabi, devant un jury d’enseignants-chercheurs congolais et togolais présidé par le professeur Jean-Mathurin Nzikou. Elle a été dirigée par Jean de Dieu Nzila, maître de conférences CAMES en sciences du sol et de l’environnement.
Ce dernier dirige aussi le Laboratoire de recherche en Géosciences et Environnement (LARGEN), dont des doctorants et des enseignants-chercheurs assistaient à la soutenance. Une présence qui témoigne du dynamisme de la recherche universitaire congolaise.
Réparer les sols plutôt que choisir un camp
Entre le pétrole et la nature, ces travaux ne prétendent pas trancher. Ils cherchent plutôt les moyens scientifiques de réparer les dégâts. Si le fumier de cheval peut y contribuer, l’objectif reste le même : des sols moins pollués et un environnement mieux protégé.
Dans un pays où l’industrie pétrolière pèse autant, la piste mérite d’être suivie de près. Elle rappelle qu’un sol abîmé peut parfois être soigné, pourvu qu’on lui accorde du temps, de la patience et une bonne dose de méthode.

